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Paraissant tous les Dimanches
    À DIJON

- Extraits du n°4 -
26 novembre 1893
LE DROIT CAPITALISTE

A l'époque moderne, où la propriété capitaliste est basée sur l'appropriation exclusive du terrain, et partant, n'a pas besoin de supprimer la personnalité juridique du travailleur, le droit reflète en lui-même le caractère usurpatoire qui en forme le substratum et trahit son émanation du capital. Cela ressort, en effet, de la constante protection accordée aux fortunes des propriétaires, du non moins constant abandon de celles des travailleurs, de la liberté absolue concédée à la propriété, dans ses rapports avec le travail, et qui forme un contraste frappant avec les freins multiples apportés aux rapports entre les propriétaires. A ce sujet, le rapprochement entre le droit du moyen-âge et le droit moderne offre le plus grand intérêt. En effet, au moyen-âge, où le capital est faible et où le travail tire, de la terre libre, une force puissante, le droit aide le capital en réglant le contrat de travail dans un sens hostile à l'ouvrier. A notre époque, au contraire, le capital est fort et l'ouvrier privé d'option, le droit remplit sa mission de gardien de la propriété en s'abstenant de régler le contrat de louage pour l'abandonner à l'arbitre du capital. D'où il suit que, avec le passage de l'économie systématique à l'économie automatique, le contrat de travail descend, d'une réglementation en sens capitaliste, à une condition hors la loi, qui le livre à la merci du capital. Et chacun ne sait-il pas que le code civil est essentiellement inspiré à l'avantage de la classe riche ? En effet, on y voit réglée, avec le soin le plus minutieux, les rapports de la redistribution, c'est-à-dire les rapports entre propriétaires ; mais le rapport de distribution, c'est-à-dire le contrat de louage, est abandonné, à dessein, au bon plaisir de la classe capitaliste, qui peut ainsi exploiter, à son gré, la classe plus faible des travailleurs.
Le silence de la loi sur la quantité du salaire, sur le mode, la forme, le temps du paiement fournit légalement au capitaliste la possibilité de pratiquer ses usures, et lui permet de payer des salaires avec des produits avariés, de la viande pourrie, etc. Le même silence permet au patron de s'ériger en juge vis-à-vis de l'ouvrier, de lui infliger des amendes suivant son caprice, sans contrôle, dans une mesure exorbitante. Les juristes ont classés ces amendes parmi les clauses pénales contractuelles, mais, de fait, ce sont de véritables pénalités et, le plus souvent, des expédients immoraux dans le but de réduire un salaire déjà trop maigre ; d'où il ressort que, dans ces conditions, le capitaliste est tout à la fois juge et partie ! Tous les efforts tentés pour assurer aux ouvriers une indemnité dans le cas d'infortunes dans le travail, viennent se briser contre l'opposition systématique des juristes, qui font, de leurs formules classiques, une arme insidieuse au détriment du travailleur.
Et ce n'est pas tout encore.
Toutes les discussions relatives à la violation du contrat de travail trahissent, de la manière la plus évidente, le caractère capitaliste du droit et sa malveillance envers l'ouvrier. En effet, durant les intéressantes controverses qui eurent lieu sur cette question en Allemagne, Lasker avait affirmé que, le contrat étant un fait de droit civil, la violation du contrat de travail ne doit pas être sujette à une sanction pénale. Mais les sycophantes de la propriété n'eurent pas honte de soutenir la thèse opposée. ils dirent que la violation du contrat, de la part de l'ouvrier doit être l'objet d'une sanction pénale, parce qu'elle compromet la sûreté intérieure de l'État, tandis que la violation du contrat de la part du capitaliste, doit être uniquement passible d'une sanction civile, parce qu'elle ne compromet pas la sûreté sociale et que le capitaliste a toujours de quoi réparer les dommages qu'il a faits !
Cette ultima Thuledu sophisme ne parvient pas, hâtons-nous de dire, à triompher dans la législation allemande, et jusqu'à présent, celle-ci s'est refusée à prendre des mesures explicites contre l'ouvrier qui brise le contrat ; mais, ce que la législation n'a pas voulu faire, la jurisprudence l'a fait. Instrument toujours docile des volontés du capital, elle a su trouver ces mesures, grâce à une sophistique interprétation de la loi. En outre, on a accordé aux capitalistes le droit de retenir jusqu'à un quart du salaire, pour se garantir des éventualités de la violation du contrat de travail ; de sorte que le produit net de ces discussions savantes et de ces chicanes de palais, a été allègrement empoché par les capitalistes, sous forme d'accroissement de profit. toute la législation concernant la séduction et les enfants illégitimes, c'est-à-dire la violation de l'honneur des classes pauvres par les riches, s'est exclusivement inspirée de l'avantage de ceux-ci et tend, par tous les moyens possibles à les exempter des conséquences de leurs actes ; et elle y parvient en défendant les recherches de la paternité et en refusant aux enfants illégitimes tout droit sur l'avoir du père, etc. Et, à ce propos un fait particulièrement digne de remarque et de regret, c'est que ces droits des classes pauvres furent protégés tant qu'on eut un gouvernement absolu, lequel réussissait, au moins en partie, à refréner les exigences de la bourgeoisie, tandis que celles-ci obtiennent une satisfaction complète avec l'institution des régimes libéraux des temps nouveaux.
Ainsi, les dispositions du droit territorial prussien, mis à l'ombre du pouvoir absolu et inspirées par la pitié envers la femme séduite et ses enfants illégitimes, suscitent la réaction des classes riches et de leurs défenseurs gagés, les puristes, et dès que ces classes acquièrent une influence politique, grâce à l'institution des formes représentatives, elles en profitent pour abroger ces prescriptions bienveillantes et les remplacer par la loi de fer et de sang du 20 avril 1854. Tandis qu'on cherche à défendre les débiteurs les plus aisés, contre les contrats usuraires, on en fait rien pour soustraire les classes pauvres à l'usure la plus inhumaine ; pendant qu'on soumet à une rigoureuse tutelle les biens des mineurs, on ne fait rien pour protéger leurs personnes ; c'est pourquoi les enfants pauvres, qui disposent seulement de leur personne, sont abandonnés sans secours, aux plus déplorables abus et à l'exploitation la plus féroce. Enfin, en établissant le principe que l'ignorance de la loi n'excuse pas, sans pourvoir ensuite en aucune manière, à ce que la loi soit enseignée aux classes pauvres, le code civil, place les classes les plus nombreuses de la société dans une condition plus désavantageuse, qui les rend la proie facile des classes supérieures. Du reste, relativement aux principes généraux du droit, notre langage pourrait être encore plus accentué car on peut dire que tous les aphorismes juridiques ont été exclusivement rédigés à l'avantage des riches et des plus forts, et au mépris de la justice et de l'équité. On peut même ajouter que le droit tout entier n'est qu'une justification de l'assertion de Saint-Simon de Championnière (un juriste lui-même) et de tous les écrivains impartiaux qui voient, dans les juristes, les ennemis les plus acharnés des classes travailleuses et les plus zélés défenseurs des usurpations féodales et capitalistes.



