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Paraissant tous les Dimanches
    À DIJON

- Extraits du n°3 -
19 novembre 1893
PATRONAT & SALARIAT

S'il reste encore, parmi nos amis, quelques-uns qui croient à la possibilité d'une entente amiable entre le Patronat et le Salariat, et qui escomptent sur le groupement syndical pour concilier le litige dont nous souffrons tous, nous croyons de notre devoir de leur dessiller les yeux.
L'homme est avant tout un être profondément égoïste, ayant pour but son bonheur propre, particulier, et qui ne peut admettre qu'en seconde ligne le bonheur des autres, le milieu social dans lequel l'homme évolue de nos jours le poussant à être d'autant féroce.
L'altruisme qui le fait agir en certains cas n'est qu'une transformation de cet égoïsme, amené par le coudoiement social, et qui permet que tel sentiment exprimé, à première vue désintéressé, n'est que l'expression d'un sentiment égoïste, plus tangible que visible.
Ceci admis, comment vouloir concilier l'intérêt patronal avec l'intérêt ouvrier ? Ces intérêts antinomiques.
chaque fois qu'un exploiteur semblera concéder aux exigences d'un exploité, il ne pourra y avoir, au fond, qu'une exigence forcée au sacrifice de son intérêt propre, particulier, où un intérêt caché le poussait à ce semblant de sacrifice. Et la nature humaine le poussera obligatoirement à reposséder, sous une forme, la dépossession volontaire ou obligée à laquelle il semble acquiescer, ce qui revient à dire plus simplement que «ce qu'on donne d'une main on le reprend des deux».
si tout le monde voulait accepter ce raisonnement, aussi simple qu'expérimentalement établi, on aurait vite fait de reconnaître qu'une société basée sur l'antagonisme des classes, et par conséquent des intérêts, ne peut être que préjudiciable à la classe dirigée, la classe dirigeante possédant pour elle tout ce qui constitue la force actuelle : lois, pouvoirs, et leurs représentations : magistrature, armée, police, etc.
Et partant de ce raisonnement, personne ne songerait plus à émousser les forces prolétariennes dans une lutte inégale contre le fait acquis et légalement établi. Bien plutôt on penserait à développer intellectuellement les individus, à leur démontrer les tares sociales, à combattre les préjugés qui leur servent d'assise, et, en les démolissant, à donner pleine et entière liberté à l'individualité, dans ce qu'elle a de complet et de virile.
Malheureusement, il n'en est pas ainsi :
Le prolétaire, abruti par une vie de labeur incessante, énervante, absorbante, ne peut faire agir ses lobes cérébraux qu'un temps déterminé. Il donne toute sa capacité cérébrale au temps exigé par les nécessités du travail pour vivre et sort de là vanné physiquement, ce qui atrophie la capacité intellectuelle, et incapable d'autre chose que ramasser les lieux communs ordinaires ou de parler «métier».
Les quelques-uns, qu'un tempérament plus révolutionnaire ou une situation moins absorbante ont fait songer à leur position, triste d'avenir comme de présent, pétris qu'ils sont de vieilles antiennes et de la routine, ronronnent et tempêtent en énergumènes contre le petit côté de la question, accusant tel ou tel homme, tel ou tel système d'être la cause de tout le mal. Au lieu d'attaquer la question au fond, de la traiter philosophiquement et impartialement, ils se laissent entraîner à chatouiller leurs petites préférences, à tonner contre leurs antipathies.
S'ils voulaient délaisser et rejeter loin d'eux la méthode subjective qui les fait agir ainsi, ils verraient vite que tous ceux de leur classe, qu'ils accusent de leurs maux, sont bien plus à plaindre qu'à blâmer et que, comme eux, ils sont les victimes de l'antagonisme existant entre Patronat et Salariat.
Puisqu'on est obligé d'admettre l'intérêt particulier primant chacun des actes humains, on doit admettre que la situation économique poussant de plus en plus les intéressés à sacrifier les autres à leur profit, le fossé qui sépare le travailleur de l'exploiteur, bien loin de se combler ne peut que s'élargir.
Poussé par la concurrence, l'homme exploiteur ne veut subir aucune des malversations du marché. Il doit donc en faire retomber les exigences sur ceux qu'il emploie, rognant de plus en plus leur part pour sauvegarder autant que possible la sienne propre.
Quand on parle donc d'entente et de bons rapports entre exploiteurs et exploités, on se demande qui l'on veut tromper ici.
Il n'y a pas d'accord possible entre le producteur et l'exploiteur, leurs intérêts contraires les lancent fatalement dans une guerre obligée.
Ceci est tellement évident, tellement exact et les patrons bonnetiers de Troyes pour ne parer que de ceux-là l'ont si bien compris que pour mieux tenir sous leur férule leurs «bons» ouvriers, ils ont établi parmi ceux-ci des catégories chargées d'exploiter en seconde main leurs collègues : c'est ainsi que dans une fabrique de bonneterie ayant quelque importance, un ouvrier en odeur de sainteté a sous sa direction un, deux et jusqu'à trois «commis» ou «cafards» qu'il fait suer au travail et dont il palpe la moitié du salaire gagné. L'on peut dire que c'est là le dernier mot de l'exploitation.
«L'ennemi, c'est le maître!» de quelque nom, de quelque forme on l'affuble. Et pour le moment, travailleurs, l'ennemi c'est le Patronat, dont les intérêts humains, fondamentalement opposés aux vôtres, ne pourront jamais s'allier aux vôtres. Laissez de côté les pauvres hères de votre classe, qui, moins bien partagés que d'autres, en subissent encore plus durement le joug émasculant ; déclarez nettement et carrément, dans vos actions, dans vos paroles, dans vos idées, la guerre aux tyrans.
Dépouillez-vous des préjugés qui vous entravent, ne croyez plus aux hommes, même aux nouveaux, ne profitez pas de votre force pour accabler la faiblesse, mais bien plutôt, prenant conscience de votre valeur propre, cherchez à déterminer chez les autres la conscience de leurs qualités ; devenez un individu, faites des individus, ce sont eux qui forment les sociétés, et les sociétés seront d'autant mieux constituées que les individualités qui les composent seront plus conscientes et plus développées.


