Les Bolcheviks (suivi du code du mariage) - L'Idée Libre - 1921

Ce qu'ils veulent et ce qu'ils font
suivi du
Code Bolchevik du Mariage
Publications mensuelles de L'Idée libre,Brochure n° 46 - 1921

Vous tous qui lisez les journaux bourgeois, vous vous demandez souvent : «Mais qu'est-ce au juste que ces Bolcheviks dont on nous raconte tant d'horreurs. Puisque les journaux nous bourrent le crâne à propos de tant de choses, bien sûr ils nous racontent quantité de mensonges au sujet des Bolcheviks.»

Et vous avez raison en pensant ainsi, les journaux bourgeois vous trompent, ils vous cachent systématiquement la vérité, car ceux qui dirigent les journaux ont une peur épouvantable qu'en sachant la vérité vous ne vouliez, séance tenante, imiter les Bolcheviks de Russie. On vous raconte des horreurs inventées pour vous faire peur comme à des petits enfants, on ne vous dit pas un mot du bien et du beau qu'ont fait les Bolcheviks, car le mensonge est la plus forte arme des jésuites qui ont à leur service la grande presse tout entière.

Apprenez donc la vérité sur les Bolcheviks, et voyez vous-mêmes s'ils ont tort ou raison ?

QU'EST-CE QUE LES BOLCHEVIKS ?

Les «bolcheviks», c'est le nom courant que l'on donne aux ouvriers et paysans qui ont renversé en Russie la puissance des gens riches et l'ont remplacée par le pouvoir des pauvres.

Les Bolcheviks sont un parti socialiste (ou communiste) qui a transformé la russie en République Socialiste, où tout le Pouvoir appartient aux ouvriers et paysans, à ceux qui travaillent et non pas aux richards oisifs.

QU'EST-CE QU'UNE RÉPUBLIQUE SOCIALISTE ?

C'est un État où toute la terre, toutes les usines, chemins de fer, mines, etc., appartiennent à tous et non pas à quelques bourgeois. C'est un État où les riches ne peuvent plus exploiter le pauvre, parce que les pauvres ont enlevé la terre, les usines, toutes les choses par lesquelles ils avaient le moyen d'exploiter l'ouvrier et le paysan en les faisant travailler pour un salaire dérisoire et en s'enrichissant du produit du travail d'autrui.

Dans une République Socialiste, c'est le peuple travailleur lui-même qui possède le Pouvoir, étant organisé en «Soviets».

IL N'Y A DONC PAS DE LIBERTÉ POUR LES RICHES ?

Non, il n'y en a pas dans la Russie des soviets, il ne doit pas y en avoir et c'est juste. On enlève la liberté à ceux qui s'en servent pour nuire aux autres. Or, les bourgeois profitent de la liberté pour exploiter le travailleur, pour vivre à ses dépens, pour le transformer en bête de somme et le tromper effrontément par dessus le marché. Il faut priver le bourgeois de la possibilité de nuire, il faut lui enlever les richesses qui sont créées par le travail du peuple et il faut l'empêcher d'empoisonner à l'aide de ses sales journaux l'esprit du peuple par des mensonges et des calomnies. Autrement, en profitant de toutes les libertés que leur assure leur fortune, les bourgeois vont provoquer de nouveaux horribles crimes, tels que la guerre.

QU'EST-CE QUE LES «SOVIETS» ?

Les ouvriers de chaque usine, les soldats de chaque régiment, les paysans pauvres de chaque village élisent leurs représentants, et ces représentants se réunissent en Soviets(Conseils). Ce sont ces Soviets qui dirigent tout : ils remplacent les Conseils municipaux, les préfets, les commissaires de police, toutes les autorités existantes. Sans leur ordre, rien ne se fait, et les bourgeois, les richards, les exploiteurs ne peuvent plus, à leur service, opprimer le peuple travailleur. Ce sont les ouvriers, les soldats, les paysans eux-mêmes qui font la loi, et non des faux bonshommes qui se font élire sur de belles promesses et qui se fichent ensuite du populo.

COMMENT SONT ÉLUS LES SOVIETS ?