 
 
 
 
 

 

FUREURS WILSONNIENNES

Décidément, l'accès d'hydrophobie qui s'est emparé du Petit Bourguignonà la suite des explosions de Barcelone et de Marseille, prend des proportions inquiétantes. Ses amis sont consternés. L'envoi des rédacteurs de cette feuille à l'Institut Pasteur, devient absolument nécessaire.
Il ne se passe pas de jours, en effet, où les écrivassiers qui «travaillent» dans ce journal, ne soient pris de violents accès de rage contre les anarchistes. Ils jettent contre nous feu et flammes, et somment le gouvernement, ainsi que ses valets du pouvoir judiciaire, de prendre les mesures les plus «énergiques», c'est-à-dire les plus odieuses. Wilson, par la voix du Petit Bourguignon,adjure l'Auverpin de sauver la Société, en expédiant le plus promptement à la Guyane, tous les anarchistes connus.
Wilson parle au nom de la morale et de la liberté, ainsi que son valet V.B., l'ancien séminariste, que le bey de Tunis vient de distinguer en le décorant du Nicham.
C'est un comble !
L'ex-marchand de décorations a un aplomb colossal, nous le savons. Cet être sans pudeur et sans honneur, qui a été flétri par tout un peuple, cherche à se refaire une virginité en partant en guerre contre les Anarchistes. Il est aidé dans sa triste besogne par une compagnie de mousquetaires qui a pour chef un individu, qui doit être de moralité douteuse, car un honnête homme ne voudrait à aucun prix servir d'aide-de-camp au tenancier de la maison de tolérance de l'avenue d'Iéna. Ce personnage, qui est rédacteur du Petit Bourguignon,a tellement honte du sale métier qu'il fait, qu'il n'ose même pas signer ses élucubrations ; il se contente d'apposer un J...., à la fin des ordures qu'il dépose dans l'organe du tripoteur de Loches.
Ce J...., qui nous parait posséder toutes les qualités requises pour entrer dans la magistrature, a éjaculé un article, paru le 18 novembre, dans lequel il appelle les foudres du gouvernement contre les anarchistes en général et contre notre ami Sébastien Faure en particulier, qui, à peine sorti de prison, a repris sa place à l'avant-garde de l'armée révolutionnaire.
Il faut lire cet article pour se rendre compte de la frousse qui s'est emparée des fesse-mathieu de la petite rue du château, à la suite des actes de haute justice sociale de Barcelone et de Paris.
J.... bave contre Faure. Quel crime a donc commis notre excellent camarade ?
Il a flétri avec sa grande éloquence les attentats monstrueux commis par la bourgeoisie contre la liberté des peuples et il a approuvé comme nous l'approuvons nous-même, l'acte de révolte accompli par le compagnon Léauthier.
Le larbin J...., représente Faure et les anarchistes comme des énergumènes, des fous, dont les théories font courir un grand danger à l'humanité.
Silence, J...., faites donc connaître votre nom, goujat, qu'on le cloue au pilori, Faure est un des apôtres de l'Idée nouvelle, de la Cause sublime qui doit transformer le monde et assurer le bonheur à tous les humains.
Il n'a rien de commun avec votre patron, l'ignoble Wilson, le voleur, le bandit, qui va chercher dans les lupanars et les séminaires, à toi, V.B., les trabucaires qui lui sont nécessaires pour exécuter ses basses-oeuvres.
Les anarchistes, sachez-le, plumitif masqué, n'agissent que pour assurer le triomphe de la Justice et du Droit.
La lutte qu'ils ont engagée contre la société bourgeoise est terrible, mais elle est juste et légitime.
Les bandits du pouvoir, les chenapans de l'autorité, les filles publiques de la magistrature, peuvent emprisonner les anarchistes ; ils peuvent même les supprimer. Mais à quoi ces nouveaux crimes serviront-ils ?