LA DYNAMITE À BARCELONE

A Barcelone, des faits graves viennent de se produire, une quantité de personnes appartenant à la classe bourgeoise, viennent d'être atteintes par des explosions de bombes, conséquence fatale des excès de la bourgeoisie espagnole.

Et quoi ! les dignes représentants de cette classe égoïste et féroce, se figurent que les tortures infligées aux Anarchistes exécutés à Xérès, que les camarades qui meurent dans les prisons espagnoles, attendant le bon plaisir des magistrats, que la misère qui va toujours grandissante, occasionnée par la rapacité d'une quantité d'individus, resteront sans effet.
Tous ces actes inouïs amènent forcément des représailles.
Depuis longtemps, nous avons averti les bourgeois de ce qui arrive.
Le juge d'instruction Tondut peut dire qu'en février 1887, un camarade d'ici lui a dit : Si la bourgeoisie continue ses excès de férocité sur les Anarchistes, un jour viendra où les pavés des rues danseront et les maisons sauteront.
Un journal qui s'intitule républicain, dont le nom est Le Petit Parisien,a la stupidité de proposer la relégation de tous les Anarchistes connus. Il faut croire que la peur talonne rudement les pauvres idiots qui y écrivent.
Croyez-vous, Messieurs les bourgeois, et prenez-en votre parti ! rien n'arrêtera l'idée anarchiste de s'accentuer de jour en jour. Ce n'est ni l'état de siège, ni les arrestations en masses, ni la suppression de la liberté d'écrire, qui empêchera de continuer  notre propagande, car les hommes qui arrivent au point de sacrifier leur vie pour celle de l'humanité, savent que la disparition de la classe bourgeoise amènera forcément le règne de la justice et de la liberté, le bonheur de tous les êtres humains.


