Retraites : Quelques textes pour cerner les enjeux

Retraites : Quelques textes pour cerner les enjeux


pour le choix des textes

SOMMAIRE

REFUSONS DE TRAVAILLER PLUS POUR GONFLER LES POCHES DE LA BANDE A SEILLIERE ! (OCL)
L'heure est grave, l'heure est à la Grève générale ! (CNT-AIT)
Tout de suite et beaucoup ! (CNT-AIT)
S'IL YA UN PROBLEME C'EST LE SYSTEME CAPITALISTE (CNT-AIT)
PATRONAT ET GOUVERNEMENT VEULENT LA GUERRE, PREPARONS LA GREVE ! (CNT-AIT)
Notre avenir n'est pas à vendre (FA Nantes)
Les retraites : réforme inéluctable ou choix de société ? (FA Rennes)
L'augmentation de l'espérance de vie est plutôt une bonne nouvelle ! (FA Rennes)
Cinq raisons de se battre pour la défense des retraites (même quand on est jeune !) (Alternative Libertaire)
Il est grand temps de passer à l'action !! (Alternative Libertaire)
Retraites: une seule solution, redistribuer les richesses (Alternative Libertaire)
UN ARGUMENT EN FAVEUR DU RETOUR AUX 37,5 ANNUITÉS POUR TOUS (LDMSL)*
Qu’est-ce qui menace vraiment les retraites ? (LDMSL)
Messieurs Raffarin et consorts ...Le pouvoir est dans la rue ! (LDMSL)



 
 

RÉFORME DES RETRAITES
REFUSONS DE TRAVAILLER PLUS
POUR GONFLER LES POCHES DE LA BANDE A SEILLIERE !

Le Chat noir n° 46 - Printemps 2003
Organisation Communiste Libertaire (OCL)
 

Abandonnée sous la pression de la rue en 1995, la réforme des retraites est resservie par Raffarin. Les premières manifestations qui ont rassemblées des centaines de milliers de manifestants dans la France entière le 1 février envoient un message clair au gouvernement : les travailleurs refusent l’allongement de leur temps de cotisation comme la mise en place d’un système de retraite par capitalisation.

Mais ce premier temps fort ne peut être qu’un début. Il faudra amplifier le mouvement pour forcer Raffarin à remballer ses projets. La gravité de l’attaque imminente du gouvernement et du patronat impose une riposte urgente de tous les salariés du public et du privé.

Petite histoire de la retraite

Pour la plupart des secteurs d’activités, l’histoire de la retraite commence à l’immédiat après guerre. L’instauration d’une assurance vieillesse généralisée était inscrite au programme du CNR ( Conseil National de la Résistance) dès avant 1945. Afin que ce système puisse être immédiatement opérationnel, la capitalisation, qui existait auparavant pour qui pouvait se la payer, fut délaissée au profit de la retraite par répartition. Avec ce système où les actifs cotisent pour leurs aînés en se constituant des droits pour l’avenir, des fonds pouvaient être mis immédiatement à disposition, l’effet fut donc immédiat. Elément de la sécurité sociale généralisée, le droit à la retraite est aujourd’hui un des acquis auxquels les travailleurs sont particulièrement attachés.

Mais cet acquis n’est pourtant pas le résultat d’une lutte directe de la classe ouvrière. Comme tous les pays d’Europe, la France est totalement dévastée par la guerre et par les pillages en règle des brutes nazies. L’économie est à genou mais surtout, la population a subit d’atroces souffrances. La fin de l’occupation et des combats constitue un indéniable soulagement mais le quotidien demeure difficile pour la majeure partie de la population. Les institutions étatiques sont totalement ou partiellement inopérantes comme dans toute l’Europe. D’un point de vue politique, la situation peut être périlleuse, d’autant qu’une part importante de la classe dirigeante s’est discréditée dans la collaboration.

L’influence importante du Parti Communiste est révélatrice d’une volonté de changement. Pour la bourgeoisie, il y avait du souci à se faire, le mieux pour elle était de faire profil bas et d’éviter toute provocation. Pour ce faire, une politique sociale hardie et des négociations avec les organisations ouvrières étaient nécessaires. La chose fut d’autant plus aisée qu’il apparut que le Parti Communiste qui aurait pu constituer un obstacle important entre dans le rang avec derrière lui la CGT. La bourgeoisie se souvenait des événements révolutionnaires qui avaient mis fin à la première boucherie capitaliste mondiale et craignait pour sa domination.

Le risque révolutionnaire écarté, le chantier de la reconstruction restait grand ouvert. Il fallait non seulement reconstruire mais aussi moderniser le capitalisme français en le dotant de grandes entreprises capables de rivaliser, à terme, avec les grands groupes anglo-saxons. De nouvelles combinaisons, impulsées par l’Etat, apparaissent dans les secteurs bancaires et industriels : c’est la grande vague des nationalisations. Ce grand chambardement dans le secteur économique associé à la création d’un régime de sécurité sociale, la forte présence des forces de gauche au niveau politique (d’autant que de Gaulle est rapidement écarté du pouvoir), laissent accroire à un certain tournant socialiste de la société.

Les chocs sociaux de 1947 nuancèrent sérieusement le tableau ; la reconstruction qui s’imposait à grand coup de cadences infernales, justifiée par une propagande nationaliste orchestrée par le Parti Communiste, se faisait au prix de conditions de vie déplorables pour l’ensemble de la classe ouvrière.

Retraites et Sécurité Sociale n’ont donc pas été arrachées directement par les travailleurs. C’est comme un acquis indirect, résultat de la peur qu’ils faisaient à la bourgeoisie. Elle se met en avant pour prévenir la crise avec l’aide des partis de gauche. Ces créations sociales proviennent donc du rapport des forces sociales et politiques de l’époque, prolongées dans la période suivante dite des «trente glorieuses» où se parachevait la restructuration du capitalisme français sous la houlette de l’Etat.

La remise en cause des «acquis sociaux» : Une urgence pour le capitalisme

Nous sommes aujourd’hui dans une période historique toute différente. Période qualifiée de toutes sortes de nom d’oiseaux par divers intellectuels (fin de l’Histoire, post-modernisme, Histoire post-industrielle) découlant de la chute des systèmes dits communistes et des gigantesques restructurations/concentrations de ces dernières années.

Nous avons là l’aspect économique et une partie de l’aspect politique.

Pour ce qui est du rapport des forces sociales, la donne est aussi fort différente de ce qui prévalait il y a quelques dizaines d’années.

Même si la classe ouvrière était encadrée par les syndicats et ne représentait donc plus de danger politique, sa capacité de réaction demeurait et pouvait encore mener la vie dure au patronat. Puis, le rapport de force entre les classes devient de plus en plus défavorable aux travailleurs ; «les acquis» sont montrés du doigt par les classes dirigeantes, y compris celles de gauche, avant de subir de multiples attaques en règle.