La société bourgeoise est condamnée ; rien ne pourra la sauver.
Il faut en prendre votre parti, Wilsonniens ; vous périrez avec elle.
Bavez, hurlez, sifflez, Wilsonniens ; vous ne pouvez rien contre l'Idée. Si nous disparaissons, d'autres prendront notre place et continueront notre uvre.
L'Anarchie, ce flambeau de Justice et de Liberté, triomphera bientôt, malgré vos calomnies et vos cris de colère et de haine !
Wilsonniens, vous parlez d'aiguiser le couperet de la guillotine. Eh bien ! faites-le. C'est pour vous qu'il servira.


LES MURS ?


 La police des murs? que Victor Hugo dans ses Misérables et tant d'autres esprits généreux ont flétrie de toutes leurs forces ; cette institution ignoble qui révolte tous les bons sentiments, existe toujours.
Trois individus à Dijon sont chargés du dégoûtant et triste métier d'agents des murs.
chaque soir ils sont postés place Darcy, coin du Miroir, guettant leur proie pendant des heures aux croisements des rues, comme d'immondes araignées au milieu de leur toile ; pourchassant de pauvres filles que la mauvaise organisation sociale et la canaillerie des jeunes bourgeois poussent à chercher leur vie dans la prostitution.
Parmi ces trois suppôts de l'immoralité, l'un d'eux, nommé Demange, que la Mistoufea déjà cinglé vertement, continue plus que jamais ses actes de brutalité. Il n'est pas rare de le voir poser des heures entières devant la porte d'une maison, attendant la sortie de celle qui a pu momentanément se soustraire à ses recherches. Et quand il fait une capture, avec qu'elle sauvagerie il la traîne au violon où presque tous les soirs une demi-douzaine couchent sur la planche, malgré le froid.
Puis le mardi suivant, en simple police, il n'est pas rare d'en voir défiler 40 ou 50, qui attrapent 5 francs d'amende (l'argent n'a pas d'odeur pour les bourgeois)et trois jours de prison.
Ne pouvant payer, un beau matin on les arrête et d'un coup, pendant trente et quarante jours, on leur fait expier dans une cellule glaciale, le crime de vouloir vivre.
O tristes individus qui accomplissez une si monstrueuse besogne ; quelle bestialité est donc la vôtre ? est-ce aussi la faim qui vous presse ? pour vous faire les complices de qui enlèvent sous formes de patente et de visite les quelques sous qui permettraient à ces malheureuses de rester un jour tranquille.
Là aussi comme partout la faveur joue un grand rôle. Tandis que des pauvresses sont traquées dans les rues de Dijon et mises en carte, les cocottes de ces messieurs, les vaches des gros bonnets, exercent librement leur métier dans les cafés-concerts ou chez S...., boulevard de la Trémouille, ainsi que dans d'autres établissements, où d'ailleurs les bourgeoises en rut se rencontrent avec des traîneurs de sabre.
Tout Dijon se rappelle cette fameuse partie de huit où ces respectables dames, vêtues seulement de bottes et de casques, dansaient un quadrille échevelé avec quatre-z-officiers, dans le même costume.
Après cela, allez crier à l'impudeur, bourgeois blasés, qui, dans vos orgies, vous faites servir par des femmes nues (Nous pourrions citer de ces banquets intimes auxquels ont assisté des notabilités très haut placées : députés, généraux, ministres, pairs de France, etc...)
Rappelez-vous ce fameux banquet de commerçants et de filles, donné à Paris, que Mme Séverine a si vertement critiqué dans le Journalet dans lequel une femme fut déshabillée de force par ces ivrognes, puis à moitié assommée et enfin traînée devant un tribunal qui la condamna pour outrage à la pudeur.
Nous reviendrons sur ce sujet et nous mettrons à nu l'hypocrisie bourgeoise.
DIJON
 LA BOÎTE DE PANDORE