Les travailleurs seulementpeuvent élire des représentants aux Soviets, et ceci pour un temps indéterminé. Car si l'on remarque qu'un représentant est incapable ou flanche quelque peu, ses électeurs peuvent à tout moment le rappeler. D'ailleurs, toutes les semaines, le membre du Soviet rend compte à ses électeurs de tout ce qu'il a fait. Mais seuls les travailleurs, les ouvriers, les soldats, les paysans pauvres peuvent envoyer leurs représentants aux Soviets. Nul fainéant bourgeois, aucun exploiteur ne vit de la sueur des autres, n'a de représentants aux Soviets.

CE SONT DONC LES BOURGEOIS QUI ONT FAIT CETTE GUERRE ?

Oui, ce sont les bourgeois de tous les pays qui ont provoqué cette guerre pour s'enrichir en fournissant «canons et munitions», pour subjuguer les peuples faibles et arriérés, pour partager le monde et l'exploiter ensuite; C'est une guerre impérialiste,car il s'agit d'une lutte entre la bourgeoisie anglo-franco-américaine et la bourgeoisie germano-autrichienne pour l'empiredu monde, pour les colonies, pour les marchés.

Les bourgeois des pays de l'entente ne valent pas plus cher que les bourgeois des pays centraux ;: c'est une bande de voleurs contre une autre bande de voleurs : que l'une ou l'autre soit victorieuse, elle ne profitera de sa victoire que pour voler le monde. Les bourgeois de chaque pays ont su par leurs journaux tromper leur peuple et le faire marcher contre les autres peuples ; dans chaque pays, les bourgeois racontent au peuple les mêmes mensonges : «On nous a attaqués, nous luttons pour la liberté», etc., etc. Et le peuple trompé marche et meurt pour que ses bourgeois deviennent de «nouveaux riches» !...

L'őUVRE DES BOLCHEVIKS

En dépit de toutes les difficultés qu'ils ont rencontrées et des luttes terribles qu'il leur a fallu soutenir, les bolcheviks sont parvenus à réaliser d'importantes réformes.

Ils ont affranchi la femmeen promulguant le Code bolchevik du mariage, qui établit l'égalité des sexes, la liberté du divorce,et met la femme à l'abri de la tyrannie masculine. Le droit à l'avortementa été proclamé.

Ils ont travaillé à l'éducation du peuplede toutes leurs forces. En 1920, on a appris à lire en Russie (qui était un pays d'illettrés) à plus de deux millions d'individus. Des jardins d'enfants ont été créés. tous les enfants sont égaux devant l'instruction et les méthodes pédagogiques les plus nouvelles sont appliquées.

Les bolcheviks ont encore institué un système d'assurance socialepour les ouvriers et les paysans — le plus large qui ait jamais existé — système qui procure aux travailleurs une sécurité absolue du lendemain.

Enfin, un projet d'abolition totale des impôtsest en discussion et pourra être mis en application prochainement.

COMMENT LES BOLCHEVIKS ONT-ILS RÉALISÉ LE SOCIALISME ?

Les Bolcheviks ont pris la terre aux gros propriétaires, l'ont déclarée propriété nationale, et tous ceux qui veulent travailler la terre en ont reçu autant qu'il leur en faut, autant qu'ils peuvent en cultiver eux-mêmes.

Les Bolcheviks ont pris les usines, les fabriques, les mines, les banques et ont déclaré tout cela propriété nationale. Ce sont maintenant les ouvriers eux-mêmes qui dirigent toutes les usines, tous les chemins de fer par des comités qu'ils ont élus, et tous les profits vont dans la poche de tout le monde au lieu d'aller dans la poche des bourgeois.

Les Bolcheviks ont pris toutes les grandes maisons à locataires, les ont déclarées propriété nationales ; ils ont installé les familles ouvrières dans les grands appartements des richards. Et les loyers ne vont plus dans la caisse de monsieur Vautour, mais dans la caisse commune pour être utilisés pour le bien commun.

Il n'y a plus de fainéants en Russie, des gens qui vivaient dans rien faire et pour lesquels travaillaient les autres. Tout le monde, sauf les jeunes, les vieux et les malades, doit travailler.