Nous avons vu qu’au moment de la création des grandes institutions sociales, le capitalisme français se reconstruisait au pas de course et dans la cadence stakhanoviste. Tous cela a été lâché en échange de la paix sociale, renforcée par l’espoir qu’un mouvement de progrès social était possible dans le cadre du capitalisme. C’était un prix à payer, somme toute dérisoire aux vues des mirobolants profits qui allaient être dégagés et aux vues des résultats. L’action de l’Etat durant cette période aboutit à la création de groupes modernes qui n’attendent plus que d’être cédés pour des bouchées de pain au capitalisme privé, entreprises capables de se jeter à corps perdu dans l’arène du marché mondial.

Mission accomplie, les classes dirigeantes sifflent «la fin de la récréation».

Les conditions du compromis entre les classes sociales ne sont plus. Ce qui était nécessaire hier pour la bourgeoisie ne l’est plus aujourd’hui. Le prix des différents «acquis» ne se justifiant plus, l’objectif est donc de les supprimer tous. La première préoccupation du capitalisme est donc d’économiser les coûts qui en découlent.

Les premières attaques sur les salaires directs ont eu lieu depuis bien longtemps avec le blocage des salaires et le développement de toutes sortes de statuts précaires. Les conditions de travail se dégradent alors que la productivité augmente, la loi des trente-cinq heures remet en cause les conventions collectives, l’annualisation du temps de travail économise les heures supplémentaires aux patrons, leur permettant ainsi de se dispenser des aléas d’une création d’emploi.

Aujourd’hui, le gouvernement et le Medef s’attaquent aux retraites.

D’abord économiser en réduisant la part des cotisations patronales, par l’augmentation des années de cotisation ; ensuite, préparer le terrain à une appropriation de la galette par la volonté d’instaurer un régime par capitalisation. Gouvernement et patronat se rangent donc en ordre de bataille pour livrer une nouvelle offensive à l’ensemble des travailleurs.
 


Même si le régime actuel des retraites est loin d’être parfait et équitable, la mobilisation contre les projets de Raffarin se doit d’être la plus forte possible.

La victoire du gouvernement ouvrirait une brèche, aboutirait sur une situation dangereuse pour l’ensemble des salariés. Le mouvement de régression sociale s’amplifierait encore pour nous mener toujours plus vers des conditions de travail ressemblant à celles qu’ont combattu durant plus d’un siècle le mouvement ouvrier.

Nous devons remettre tout d’abord en cause la division provenant de la réforme Balladur qui a porté à quarante annuités les cotisations exigées aux travailleurs du privé.

La tactique du gouvernement était simple et efficace : s’attaquer au privé où une riposte d’ensemble du secteur semblait peu probable, pour diviser les salariés et mettre une épine dans le pied d’une future contestation du secteur public.

Rejetons l’argumentation démographique avancée par les politiques, les médias. Si la durée de la vie s’allonge, la productivité du capitalisme augmente dans des proportions autrement plus importantes, sans parler des revenus créés par les seuls marchés financiers. Se pose ici le problème de la répartition des richesses, l’endroit où la question sociale commence à s’inviter dans la question politique et doit finir par déboucher sur de nouveaux choix de société.

Le lien entre les retraites et la réduction importante du temps de travail doit être mis à l’ordre du jour. Refuser de travailler plus, c’est aussi lutter contre les cadences infernales, profiter des progrès techniques permettant l’augmentation de la productivité pour simplifier et réduire toujours les tâches liées à la production ou à la proposition de services, supprimer les plus dégradantes.

Contre l’attaque du gouvernement, la riposte nécessaire des travailleurs doit préparer leur offensive. Le rapport de force actuel doit être renversé sur ce terrain comme dans d’autres car une réforme du système de retraite favorable aux salariés ne peut intervenir que dans le cadre général d’une lutte contre les conditions que leur imposent le capital et le gouvernement durant toute leur vie.

LES PATRONS SONT PASSES A L’ATTAQUE, LES TRAVAILLEURS N’ONT D’AUTRES CHOIX QUE DE RIPOSTER DANS L’UNITE AVEC LA PLUS GRANDE FERMETE. NOUS DEFENDRONS EFFICACEMENT LES «ACQUIS SOCIAUX» EN LUTTANT POUR OBTENIR MIEUX.

Christophe, OCL Reims le 6 février 2003

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L'heure est grave, l'heure est à la Grève générale !
LE PATRONAT DÉCLARE LA GUERRE...
CNT-AIT
http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=221
lundi 14 janvier 2002

Le patronat déclare la guerre...

Le patronat cherche à s'en prendre à nos retraites. Sa revendication lors des discussions à la CNAV (Caisse Nationale d'Allocations Vieillesse) est de faire passer à 45 annuités le temps de cotisation pour avoir le droit à une retraite complète. 45 ans de cotisation, c'est avoir le droit à la retraite à 65 ans si on entre sur le marché du travail à 20 ans. Et avec le chômage et l'allongement de la durée des études, il ne sera pas exceptionnel de n'avoir le droit à la retraite qu'à 70 ans voire plus... autant dire que l'on n'aura plus le droit à la retraite !

Et pourtant, dans les entreprises, les patrons et les administrations cherchent à se débarrasser des travailleurs les plus âgés, jugés «improductifs» ou «plus assez productifs». Le patronat cherche à imposer la retraite à 65 voire 70 ans, alors qu'aujourd'hui, à 50 voire 45 ans on est déjà, si on a été licencié, quasiment exclu du monde du travail.

Ce que le patronat voudrait en fait réussir à faire passer ce sont les fameuses retraites par capitalisation. Le principe ce ne serait plus une retraite garantie à tous les salariés, mais une assurance, du même type que l'assurance auto. Chacun, selon ses moyens, cotise vers une banque ou une compagnie d'assurance, et espère ainsi pouvoir avoir un jour une retraite.

Pour les banquiers et les financiers c'est une bonne affaire ! Tout cet argent pourra être joué en bourse, servir à de juteuses spéculations et engraisser ainsi encore et toujours ceux qui déjà s'enrichissent.

Pour les salariés par contre, ces retraites par capitalisation ou "fonds de pension" seraient une catastrophe :

Depuis des années et des années, les politiciens, les médias et le patronat ne cessent de nous dire qu'il n'y aurait plus d'argent pour les retraites, pour la Sécu, pour augmenter les salaires, etc... Et pourtant, la France est un pays de plus en plus riche. En 1945, on a été capable de mettre en place l'actuel système de retraite, alors que le pays était ravagé par la guerre et l'occupation nazie. Aujourd'hui, alors que la bourse atteint des sommets, que les profits augmentent, que les riches sont plus riches que jamais, il serait impossible d'assurer une retraite pour chaque travailleur ? Mais pour des retraites garanties à chaque salarié, comme pour de meilleures conditions de vie en général, il faut prendre l'argent où il est : sur les profits ! Et nous pourrons alors, non seulement garantir le droit à la retraite, mais aussi obtenir le retour au 37,5 annuités de cotisation, et la retraite à 55 ans !
Le patronat vient d'annoncer que si ses revendications n'étaient pas acceptées, il se retirerait des organismes de retraite. Face à une telle provocation, il est nécessaire d'organiser une riposte à la hauteur de la situation !
 