LE PARIA

.... Le voyez-vous, ce misérable, ce loqueteux, ce vagabond, ce mendiant, ce traîne-misère, ce traîne-fange, ce squelette humain, ce crève-la-faim, ce va-nu-pieds, ce paria, ce hors-la-loi, le monde et la société ?
Où va-t-il ? Qui est-il ? D'où vient-il ? Et que veut-il ?
Où il va ? Le sait-il seulement..... Il va là où il sait trouver un remède à ses maux, à calmer sa faim et sa soif, jamais assouvies..... Il va là où il pourra se reposer !..... Qui est-il ? sinon, un paria !..... Un être à qui l'homme généreux le bourgeois ! donne l'aumône !..... Il a été, peut-être, riche, aisé, où il avait de l'à-peu-près, sinon le nécessaire !.....
..... Maintenant, honteux de lui-même, et que la marâtre société dans laquelle nous vivons l'a rejeté hors de son sein, incapable par les mille circonstances de la vie et la force des choses de sortir de l'ornière où il s'est enlisé!.....
Il végète, si ce n'est vivre... D'où vient-il ? Malin, serait celui qui pourrait le dire ! Il sort, peut-être bien, de la classe dite «supérieure» à cause de son infériorité ! où plus probablement encore, de la classe des éternels parias, les ouvriers !.....
Que veut-il ? Du bien-être, sans doute, le Droit à la vie ; manger à sa faim, boire à sa soif, et le reste...............................................................
......................................................................
Le paria, avachi et indifférent d'hier, a fait place au révolté d'aujourd'hui !..... Las de souffrir et de geindre, assoiffé de justice, il veut, cet homme cette humanité vivante!..... sa place au soleil !!!!...... L'Avenir, désormais, est aux Parias !



PENSÉE

La Religion pour les Inconscients c'est le bonheur dans le ciel ! L'Anarchisme pour les conscients c'est le bonheur celui-là plus réel et naturel sur la terre !


MÉLANGES ET DOCUMENTS

Le maître d'école : dis-moi donc d'où la fortune de ton père est venue.
L'enfant : du grand-père.
Le maître d'école : Et à celui-ci ?
L'enfant : Du bisaïeul.
Le maître d'école : Et à ce dernier.
L'enfant : Il l'a prise !

Gthe
DIJON

 Les Calomnies du Corse

Il y a au Bien Publicune demi-douzaine de jouisseurs qui ont beaucoup plus d'aptitude pour la triste profession de calomniateur que pour celle de journaliste.
Il ne se passe pas de jours, en effet, où X X. et ses élèves ne bavent sur les anarchistes et ne leur mettent sur le dos des actes qui sont la négation même de l'Anarchie.
De plus comme tout bon journaliste bourgeois, le Corse et ses disciples ne dédaignent pas de se faire les complices des mouchards, dont le repaire est situé dans l'aile gauche du Palais-des-Ducs.
Comme on le voit, la bande de la Place Darcy est complète. Elle n'a rien à envier à celle commandée par le capitaine Pleindoux.
Nous n'avons pas jugé à propos de relever les infamies quotidiennes du richissime folliculaire X X., mais l'aplomb de ce personnage et de ses sous-ordres, devenant chaque jour plus impudent, et leurs calomnies plus audacieuses, nous croyons devoir sortir du silence méprisant dans lequel nous nous sommes complu, jusqu'ici et flétrir, les procédés de polémique du millionnaire X X., procédés qui rappellent ceux employés par le chat-fourré Tondut à l'égard des révolutionnaires dijonnais.
Dans un article paru dans le numéro du 12 novembre, le directeur du Bien Publicprétend qu'il y a deux ans, les anarchistes dijonnais avaient projeté de faire «sauter» l'église Notre-Dame, pourquoi cette église plutôt qu'une autre, ô jobard, le jour de cette ridicule parade qu'on appelle «la première communion».
C'est là une abominable calomnie.
Elle n'a été lancée que pour salir les hommes de cur qui se sont donnés pour mission de faire connaître et aimer l'Anarchie à Dijon. Le Corse ne l'ignore pas, car il sait à quoi s'en tenir sur les anarchistes dijonnais connus. Sa conduite n'en est que plus odieuse.
Nous le demandons à tous les hommes de bon sens, à tous ceux qui n'ont pas de parti-pris contre les compagnons qui répandent les idées libertaires, quel intérêt les anarchistes pouvaient-ils avoir à faire «sauter» l'établissement dirigé par le curé Thomas ? Cet acte, loin de faire avancer la cause anarchiste, ne pouvait que la compromettre irrémédiablement.
Les compagnons dijonnais, qui sont avant tout des hommes de paix et de concorde, de travail et de liberté, qui supportent patiemment les infamies sans nombre dont ils sont victimes, n'ont qu'on le sache au Bien Public jamais eu l'intention que quelques mouchards et quelques prostituées de la magistrature leur ont prêtée.
Nous ignorons quelle attitude les compagnons auront à l'avenir. Mais si les iniquités, si les injustices qu'ils subissent depuis trop longtemps déjà, ne cessent pas ; s'ils se décident à faire oeuvre de révoltés, ils sauront où diriger leurs coups.
il y a à Dijon beaucoup d'établissements encore plus mal famés que celui où quelques farceurs débitent aux naïfs et aux idiots des indulgences plus ou moins plénières et exhibent les charmes de la Vierge-Noire.