«Qui ne travaille pas ne doit pas manger.»*

QUE FAIT-ON DE CEUX QUI REFUSENT D'OBÉIR À L'ORDRE SOCIALISTE ?

On les juge et on les punit. Il y a une justice populaire en Russie ; non pas une justice de «chats fourrés». C'est le peuple travailleur lui-même qui élit ses juges et ils sont implacables envers ceux qui cherchent à nuire au peuple, cherchent à vivre en parasites à ses dépens, cherchent à monter de nouveau sur son dos. On punit impitoyablement les ennemis du peuple, les contre-révolutionnaires, les spéculateurs, les mercantis — et c'est cela que les journaux bourgeois appellent «la Terreur rouge des Bolcheviks» ! — On découvre et on confisque les produits cachés par les accapareurs, par les affameurs du peuple — c'est cela que la presse bourgeoise appelle «vol et pillage des Bolcheviks» !

LES BOURGEOIS NE DOIVENT PAS AIMER BEAUCOUP LA RÉPUBLIQUE SOCIALISTE EN RUSSIE ?

Je te crois ! Et c'est pour cela que par tous les moyens ils cherchent à la calomnier, à raconter à propos d'elle tous les mensonges possibles ! Les bourgeois allemands ont fait attaquer les ouvriers bolcheviks de Finlande, les ouvriers et paysans de l'Ukraine, et les ont fait fusiller par milliers. Pendant ce temps, les bourgeois français et anglais attaquaient les ouvriers et paysans russes au Mourman et à Arkhangel, les bourgeois japonais à Vladivostock. Et le plus dégoûtant là-dedans, c'est que les bourgeois se servent pour cette besogne des muscles et des poitrines de leurs propres ouvriers et paysans aveugles et trompés, qu'ils envoient massacrer les ouvriers et paysans révolutionnaires en Russie.

POURQUOI LES BOLCHEVIKS ONT-ILS FAIT LA PAIX DE BREST-LITOVSK ?

Parce que le peuple russe, plus pauvre que les peuples d'Occident, n'avait plus de force pour continuer la guerre. Parce que le peuple ne voyait aucun sens dans cette guerre faite au profit des bourgeois, parce que pour instituer une République Socialiste, il fallait ramasser les forces et non les éparpiller sur les champs de bataille. Parce que l'on était sûr que la Révolution éclaterait tôt ou tard en Allemagne et que la paix ne serait qu'une trêve, pendant laquelle on pourrait «bolcheviser» l'Allemagne. Parce que, enfin, l'armée russe était complètement désorganisée, et il fallait avoir le temps pour construire une nouvelle armée révolutionnaire : l'armée rouge.

COMMENT EST DONC FORMÉE L'ARMÉE ROUGE ?

C'est vraiment le peuple en armes : ce ne sont plus les bourgeois qui occupent toutes les places d'officiers, mais des ouvriers et des paysans qui ont reçu une instruction spéciale. Il n'y a plus de discipline imbécile, mais tous sont camarades. Le soldat de l'armée rouge (et tous les ouvriers et paysans font partie de l'armée rouge) sait qu'il défend le socialisme contre les bourgeois, son droit de vivre librement contre ceux qui veulent l'asservir.

MAIS EST-CE QUE L'ON VEUT ASSERVIR LE PEUPLE RUSSE ?

Pardi ! Les ouvriers et paysans russes ont refusé de continuer à payer aux bourgeois français et anglais les intérêts des emprunts. On veut les forcer à payer à nouveau des centaines de millions par an. Et pourtant les milliards donnés par les bourgeois français ont été donnés au tzar et à sa bande qui ont fait faillite. Pourquoi le peuple russe doit-il répondre du tzarisme failli ? Cet argent a servi au tzar pour maintenir le peuple russe en servitude, et voilà que l'on veut l'asservir de nouveau, l'asservir aux banquiers français et anglais. Et c'est dans ce noble but que l'on fait marcher contre les ouvriers russes, des Japonais, des Tchéco-Slovaques, des bandes soudoyées de toutes sortes. C'est pour cela que les gouvernements bourgeois de France prêtent leur aide aux bourgeois contre-révolutionnaires de Russie, qui veulent renverser le gouvernement ouvrier et paysan sous prétexte de vouloir convoquer le «Constituante.»