...préparons la grève !
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Retraites :
Tout de suite et beaucoup !
CNT-AIT
http://cntait89.free.fr/actualites/040601retraites.htm
 
Tu trimes toute ta vie, tu te retrouves à la retraite, et t'es comme un c...

Encore heureux si t'as un viatique pour t'accompagner jusqu'à la mort au cas où entre l'atelier, le bureau et le dimanche (autrefois) férié, t'aurais eu l'occase de trouver ce qui te plaît dans cette fichue vie !

Quelque chose comme le soleil, la mer, la pluie, les réverbères, la menuiserie, le jardin, la peinture, les poissons exotiques, le violon, les voyages (ah, les voyages !), le regard de ceux que tu aimes, tiens même le sourire de ceux que tu pourrais ne pas aimer... enfin quoi des choses, y'en a plein ; si on a le temps d'en apercevoir pendant ces quarante années de labeur dans les geôles du Capital. Au cas où t'aurais pas les poumons brûlés et que t'aurais encore tous tes doigts, ton petit pécule vieillesse il pourrait te servir à faire quelque chose qui te plaît enfin, tiens même ne rien faire du tout si c'est ça que t'aimes — sauf que y'a pas grand-chose dans ta bourse de retraité.

Pourtant si tu additionnes tout ce que ton travail a rapporté au patron pendant tes quarante ans de galérien, tu devrais être multimillionnaire.

Mais ça marche pas comme ça.

C'est une autre histoire que la nôtre; celle de l'arnaque de ces deux derniers siècles : dès ta naissance t'es formaté pour accepter le travail — sois prolo et tais-toi (ou ne parle pas trop fort, on pourrait t'entendre) quand t'as l'âge requis, tiens disons que t'es né en Europe, bien conforme avec un père et une mère comme il se doit, que t'as fait quelques études (y paraît que l'université, maintenant, c'est accessible à tous), et que t'as vingt ans. Là, t'es sur le marché et tu y vends ta force de travail. Ta force de travail, c'est toi : une fois ta force vendue, tu vas au chagrin.

Ça, tu vas me dire, c'est à l'ancienne. Aujourd'hui c'est pas évident de la vendre sa force de travail. Bon, t'as pas tout à fait tort, mais t'as pas tout à fait raison non plus. Parce que j'ai pas dit que tu la vendais une fois pour toutes ta force de travail. J'ai pas dit non plus qu'en France, par exemple, les mômes ne travaillent pas. Y'en a. T'en connais et moi aussi.

Où en étais-je ? Ah oui. Le viatique de la vieillesse quand t'as embauché (hypothèse) à vingt ans et que tu pars à la retraite à soixante que t'as quarante ans d'aliénation dans les pattes et dans la tronche. En plus, faut le dire, t'es fatigué. Dame, t'as plus tes jambes de vingt ans. Ces jambes-là tu les a données au patron, il y a belle lurette. Et qu'est-ce que t'as eu en échange ? Ça, t'as été choyé, on peut pas dire la paye tous les mois, les indemnités Assedic parfois, les congés payés, des primes occasionnelles et une partie de ton salaire socialisé dans les différentes caisses de solidarité, dont ta mirifique retraite. Faudrait quand même pas se plaindre, non ? Une fois que t'es plus bon à rien pour le Capital, estime-toi heureux qu'il continue de ponctionner encore ceux qui travaillent pour t'assurer des revenus ! Mais... tu ne récupéreras jamais ce que le patron s'est mis lui dans la poche sur ton dos, sur tes heures de travail, sur tes heures de fatigue, tes heures d'ennui, de déprime pendant ces quarante longues années de ta vie, et tu ne récupéreras ni tes rêves ni ta santé ni ton énergie.

Allez, faut pas voir tout en noir comme ça. Y'a quand même des trucs chouettes, non ? les copains par exemple. C'est important les copains. Ça, personne peut dire le contraire. Mais tu crois pas qu'avec les copains ce serait plus agréable de passer du temps ailleurs qu'au boulot?

Le patron nous vole plus que notre argent. Il nous vole notre vie qui doit lui être consacrée. Lui, il a le capital. Nous on a le travail sauf que le travail n'existe pas sans le capital... et nous voilà coincés dans la machine qui ne remonte pas le temps. Sauf que le capital sans notre travail, il n'existe pas non plus... ah bon ? et ouais ! te dire qu'ils ont besoin de nous...

Mais revenons à nos retraites. tout ce qu'on vient de dire c'est dans le cas où entre vingt et soixante ans t'as tout le temps bossé, et que t'as eu l'occase de développer à côté du boulot des amitiés, des plaisirs, des savoir-faire qui font qu'à soixante berges, fatigué certes, mais encore rêvant, t'as devant toi quelques décennies de plus pour vivre enfin, même si c'est chichement. Une fois de plus, faudrait pas trop se plaindre. Ça pourrait être pire, non?

Comme de se retrouver avec un loyer de 2 000 F et une retraite de 3 800 F, comme d'aimer lire et d'avoir les yeux tellement abîmés qu'il n'y a que les gros caractères qu'on puisse voir, comme que ta compagne ou ton compagnon doive être hospitalisé(e), comme que... d'accord c'est du mélo. Ah, ça existe ?

Allez y' a encore pire, regarde nos camarades aux Etats-Unis, ils ont même pas leurs 3 800 balles. Car le patron là-bas c'est comme celui d'ici, il est capitaliste, il n'a pas d'état d'âme, il est dans la concurrence et il fait du profit. Le patron il se moque éperdument de ce que racontent les romans-photos, du moment que ça lui rapporte du fric, et le salaire socialisé ça ne lui en rapporte pas ; d'une manière ou d'une autre c'est une partie de notre salaire qu'il ne nous extorque pas directement. Il aimerait donc mieux que ça devienne du capital.

Holà, comment va-t-il s'y prendre? Facile, il a l'habitude de te faire bosser, et de se remplir les poches avec ton boulot, ça on l'a déjà vu tout à l'heure — et ses poches, elles n'ont pas de fond. D'abord il va te demander de bosser cinq ans de plus pour obtenir la même somme dans ton porte-monnaie. Dans notre exemple, t'embauche à vingt ans, tu sors de la mine à soixante-cinq. Cool. Qu'est-ce que cinq ans de plus à subir dans une vie d'homme et de femme ? 1/15è à 1/16è d'une vie statistique: vraiment pas grand-chose...