SILHOUETTES TROYENNES
 

Lorsqu'on veut sonder le trou noir des consciences et des responsabilités humaines, on porte son attention sur les impressions originelles de l'homme soumis à l'examen. E. H.


LE CITOYEN ROZIER

Au physique: un air de pétrousquin rusé ; les yeux fuyants ; les sourcils épais et broussailleux ; moustache noire ; les cheveux élagués.
Le cou dans les épaules, légèrement bombé ; une tenue de drap ne portant pas l'estampille des grands faiseurs ; une brute mal dégrossie.
Au moral: l'abjection faite homme.
Rozier est la plus parfaite expression du policier-amateur. L'ambition et l'égoïsme tiennent la place du cur dans la cavité thoracique du simien. Il caractérise tous les mauvais instincts de la bourgeoisie radicanaille, dont il est un des meilleurs soutiens.
Poivrot au-delà de toute mesure ; devient indécrottable, teigne et d'autant rossard que la soulographie s'accentue.
Manilleur ; soiriste ; boit, jour et se divertit au compte des courtisans pour lesquels il a le plus profond dédain. Il affiche un grand mépris pour tout ce qui touche de près et de loin à l'équité.
Putassier hors ligne, jette de préférence son dévolu sur des malheureuses que la faim ou l'inconscience a jeté entre ses serres et mis à sa merci.
A essayé d'implanter le possibilisme à Troyes, mais n'y a pas réussi.
Bien entendu, ce grossier et fort-en-gueule possibicier, a reçu de temps à autre des raclées méritées. Devient alors aussi plat devant l'énergique, qu'il est rogue et sans pitié devant l'intimidé. Conseil à mettre en pratique et d'un effet radical.
Rozier fut tour à tour ouvrier bonnetier ; puis employé de bonneterie ; conseiller municipal ouvrier ; mouchard pour le compte du cuisinier politique du Petit Troyen; secrétaire d'une quantité de groupements politiques ouvriers, malades ou crevés de sa contagion.
Il donne aujourd'hui grâce aux services malpropres qu'il a rendus à l'ancien maire Boullier et au maire actuel Delaunay libre carrière à son unique affection : un rond-de-cuirisme autoritaire, dont il est atteint chroniquement.
Ce budgétivore est sans pudeur, sans principes, sans cur et sans entrailles. C'est un monstre pathologique, la personnification idéale de la dépravation et de l'égoïsme bourgeois.
Une belle crapule, dont la police politique troyenne portera le deuil et couvrira la tombe de couronnes et de fleurs !

Margaritas ante porcos.


 


Vers LA MISTOUFE n°4