POURQUOI LES BOLCHEVIKS ONT-ILS DISSOUS LA CONSTITUANTE ?

Parce que la Constituante était élue sur la base d'anciennes listes établies avant que le peuple ait fait la Révolution socialiste et ait compris où sont ses véritables amis et ses véritables ennemis ; parce que dans ces listes étaient mélangés les représentants des fractions révolutionnaires avec des fractions modérées et contre-révolutionnaires, tandis que l'électeur était obligé de voter en bloc pour tout ce mélange. Et à cause de cela, la Constituante ne pouvait aucunement représenter la vraie opinion du peuple. Mais il y a autre chose, et ceci est encore plus important : au moment d'une lutte révolutionnaire entre les bourgeois et le peuple, le pouvoir ne peut appartenir qu'aux uns ou aux autres. Tout compromis, toute médiation ne peuvent servir à rien de bon, comme il ne peut pas y avoir de compromis entre deux ennemis durant la bataille.

Or, la Constituante n'st qu'un Parlement,c'est-à-dire une assemblée sans force réelle, réunion de beaux parleurs irresponsables dont l'office est de concilier l'irréconciliable, de traîner les choses en longueur, de duper le peuple par des phrases, tandis que pendant ce temps, la bourgeoisie gouverne et remplit ses poches.

Les Bolcheviks ont remplacé le Parlement, «la Constituante», par les Soviets,où n'est représenté que le peuple travailleur et lui seul, d'où sont exclus tous les ennemis du peuple, tous les bourgeois et leurs laquais. Dans les Soviets, on ne se borne pas à faire des discours, on agit : ce sont les Soviets qui gouvernent, car ce sont eux les vrais organes du peuple au pouvoir, du peuple vainqueur !...

CONCLUSION

Vous savez maintenant ce que sont les Bolcheviks, vous savez ce qu'ils veulent et ce qu'ils ont fait. Vous commencez à comprendre pourquoi les bourgeois de tous les pays les poursuivent de leur haine, les calomnient à qui mieux mieux ; pourquoi les journaux bourgeois vous cachent tout des Bolcheviks ; pourquoi la censure entre les mains des bourgeois de tous les pays en guerre coupait impitoyablement toutes les nouvelles vraies de Russie.

Mais vous commencez également à vous apercevoir que les Bolcheviks représentent les vrais intérêts des ouvriers, soldats et paysans, les intérêts des opprimés en lutte contre les oppresseurs. Et non seulement les intérêts des ouvriers et paysans de Russie, mais les intérêts communs des opprimés de toute la terre,car en France comme en Russie, en Amérique comme au Japon, partout l'ouvrier trime et le bourgeois s'engraisse. Et vous vous dites : puisqu'il a été possible de renverser de Pouvoir des bourgeois en Russie, puisque les ouvriers, soldats et paysans ont pu prendre le Pouvoir dans ce pays, puisque la République socialiste y existe depuis près de quatre ans, qu'attendons-nous donc pour agir à notre tour ?



* Saint Paul ! Note 


Léon Prouvost
LE CODE BOLCHEVIK DU MARIAGE

Publications mensuelles de L'Idée Libre.— Brochure n° 43. 1921


La République russe étant une première étape vers la libération du prolétariat mondial, il est intéressant d'en suivre toutes les phases et c'est pour ce motif qu'aujourd'hui j'attirerai l'attention de mes lecteurs sur le code des lois des Soviets.

Dans la société actuelle, le mariage revêt un caractère d'autoritarisme abominable : le mari a tous les droits, la femme aucun. L'Église et l'État la lui livrent pieds et poings liés.

Il est instructif de mettre au regard des articles les plus iniques de notre Code les articles du code de la Loi de la République des Soviets, publié en 1919.