Comme disait Einstein, le temps, c'est relatif.

Dis, t'en connais beaucoup des collègues qu'ont pu bosser quarante-cinq ans dans la même boîte ? T'en connais beaucoup des collègues qu'ont embauché chez Exploiteur & Co à vingt ans et qui y sont encore à soixante-cinq ans ? T'as pas remarqué que les uns après les autres on nous pré-retraite ou on nous licencie dès qu'on approche la cinquantaine ? Et après débrouille-toi avec les assedics et l'ANPE...

T'as remarqué qu'à l'ANPE les trois-quarts des postes proposés ce sont des CDD ?

T'as remarqué comme les agences d'intérim engraissent en ce moment ?

Alors déjà que les quarante ans de boulot faut les trouver entre vingt et soixante ans, je te dis pas en trouver quarante-cinq entre vingt et cinquante ans à coups de contrats d'intérim et de durée très déterminée, ça relève de l'utopie !

Grosso modo, y' a plus de retraite assurée, même médiocre.

Donc il va te falloir non seulement continuer à bosser comme toujours, mais en plus passer directement une partie de ton salaire dans une assurance privée pour tes vieux jours.

Comme pour ta bagnole.

T'as intérêt à être bien portant si tu ne veux pas payer trop cher ton assurance... et c'est comme ça que ton salaire va devenir du capital. Futé, non?

Loiseau (syndicat interco Marseille)

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S'IL YA UN PROBLEME C'EST LE SYSTEME CAPITALISTE

CNT-AIT
http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=573
mardi 28 janvier 2003

Régulièrement depuis au moins dix ans avec d'autant plus d'insistances revient le soi-disant problème des retraites souvent couplé avec le financement de la Sécurité Sociale. Chacun y va de son couplet à grand renfort de chiffres sur la démographie, la croissance, l'espérance de vie galopante, etc. Les rapports succèdent aux rapports, plus techniques et plus incompréhensibles les uns que les autres pour en laisser l'interprétation aux experts de tout poil (du permanent syndical au chercheur de l'INSERM ).

Responsabilité syndicale et politicienne : Les dernières élections présidentielles ont donné de l'assurance à un président et à un gouvernement élu à 82% des suffrages. N'en déplaise aux farceurs de la gauche, de l'extrême gauche et des syndicalistes aux ordres, le plébiscite de Chirac sera déterminant sur la perception de sa légitimité politique.

La Bourse ou la vie : Le système de solidarité, dit de répartition, est le seul au monde à résister aux assauts de la spéculation. Mais quand la capitalisation apparaît, même à un faible pourcentage, c'est tout le système qui est mis à mal. L'exonération des charges sociales sur les cotisations à la PREFON ou sur l'épargne salariale permet surtout d'avantager financièrement l'encadrement dans la fonction publique et de ne pas augmenter les salaires dans le privé. Heureusement les effondrements de certains fonds de pension et la ruine de leurs «épargnants» ont donné un coup d'arrêt à la propagande politique et médiatique sur ce système qui change de nom mais pas de contenu.

Collaboration syndicale ordinaire : C'est par un communiqué laconique du 29/01/2002 que la CFDT, CFTC, CGC et CGT nous apprennent qu'ils vont prendre soin des salariés et gérer majoritairement l'épargne salariale dans des investissements qu'ils auront jugés «corrects ou éthiques». Le 08/01/2003 le Canard-Enchaîné nous apprend que les gestionnaires des ASSEDIC où figurent tous les syndicats représentatifs, viennent d'accepter que la cotisation de retraite des chômeurs soit multipliée par 2,5 ! Dans ce domaine il y a avait déjà l'ARPE que défendent tous les syndicats et qui permettait aux patrons de se débarrasser des salariés âgés en tirant des fonds des ASSEDIC. Etc. ...

La base et le sommet : L'exemple d'EDF-EDF est significatif à cet égard. Un accord concocté avec les syndicats dont la CGT a la majorité absolue dans ces entreprises, vient d'être rejeté par des travailleurs qui ont flairé le piège de l'adossement au régime général et refusé les « augmentations jugées nécessaires ». Dans les autres entreprises publiques ou administrations c'est la même contradiction entre des syndicalistes de base, souvent sincères mais crédules, et des permanents jouant le double jeu, négociant en catimini des accords bidons.

Ni démagogie, ni défaitisme : Si certaines revendications pour l'égalité entre Public et Privé réapparaissent et nous réjouissent, il ne faudrait surtout pas tomber dans la démagogie. Les attaques sur le privé ont eu lieu en 1993 et n'ont pas donné de réactions notables. Pour revenir sur les décisions de l'époque, il faudra que les travailleurs du privé s'y mettent et ce n'est pas des déclarations d'intention qui pourront changer les données. Quant aux déclarations sur le maintien des régimes spéciaux pour les travaux pénibles, tous ceux qui se sont bagarrés pour qu'ils existent (hormis les secteurs répressifs où la fonction sociale de maintien de l'ordre a été déterminante) savent qu'ils ont été obtenus de hautes luttes et qu'ils ne seront maintenus ou étendus que par elles.

La croissance, une solution ? : Des chiffres sur le PNB (produit national brut), considéré ici et là comme la richesse nous interpelle sur le devenir du monde. En effet les promoteurs, malheureusement trop nombreux, oublient, quand cela les arrange, les dégâts irréversibles de cette solution miracle et ce que cachent les chiffres. L'exemple de l'accident de la route est le plus parlant puisqu'en faisant intervenir police, ambulance, dépanneur, garagiste, hôpital, médecin, pharmacien, assurance, justice, etc. ..., un trajet qui finit mal est censé enrichir la nation plus qu'une arrivée à bon port ! En comprendra aisément toute l'hypocrisie et l'absurdité qui règne dans ce domaine et que de réelles catastrophes pour l'humanité soient une aubaine pour le capitalisme.

Pourquoi accepterions-nous des sacrifices ? Le système capitaliste est incapable de répondre aux aspirations les plus élémentaires comme la possibilité de vivre tranquille après des années de labeur. Il montre qu'il peut dépenser des sommes considérables pour l'armée, la guerre, la police, les politiciens, etc..., laisser mourir de froid, de faim ou d'ennui des milliards d'individus et de contaminer la planète entière pour assouvir ses besoins de profit. Il atteint maintenant ses limites en mettant l'humanité en péril. Il appartient donc aux hommes et aux femmes de relever le défi incontournable d'achever ce système inique et de réaliser leur émancipation.
Amiens le 27/01/2003

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REMISES EN CAUSE DU DROIT À LA RETRAITE :
PATRONAT ET GOUVERNEMENT VEULENT LA GUERRE
PREPARONS LA GREVE !
CNT-AIT
http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=574
mercredi 5 février 2003
Le gouvernement et le MEDEF veulent «ouvrir le dossier des retraites». Depuis des mois voire des années déjà on nous prépare à une remise en cause de notre droit à la retraite par une propagande médiatique constante, véritable bourrage de crâne, sur le «problème démographique» qui ne permettrait plus de «financer les retraites». Comme si le problème des retraites était démographique et non pas économique !
 