La nouvelle boîte des pandores qui est aussi celle de Pandore, par son influence, construite dans la rue de Metz, sera bientôt prête à recevoir la collection de brutes disciplinées et inconscientes qui doit y loger.
De l'aspect architectural du bâtiment nous ne dirons rien ; peu nous importe qu'il plaise ou non à ses futurs habitants ; mais, nous nous permettrons d'insérer ici la critique que nous avons recueillie de la bouche même de l'un d'eux, un dimanche matin que nous passions par là.
Nous avons lié conversation, sans le connaître, avec un ouvrier qui travaillait à l'entrée, quand survint le pandore en question, sortant d'une visite à l'intérieur.
il n'avait pas l'air content, le champion de l'autorité, et, l'ouvrier l'ayant interpellé, il ne se gêna pas pour nous donner son appréciation sur la distribution absurde, selon lui, des logements du bâtiment central.
Vraiment, nous dit-il, il faut être fou pour croire qu'une famille de quatre, cinq ou six personnes peut se loger commodément dans deux pièces si exiguës que quand il y a un lit, il faut supprimer la table ; et un trou de cuisine grand comme un tablier (dirait une cuisinière).
Point de ces chambres à deux fins, assez vastes pour que les enfants y soient à l'aise sans crainte de cogner tous les meubles, et auxquelles les campagnards (nombreux là-dedans) sont habitués.
Enfin, c'est de la construction pour domestiques.
Nous préférerions, dit-il encore, rester dans l'ancienne caserne où nous avions nos aises ; où il y a des placards et des petits recoins ; où les logements sont isolés par des murs et non les uns sur les autres, séparés par des cloisons en papier, ce qui est très gênant sous le rapport du bruit et de la discrétion, etc...
Cette réflexion nous étonne de gendarmes fourbus par une discipline ignoble ; eux que le commandant a le droitd'inspecter jusque dans leur lit et à n'importe quelle heure ?
En résumé, c'est bien vrai : on a essayé de faire un bâtiment imposant, (il faut toujours en imposer, disent les bourgeois), sans s'occuper si les futurs habitants y seraient bien ou mal.
D'ailleurs on ne s'occupe pas de l'avis de si petites gens ; leur bonheur est le moindre souci des dirigeants ; c'est de la chair à canon pas plus estimable que de la chair à saucisse, et il faut être aussi fou qu'un anarchiste pour prétendre que ces êtres-là doivent être heureux.
D'ailleurs, hommes dévoués (à une mauvaise cause), consolez-vous en songeant que votre principal dompteur, habite seul(Il ne faut pas qu'il soit mélangé avec la racaille, fi donc !) un joli pavillon aménagé avec luxe.
Cette maison n'a qu'une vingtaine de chambres, de toutes grandeurs, et celle qui lui fait face sera partagée entre ses deux acolytes, lesquels auront donc environ dix chambres. Sans compter les jardins d'agrément, potagers, etc., etc.
Vous voyez qu'on les soigne bien ; ce qui vous manque, ce sont eux qui l'ont. Pourquoi ? ?
Enfin consolez-vous, tout de même, en attendant la Révolution que d'autres moins naïfs, préparent, à leurs dépens, pour vous, comme pour tous les miséreux.