Rappelons, par exemple, qu'en France, sans l'autorisation ou le concours du mari, la femme ne peut ester en justice, non plus que donner, aliéner, hypothéquer, acquérir, toute choses que le mari peut faire. L'homme peut avoir une ou plusieurs maîtresses, le code n'a rien à y voir ; convaincu d'avoir «entretenu une concubine dans la maison conjugale», il est condamné à une simple amende. Par contre l'adultère de la femme est puni de prison. (Code pénal, art. 337).

La femme est obligée d'habiter avec le mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider. (Code civil, art. 214).

Le mari seul a l'administration de tous les biens personnels de sa femme. (art. 1428).

Dans le cas d'adultère, le meurtre commis par l'époux sur l'épouse, ainsi que le complice, à l'instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable. (Code pénal, art. 324).

Le père seul exerce l'autorité sur l'enfant. (Code civil, art. 373).

Voilà comment l'État règle les questions matrimoniales chez les civilisés !

Le but à atteindre, c'est l'union absolument libre de l'homme et de la femme. Il faut toutefois procéder par étapes et c'est ce que la République des Soviets a très bien compris en maintenant un Code du mariage, mais ne lui donnant une élasticité qui ne fera que se développer au fur et à mesure que les mentalités s'amélioreront.

Voici au surplus les principaux articles de ce Code. Nos lecteurs saisiront immédiatement la différence existant entre l'état d'esclavage que nous subissons et les améliorations apportés par le régime des Soviets.
 
 

133. — Le fondement de la famille est la filiation effective ; aucune différence n'est établie entre parenté naturelle et parenté légitime.
    §1. — Les enfants dont les parents ne sont pas mariés ont les mêmes droits que les enfants nés de personnes mariées régulièrement.

140. — Trois mois au moins avant la naissance de l'enfant, la femme enceinte non mariée fait à la Section de l'Enregistrement des Actes de l'État civil une déclaration indiquant l'époque de la conception, le nom et le domicile du père de l'enfant.
    §1. — Pareille déclaration peut être faite aussi par une femme mariée, si l'enfant conçu n'a pas pour père son mari.

143. — Si les rapports de la mère avec l'homme visé par elle dans la déclaration prévue à l'article 140 démontrent qu'il est bien le père de l'enfant, le tribunal rend un arrêt dans ce sens et ordonne en même temps qu'il participera à toutes les dépenses causées par la grossesse, l'accouchement, la naissance et l'entretien de l'enfant.

144.— Si au cours de l'examen de l'affaire, le tribunal constate que, lors de la conception, l'homme mis en cause était en rapports intimes avec la mère, mais qu'il n'était pas le seul, le tribunal les appelle tous comme défendeurs et les astreint à participer aux dépenses prévues à l'article 143.

148. — Les parents peuvent se mettre d'accord pour que leurs enfants mineurs de 14 ans relèvent de telle ou telle religion. A défaut d'un accord entre les parents à ce sujet, les enfants avant l'âge de 14 ans sont considérés comme hors de religion.

160. — Les enfants n'ont pas droit aux biens de leurs parents ; de même les parents n'ont pas droit aux biens de leurs enfants.

101. — Les époux conservent leur nom de famille conjugal tout le temps que dure le mariage et même après la dissolution du mariage par la mort ou par la déclaration judiciaire de la mort de l'un d'eux.

104. — si l'un des époux change de domicile, l'autre n'est pas astreint à le suivre.

105. — Le mariage n'entraîne pas la communauté de biens entre les époux.

106. — Les époux peuvent conclure entre eux tous arrangements permis par la loi. S'ils concluent entre eux des conventions ayant pour but la diminution des droits de propriété de la femme ou du mari, elles sont nulles au regard de la loi et il leur est toujours loisible de renoncer à leur exécution.

86. — Le mariage, du vivant des époux, peut être dissous par le divorce.

87. — Le divorce peut être basé aussi bien sur le consentement mutuel des époux que sur le désir exprimé par l'un d'eux.
 
 

Le Code bolchevik du mariage comporte 262 articles votés le 16 septembre 1918 par le Comité central des Soviets.

Ce Code est muni d'une préface d'Alexandre Hoichbarg, rédacteur en chef du Bureau des lois, membre de l'Académie des Sciences sociales.