La question est celle de la répartition des richesses

En 1945, lorsque le système des retraites par répartition a été instauré, le pays était ruiné par les années de guerre et d'occupation nazie. Aujourd'hui, la France n'a jamais été aussi riche : la bourse augmente chaque jour, patronat et actionnaires annoncent des taux de profit toujours plus haut, et on ne pourrait plus assurer une retraite pour tous les travailleurs ? Quand on pense qu'en 2001 Jean- Marie Messier a empoché 36,26 millions d'euros (soit un RMI toutes les 34 secondes), le PDG de l'Oréal 21,26 millions d'euros (un RMI toutes les 58 secondes) ou le PDG d'Aventis 21,26 millions d'euros (un RMI toutes les 71 secondes), on se rend compte que les vrais privilégiés ne sont pas les ouvriers d'EDF-GDF ou de la SNCF.

Notons au passage que si patrons, politiciens et médias à leur service nous bassinent avec «l'argent qui manque» lorsqu'il est question de nos acquis sociaux, le fric ne manque pas quand les ministres s'accordent une augmentation de salaire de 70%, lorsque le budget de la défense est augmenté, ou pour envoyer des troupes guerroyer en Côte d'Ivoire. Le fric pour assurer une retraite décente pour tous les salariés existe ! Il faut prendre l'argent où il est ! Il faut taxer les profits !

Ce que nous prépare le gouvernement et le MEDEF nous ne le savons que trop bien : une augmentation de la durée de cotisation pour tous les salariés, du public comme du privé. Raffarin a pu ainsi se faire applaudir au congrès du MEDEF en affirmant que la retraite à 60 ans avait fait son temps. Il est toujours agréable de voir des gens qui n'ont jamais bosser de leur vie s'unir pour nous faire travailler plus !

L'augmentation de l'âge de la retraite est, de toute façon, une aberration : pour les patrons, à 50 voire 40 ans, un salarié est déjà trop usé pour être «rentable» ! Et ce qu'il oublie de dire c'est que si le nombre d'actifs qui cotisent pour la retraite baisse, c'est essentiellement à cause du chômage de masse. Or, en forçant les salariés à travailler plus longtemps, on fait, en toute logique, augmenter le chômage. Ce qu'ils ne disent pas non plus c'est que la politique de baisse des salaires réduit, elle aussi, les cotisations pour la retraite ! Tout est lié ! Refuser les licenciements et les suppressions d'emplois, dans le public comme dans le privé, augmenter les salaires, obliger les patrons à embaucher, transformer les emplois précaires en emplois stables, c'est aussi remplir les caisses de retraite !

Ce que veut le patronat, c'est permettre la généralisation de la retraite par capitalisation. Finit la retraite garantie à chaque travailleur après une vie de labeur, chacun verse, selon ses moyens, de l'argent à société de fonds de pension, qui, elle, jouera cet argent en bourse. Cela signifie déjà que les travailleurs les plus mal-payés auront bien du mal à mettre un peu d'argent de côté. Cela signifie aussi qu'aucun salarié ne sera sur d'avoir une retraite ! Une dévaluation, une crise économique, ou même une simple faillite de l'organisme qui gère les fonds de pension, et c'est notre retraite qui part en fumée ! Pour les capitalistes, bien sûr, c'est tout bénef : ils joueront notre argent en bourse, empocheront les bénéfices s'ils en gagnent, et s'ils perdent, pas de soucis, ce ne sont que nos retraites. Ne laissons pas nos retraites entre les mains d'aventuriers de la bourse ! Nos retraites n'ont pas à être jouées au casino ! Il faut refuser catégoriquement les «fonds de pension» et autres «retraites par capitalisation» !

Sur la question des retraites, comme pour nos autres conquêtes sociales, nous n'aurons que ce que nous prendrons !

Depuis des années, nous subissons régressions sociales sur plans d'austérité, licenciements et suppressions d'emplois, tandis qu'une poignée de privilégiés ne cessent de s'enrichir. On voit bien que contrairement à ce qu'on cherche à nous faire croire, le patronat n'est pas un «partenaire social» avec qui il faudrait négocier, mais un ennemi de classe qu'il faut combattre. C'est grâce à la lutte, et non pas dans des négociations de salon, que nous avons obtenu le droit à la retraite, les libertés syndicales, les congés payés et autres avancées sociales. De la même façon, ce n'est que par la lutte, que nous pourrons conserver nos retraites. Dans la rue le premier février, nous devons nous préparer à une riposte à la hauteur des menaces qui planent sur notre avenir.

Travailleurs du public ou du privé, chômeurs et retraités, ne nous laissons pas diviser !

Un recul pour une catégorie de salariés prépare forcément un recul pour tous les travailleurs ! Nous pouvons imposer la prise en compte de nos intérêts au patronat et au gouvernement : travailleurs salariés, nous sommes la plus grande force sociale, puisque nous faisons tout tourner.

Alors, tous ensemble, dans nos entreprises ou établissements, nos ateliers, services, bureaux, magasins ou chantiers, préparons nous à riposter ! Nous ne pouvons faire confiance aux dirigeants des syndicats dits «représentatifs», ils nous l'ont encore démontré ces derniers mois : en signant un «accord» salarial au rabais pour briser la grève des routiers, en approuvant le plan patronal pour l'UNEDIC (les salariés cotisent plus, les chômeurs touchent moins) en décembre, ou en soutenant le projet d'accord gouvernemental visant à liquider le régime spécial des retraites pour les ouvriers d'EDF-GDF.
 

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Notre avenir n'est pas à vendre

FA Nantes

Quelques faits et chiffres :

Aujourd'hui, en France, la part des retraites dans le «Revenu national brut» (RNB) est de 12%. D'ici 2030, le nombre de retraité-e-s aura augmenté de 50%. Il est donc normal que la part des retraites passe d'ici là de 12% à 18% de la richesse nationale. Cela n'a rien de choquant, puisque cette part n'a jamais cessé de progresser depuis 1950 (elle était alors de 4%, passa à 8% en 1970, puis à 12% en 1998). La perspective d'un passage à 15 ou 18% en 2040 n'a donc rien d'affolant, d'autant que cette progression reste inférieure aux gains de productivité des entreprises, donc de la richesse disponible.