 
Une légère restitution


Si dans l'armée il existe des chefs assassins, il y en a d'autres (ceux là sont rares) qui ont au cur l'amour de l'humanité, le fait que nous reproduisons en donnera la preuve.
Samedi 18 novembre, à deux heures du soir, devant la caisse d'épargne à Dijon, un homme de 25 ans environ s'approcha d'un lieutenant d'infanterie qui, après quelques paroles échangées et une poignée de main, se retirèrent, chacun de son côté.
un rédacteur de la Mistoufe qui avait vu le lieutenant ouvrir son porte-monnaie et tendre au civil un papier bleu, voulut en avoir le cur net. S'approchant de ce dernier il lui demanda s'il connaissait le lieutenant. Oui ! répondit-il, c'est un lieutenant du 27me de ligne, dans lequel j'ai fait mon service militaire, comme je lui disais dans quelle situation, je me trouvais, il a ouvert son porte-monnaie et m'a tendu un billet de cent francs, mais moi qui n'ai jamais eu en ma possession une pareille somme, croyant à une mystification de sa part, j'ai refusé. Lui comprenant ce qui se passait en moi, reprit le billet, et avec insistance me donna les pièces d'or qu'il avait, soit cinquante francs que voici, et en effet il avait dans sa main deux pièces de vingt francs et une de dix.
Le cur rempli de joie, notre homme avisant un petit garçon qui criait la Mistoufe !s'approcha de lui et lui donna pour un numéro 25 centimes qui, à son tour ouvrit les yeux comme des portes cochères de voir que l'on lui payait 5 sous ce qu'il vendait 5 centimes.
continuant son chemin il rejoignit un de ses camarades de misère avec lequel il avait fait le voyage de Lyon à Dijon, et se dirigeant vers un marchand de vieilles chaussures de la rue Berbisey, il lui acheta une paire de souliers pour remplacer les volterre et bois l'eauqu'il avait aux pieds puis s'achetant pour lui un bon pardessus chez un fripier, qu'il enfila de suite dessus sa blouse bleue sous laquelle il grelottait, et comme nos deux compagnons n'avaient pas trouvé de travail à Dijon, il partirent aussitôt pour Paris, après avoir pris un repas au coin de la rue Vannerie et de la place Saint-Michel.
Si la Mistoufereproduit cet acte, ce n'est pas qu'elle veuille glorifier celui qui l'a fait, non ! car si le lieutenant, d'après nos renseignements,est coutumier du fait, cela ne tient qu'à sa bonne nature et à la fortune qu'il possède, résultat du travail de pauvres martyrs que ses parents ont exploités.

Où sont les vrais coquins


Lépine préfet, de police, vient d'interdire la reproduction en gravure des portraits de ceux qui flétrissent notre société, il a oublié de démontrer où étaient les vrais coquins. A notre avis les Panamistes passés et futurs, dont l'égoïsme personnel, réduisant à la misère une quantité de familles, qui les font mourir lentement de froid et de faim, sont plus criminels que ceux qui, au péril de leur vie, vengent les cruautés exercées sur ceux qui n'ont au cour que l'amour de l'humanité

Z à Paris. Reçu timbre. Merci


Le premier acte d'un Député socialiste


L'autre jour, je passais boulevard Carnot, lorsque j'entendis s'écrier une personne, arrêtée avec d'autres, devant une vitrine : «Tiens, on dirait du veau.»
Je m'approche et je vois en effet une photographie album de votrenouveau maître,électeurs simples (on pourrait vous qualifier autrement).
Et je lisais, imprimé en grasses lettres, en bas du cadre qui contenait les traits du nouvel élu de Dijon :

Pierre VAUX
Député
Il a dû craindre qu'on ne le reconnaisse pas : de là l'inscription.
En jargon bourgeois, le voilà maintenant sur le chemin des honneurs, de la gloire et surtout des chèques. En admettant qu'il était animé des meilleures dispositions (vieux cliché), combien de temps résistera-t-il à la corruption ? Est-il encore indemne aujourd'hui ?
A quand les images d'Épinal ?