Il y est dit «Que le gouvernement russe, après avoir édicté ces lois, les édite, cela n'implique point du tout qu'il les croit éternelles ou durables, ni qu'il les veuille telles. Il compte bien que chaque jour de sa propre existence rongera énergiquement la leur...

«Au fur et à mesure que s'affaiblira l'esprit ancien et que s'organisera une vie économique conforme aux données socialistes, la dictature du Prolétariat perdra de sa raison d'être et la vanité de tout pouvoir politique deviendra manifeste.

«Mais faire un saut brusque en plein avenir serait duperie. Nous sommes dans un temps de transition. Des lois y sont nécessaires...

«Le code du mariage réglemente avec quelque minutie l'état civil. Du moins dans ces registres on trouvera des éléments démographiques qui, coordonnés, permettront de voir clair dans les phénomènes mortalité, natalité, dépopulation, pullulement, etc., et d'agir sur eux en connaissance de cause. Mais sans doute, à brève échéance, l'état civil pourra-t-il s'alléger de la mention déjà surannée des mariages...

«Si le régime socialiste avait eu déjà chez nous une implantation solide, c'est à la société seule qu'incomberait le soin des enfants. Mais nous avons à faire à un socialisme naissant. La famille y subsiste encore. Par suite, les organismes de tutelle, qui plus tard agiront sur la population enfantine tout entière, n'agissent encore sur elle que partiellement. Leur principe, du moins, est révolutionnaire, car il rompt net avec les errements du passé, et son application, restreinte par les circonstances, possède, au point de vue socialiste, une évidente valeur exemplaire : à l'expérience, la sollicitude sociale apparaîtra facilement, apparaît déjà, plus riche en résultats que l'incohérente et engourdissante sollicitude familiale, et l'on présume qu'un père de demain aura quelque mépris pour cet amour maniaque, étriqué et tatillon dont un père de jadis fatiguait sa progéniture.

«Nul avantage sur l'union libre n'est conféré au mariage enregistré : il est facile de le conclure, non moins de le dissoudre ; femme et homme y sont égaux ; son but n'est plus la procréation ; on n'est pas obligé de suivre son conjoint ; la loi prévoit avec un sourire qu'une épouse ait des enfants sans le concours de son mari ; les mots adultérins, légitime, naturel, etc., perdent leur valeur. Pénétré de cet esprit libéral, l'institution du mariage porte en elle le germe de sa ruine.

«Tel que le formule notre code, le système de la tutelle est entièrement original et d'une amplitude sans analogie chez aucun peuple. Il en devait être ainsi, puisque le Comité Exécutif Central de la République des Soviets a, par décret du 27 avril 1918, aboli l'héritage, portant ainsi à la propriété une atteinte décisive. Toute richesse, à la mort de son détenteur, devenant la chose de la République, des mesures ont dû être prises pour régler la situation des proches du défunt.

«Une de ces mesures dispose que, dans certains cas, l'exploitation d'un patrimoine inférieur à dix mille roubles est confié aux parents du défunt. Ce n'est pas revenir par un détour au régime de la propriété. Simplement, la sage République a voulu se débarrasser du souci de gérer une masse énorme d'entreprises minuscules et, du même coup, réaliser la tutelle à l'écart des règles générale  : procédé souple, où - parmi bien d'autres exemples — on voit que le législateur russe n'est pas un sectaire et laisse volontiers la vie en sa complexité animer e barbare et raide appareil qu'est un Code.»

Mes lecteurs ont pu maintenant se faire une idée de l'activité législative du gouvernement des Soviets. Que ceux qui désirent connaître le Code en entier, nous le demandent (4 fr. franco). Il est instructif. Il comprend les actes de l'État civil, le droit matrimonial, le droit de famille, la tutelle et en outre, un supplément concernant les instructions pour l'examen des aliénés.

Il appartient aux esprits libérés de préjugés de faire connaître l'Ōuvre des Bolcheviki et de montrer sans sectarisme avec quelle bonne volonté ils essaient, en dépit des difficultés, de travailler à instaurer une société meilleure.

Léon PROUVOST.