On nous annonce qu'à partir de 2005, avec le début du départ en retraite des enfants du " baby-boom ", la population retraitée sera de plus en plus nombreuse et vivra de plus en plus longtemps du fait de l'allongement de l'espérance de vie : qui s'en plaindra ? Encore faut-il que ces personnes à la retraite disposent d'un revenu correct.

En parallèle, le nombre d'actifs ne progressera pas aussi vite que les départs en retraite. Pourtant des dizaines de millions de personnes aujourd'hui sans emploi (en Europe et dans les pays du Sud) ne demandent qu'à travailler, du moins exercer une activité professionnelle intéressante, correctement rémunérée et pas trop fatigante.

Ce qui est choquant aujourd'hui, c'est que le Medef et les gouvernements successifs ont décrété qu'une bonne partie de cette population est définitivement «inemployable» (la notion de «chômage structurel») ou condamnée à survivre dans des emplois précaires.

Non aux retraites par capitalisation !

Les retraites par répartition, socle de la solidarité intergénérationnelle, consistent à dégager une partie de la valeur créée dans les entreprises pour payer les pensions : le principe est que tout ce qui rentre dans les caisses de retraites par répartition ressort aussitôt sous forme de pension. S'il y a un peu de surplus, c'est pour sécuriser les retraites futures.

Au nom d'équilibres perturbés entre actifs et retraités, on (les pouvoirs publics, les patrons et en particulier les patrons des compagnies d'assurances et des banques) nous dit que le système par répartition ne tiendra pas la marée et on nous propose d'une manière plus ou moins rusée des systèmes d'épargne et de capitalisation (pour les socialistes, ce fut notamment la loi Fabius sur l'épargne salariale). Contrairement à la répartition, l'argent que l'on va consacrer à une retraite par capitalisation (fonds de pension) ne sera disponible que dans X années et est bien entendu strictement personnel (pas question de solidarité).

La capitalisation des retraites est dangereuse à plusieurs titres :

1) le fait d'être placé sur les marchés financiers lui fait courir le risque d'un effondrement des cours : c'est ce qui se passe aujourd'hui dans de nombreuses entreprises américaines où les retraites des personnels ont été dilapidées par les patrons.
2) Le système par capitalisation est inégalitaire et amplifie les inégalités dans la société. Les personnels les mieux rémunérés pourront placer plus d'argent que les personnels pauvres et précaires. Les salarié-e-s des entreprises les plus performantes et dominantes (les banques et les compagnies pétrolières occidentales notamment) auront également plus de facilités par rapport à celles et ceux des entreprises petites et moyennes qui se voient souvent fixer leurs tarifs par les plus grosses, d'où un partage inégal de la «valeur ajoutée» entre entreprises, entre secteurs et entre pays.
3) Autre inconvénient, c'est le brouillage des idées et des positionnements de classe. On ne sait plus si on est salarié-e ou actionnaire. En tant que salarié-e, on a intérêt de revendiquer une masse salariale plus élevée. En tant qu'actionnaire, l'intérêt est d'avoir des profits les plus élevés possible au détriment des salaires et des matériaux entrant dans l'entreprise (ceux-ci étant eux-mêmes issus d'un travail d'autresvsalarié-e-s).
4) Quatrième inconvénient des systèmes d'épargne : qu'elle soit alimentée par l'argent des rentiers ou des salarié-e-s, l'épargne mondiale est drainée vers les Etats-Unis et contribue à alimenter la surconsommation des ménages des classes moyennes et supérieures nord-américaines. Mais surtout, l'épargne mondiale sert aujourd'hui à alimenter la politique sécuritaire, l'effort de guerre et de domination des Etats les plus riches du monde, USA en premier. Quant aux investissements utiles (logements, énergies renouvelables, etc), ils sont en panne (seulement 40000 logements sociaux budgétés en France pour 2003, alors que ce pays compte plus de 3 millions de personnes mal logées).

Les impostures du Medef

Le vocabulaire du patronat s'est transmis au reste de la société, y compris dans les rangs du salariat.

Principal exemple : la notion de «charges». Les charges, ce sont les prélèvements sociaux sur salaires et les impôts. Le patronat en demande la diminution, voire la suppression et y arrive souvent (multiples exonérations de charges obtenues lors des 35 heures, primes à l'embauche, etc). Pourtant, les entreprises ont intégré ces «charges» dans leur coût de revient et donc dans leurs prix de vente. Il est donc démagogique de leur part d'en réclamer la diminution. En outre, les charges font partie des richesses créées par le travail des salarié-e-s et font partie de leur rémunération. C'est la totalité du salaire brut et les charges patronales qui intéresse les salarié-e-s et les non-actifs, que ce soit pour l'assurance maladie, les retraites, les allocations chômage, les allocations familiales (et bien d'autres prestations comme la cotisation transports publics).

Ce que voudrait le patronat, c'est de diminuer la part des «charges» salariales et patronales. Il essaie de nous le «vendre» en laissant entendre que les «charges» diminuant, le salaire net augmenterait, quitte à ce que les salarié-e-s aient le «libre choix» de souscrire à des complémentaires maladie privées ainsi qu'à des systèmes d'épargne.

Ce discours peut être séduisant  auprès de jeunes salarié-e-s se sentant en bonne santé, pour qui la retraite semble bien lointaine et plus motivé-e-s par la consommation immédiate : c'est pourtant la voie ouverte vers la privatisation des systèmes de santé et de retraites. Un des enjeux, c'est donc de ré-intéresser la jeunesse à ces systèmes collectifs de sécurité sociale et de retraites.

Le système existant n'est pas exempt de critiques

Il est inégalitaire

Il ne suffit pas de dénoncer les dangers de la privatisation rampante et réclamer la continuité du système existant. Car les retraité-e-s vivent les mêmes inégalités que les salarié-e-s. Quand on fut un-e salarié-e bien rémunéré-e, on devient un-e retraité-e relativement aisé-e, d'autant plus que dans ce cas, on est déjà souvent propriétaire de son logement.

Quand on fut mal payé-e en tant que salarié-e, la retraite est assez minime. De plus, les salariés mal rémunérés sont souvent celles et ceux qui ont tenu les emplois les plus pénibles et les plus dangereux : outre l'inégalité face au niveau des retraites, il y a une inégalité face à la mort, car l'espérance de vie est moindre pour ces salarié-e-s qui se trouvent «crevé-e-s» à la fin de leur vie professionnelle.

Il manque de transparence

Les syndicats reconnus représentatifs par l'État gèrent avec le patronat un certain nombre d'institutions (UNEDIC, caisses de retraites complémentaires, Fongecif, etc), même si aujourd'hui le Medef s'est retiré de la gestion de la sécurité sociale (régime général de l'assurance maladie et de l'assurance vieillesse). Cette gestion apporte aux syndicats des ressources importantes qui compensent l'érosion du nombre de syndiqué-e-s.

Quelle que soit la sincérité des directions d'organisations syndicales, cet enjeu financier est décisif et peut expliquer que des manŌuvres souterraines ont lieu lors de négociations avec le patronat et les pouvoirs publics : la chose négociée, l'intérêt du salariat, est bradée pour obtenir des avantages de boutique ou une reconnaissance comme partenaire privilégié. Pour autant, nous ne tomberons pas dans le discours du «tous pourris» : simplement, il est nécessaire de lutter au quotidien contre la tendance à la bureaucratie, pour la démocratie syndicale et pour l'unité quand elle est possible.

Comment peser sur les débats ?

L'exigence d'égalité

Faire Èvoluer le système des retraites par répartition dans le sens d'une plus grande égalité, c'est possible. Quand nous disons égalité, ce n'est bien entendu pas la notion d'«équité " avancée par l'État et le patronat, qui signifie nivellement des droits par le bas, partage des risques entre patronat et salarié-e-s et désengagement patronal de plus en plus important des financements (voir le dernier accord Unedic, où l'essentiel du financement est supporté par les chômeurs/euses, alors que le Medef ne supporte que le tiers de «l'effort» de financement).

L'égalité que nous préconisons n'est pas compatible avec ce système économique et social, basé sur l'exploitation et la domination. Pour autant, il nous faut utiliser chaque occasion pour s'en approcher : concernant les retraites, il est ainsi nécessaire et réaliste de relever le niveau des pensions les plus basses, de revenir à 37,5 annuités de cotisation maxi, de permettre une retraite complète dès l'âge de 60 ans, voire avant pour les personnes exerçant des métiers pénibles.

Les luttes sociales

L'enjeu immédiat est donc la question du financement des retraites. Or, les débats sur les retraites s'ouvrent alors que les licenciements se multiplient dans tous les secteurs d'activité. Or, à chaque licenciement, c'est un peu moins d'argent qui rentrent dans les caisses de retraites ou de la sécurité sociale. A contrario, chaque licenciement mis en échec est aussi un élément de réponse. Les luttes sociales contre les licenciements, pour de meilleurs salaires ou de meilleures conditions de travail répondent en partie aux questions de financement, que ce soit de la sécurité sociale ou des retraites. Les luttes des sans-papiers pour la régularisation de leur situation administrative et pour être régulièrement employés y répondent aussi.

Intéresser la jeunesse à ces problématiques de retraites et de sécurité sociale. Il ne faut pas se borner aux retraites, mais élargir aux questions de
sécurité sociale, où beaucoup de jeunes souffrent d'insuffisance de remboursements et font l'impasse sur certains soins. En outre, y a-t-il vraiment un problème des retraites alors que la production, les richesses produites continuent de s'accroître alors que la population reste stable ? Non. Il faut alors prendre en compte l'ensemble de la création de richesses et pas seulement la masse salariale.

Conclusion et propositions anarchistes

Présent-e-s dans cette lutte pour l'avenir des retraites, les anarchistes ne peuvent se contenter d'être une force d'appui aux grosses organisations syndicales, qui se situent toujours dans un cadre d'expansion illimitae de la production de biens et de services : nous contestons ce système basé sur une croissance d'une masse de marchandises dont beaucoup n'ont pas grande utilité, polluent et aliènent les individus, que ce soit sous forme d'exploitation ou de consommation bête et méchante et sont conçues et réservées pour la seule clientèle solvable.

La solution serait de sortir un maximum de biens et services du système marchand (transports, etc), de rendre leur usage gratuit et universel et, pourquoi pas, rendre leur production autogérée.

Voilà de nouveaux éléments de réflexion qui devraient intéresser actifs et inactifs et répondent aussi à la problématique de l'avenir des retraites.
 

Fédération Anarchiste (groupe de Nantes)
ACLN, BP 60221, 44002 Nantes Cedex1

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Les retraites : réforme inéluctable ou choix de société ?

http://www.fa-rennes.fr.st/
Fédération anarchiste
Groupe La Commune
9 rue Malakoff - 35000 Rennes

Les anarchistes, qui souhaitent l'abolition du salariat, dissocient le droit et les moyens d'exister décemment du fait de travailler ou d'avoir travaillé (être «retraité» du travail) ou non. C'est pourquoi la revendication syndicale ne saurait nous satisfaire complètement ici au sujet des retraites... Nous concevons le syndicalisme comme un outil de préparation de la révolution sociale et libertaire. Toutefois, et notamment dans le contexte actuel de fortes régressions sociales, nous prenons part à toutes les luttes défensives (sécuritaire, éducation...), ici en ce qui concerne le système des retraites.
 

Qu'est-ce que le système de retraite par répartition?
 
Le système par répartition comme lien de solidarité entre générations date de 1945. Il se base sur 3 critères indissociables: l'âge de départ en retraite, le montant de la pension, et enfin la durée de cotisation.

Les pensions des retraités sont financées selon le principe de la solidarité ouvrière, par les cotisations des travailleurs. C'est donc entre autre le ratio actif-inactifs qui détermine le financement des retraites. Les médias, le patronat, les gouvernements successifs de gauche comme de droite et même certains syndicats l'affirment: les principaux indicateurs démographiques ne laisseraient d'autre choix que d'augmenter la durée de cotisation ouvrant droit à une retraite à taux plein. C'est ainsi qu'au sommet européen de Barcelone en Mars 2002, MM. Jospin et Chirac ont signé l'accord entérinant l'augmentation progressive d'environ 5 ans de l'âge de départ en retraite. Et pourtant, Mr Alain Juppé, qui avait si bien réussi en Hiver 1995 à faire descendre dans la rue les travailleurs du privé et du public sur la question des retraites a été tout récemment admis, à sa demande, en tant que très haut fonctionnaire d'État à partir en retraite à l'âge de 57, 5 ans...

En parallèle est mis en avant le financement des retraites par capitalisation. Les salariés se trouveraient donc devant le dilemne suivant: soit partir en retraite avec une pension moindre, soit travailler plus longtemps comme le propose certains «experts» dont la «créativité» semble sans limite. Les travailleurs ne souhaitant pas ou ne pouvant pas (physiquement ou intellectuellement) partir en retraite à 70 ans devraient chercher pour leur vieux jours un complément d'épargne individualisé auprès d'investisseurs privés (banques, compagnies d'assurance, ou même leur patron).
 

Qu'est-ce que la retraite par capitalisation et pourquoi le patronat veut-il la mettre en place?
 
L’argent consacré à une retraite par capitalisation (fonds de pension ou épargne salariale) ne sera disponible que dans X années et est bien entendu strictement individuel (pas question de solidarité). Le système par capitalisation amplifierait les inégalités dans la société, puisque les personnels les mieux rémunérés pourraient placer plus d’argent que les pauvres. Le montant de cette retraite serait partagé inégalitairement entre entreprises, entre secteurs et entre pays en fonction de la valeur ajoutée qui y est générée.

En transformant les salariés en actionnaires, ce système participerait au brouillage des positionnements de classe. Un-e salarié-e a intérêt a revendiquer un salaire plus élevée. Un actionnaire, quant à lui, souhaite maximiser les profits de ses investissements. Cela se fait au détriment des salaires et des matériaux entrant dans l’entreprise (ceux-ci étant eux-mêmes issus d’un travail d’autres salarié-e-s).

La retraite par capitalisation ne présente évidemment pas la moindre garantie financière à long terme pour les «bénéficiaires». Comment en effet une entreprise capitaliste pourrait-elle garantir la rentabilité de ses investissements dans un système concurrentiel ? En nous rappelant le scandale financier d'Enron, qui d'entre nous a envie de jouer sa retraite à la roulette?

De plus, les systèmes par capitalisation et par répartition ne pourront pas co-exister très longtemps. La répartition serait amenée à dépérir à terme. En effet, un haut rendement des fonds d'épargne retraite suppose des taux d'intérêt réels élevés qui pèseront sur la croissance, donc sur l'emploi, et une compression de la masse salariale pour obtenir des profits élevés. Les ressources du système par répartition seront ainsi atteintes. Enfin, des mesures seraient immanquablement prises pour faire baisser le montant des pensions, créant ainsi une demande pour la capitalisation et pompant les ressources de la répartition.

Les pensions versées aujourd'hui représentent près de 168 milliards d'Euros (1.100 milliards de FF), somme énorme qui représente plus de 10% du PIB ! Cet argent échappe aujourd'hui aux institutions financières. Le patronat souhaite pouvoir profiter des subsides d'une épargne individualisée, que celle-ci s'appelle fonds de pension ou épargne salariale, peu lui importe en définitive en tant que bénéficiaire de cette manne financière, qui lui servira à rentabiliser ses investissements boursiers et spéculatifs. Si les "responsables politiques" vont dans le même sens, c'est parce qu'ils sont gestionnaires du système capitaliste.

Quelques chiffres...
 
Les éléments économiques objectifs suivants démontrent très clairement la viabilité du système par répartition tel qu'il existe, sans être en rien révolutionnaire: Le rapport Charpin (sénateur et commissaire au compte) indique que la charge des retraites dans le PIB (Produit Intérieur Brut) passerait de 12 % aujourd'hui à 16 %, soit 4 points de PIB lissés sur les 40 prochaines années, en sachant que ces 40 dernières années, cette part avait été augmentée de 7 points. Cette «charge» avait été encaissée par la croissance économique. Avec une croissance modérée de 1,7 % par an (2,1% pour la période de "crise" de 1973 à 1996), le PIB aura doublé en 2040. Dans le même temps, la «charge» des inactifs n'aura été multipliée que par 1,25. Le seul vrai «problème» des retraites est avant tout politique : c'est celui du partage des richesses. Ainsi, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises est passée de 70 % en 1980 à 60 % aujourd'hui.

Depuis 1945, l’augmentation de la productivité a permis au patronat d’accaparer des profits considérables, au détriment des salariés et des retraités. Un nouveau partage des gains de productivité doit servir à payer les retraites des travailleurs ayant générés ces richesses ! Un transfert de 0,5 point de productivité par an suffit à résoudre la question du financement des retraites jusqu'au point critique de 2040. Le retour à 37,5 annuités des salariés du privé coûtera environ 4 Milliards d'Euros par an. A titre de comparaison, le trou financier du Crédit Lyonnais coûtera aux contribuables 16 Milliards d'Euros, les exonérations de charges patronales étaient de 18 Milliards d'Euros en 2002, et le budget militaire de 40 milliards d’euros (en augmentation de 6,1%) en 2003.
 

Un choix politique
 
Pourquoi le capitalisme devrait-il décider du fonctionnement de notre société? Il est concevable que nous nous organisions collectivement pour décider comment partager les richesses produites. Cela s'appelle l'autogestion ! Pour nous, les principes de solidarité et d'égalité (économique notamment) doivent déterminer l'organisation sociale, et pas les marchés financiers. Nous ne nous laisserons pas enfermer dans des débats techniques sur les évolutions démographiques et autres paramètres économiques soi-disant incontournables, alors que le problème fondamental est la nature de la société dans laquelle nous voulons vivre.
 
Quelles revendications pour quelles perspectives de lutte ?
 
Le système actuel de retraite par répartition, en tant que compromis historique réalisé dans le cadre d'un système capitaliste, entre la bourgeoisie et le monde du travail, ne représente évidemment pas la panacée pour des militants anarchistes et syndicalistes. Il est inégalitaire puisque les pensions les plus élevées sont servies aux anciens salariés les mieux payés, qui sont souvent déjà propriétaires de leur logement. L'inégalité existe aussi dans l'espérance de vie: les salariés ayant eu les travaux les moins pénibles physiquement et les plus valorisant intellectuellement vivent en moyenne plus longtemps que les autres, et donc profitent davantage de ce temps libre.

Cependant, étant donné le rapport de force actuel et les tentatives de division du salariat (privé-public), il convient à court terme d'être pragmatique en réclamant pour les travailleurs le maintien, le renforcement et l'amélioration du système actuel, système de solidarité entre générations, entre individus et entre professions. Toute autre revendication ne saurait être qu'un rideau de fumée de plus qui servirait en définitive les intérêts des patrons.
 
Nous exigeons dans un premier temps:

Le financement de ces mesures réformistes devra être pris en charge par le patronat par la taxation des revenus financiers des entreprises, l'augmentation des cotisations patronales et l'extension des assiettes de contribution patronales à l'ensemble de la valeur ajoutée. Comme finalité de notre engagement, nous souhaitons à terme la dissociation entre les revenus décents et l'activité professionnelle et l'abolition du salariat dans le cadre de l'auto-organisation des populations.

Comment l'imposer ?

 
Evidemment, le patronat ne paiera que sous la pression de la rue.

La lutte pour les retraites est indissociable de la lutte contre les licenciements et pour les augmentations de salaire, et de la lutte pour la régularisation de tous les sans-papiers. En effet, les augmentations de salaires et la baisse du chômage impliquent des rentrées supplémentaires de cotisations. De même, la régularisation des sans-papiers, permettrait, non seulement en leur donnant des droits, de les dégager de leur situation néo-esclavagiste vis à vis de leur patron, mais rapporterait également des cotisations supplémentaires au régime par répartition.

Le 25 Janvier 2001, c'est précisément contre le rallongement de la durée de cotisation que les secteurs privé et public sont massivement descendus dans la rue. Le 1er Février 2003 et dans les luttes à venir, il faudra être mobilisé dans la rue et dans les boîtes, au côté des travailleurs en lutte des secteurs privés et publics, pour le maintien et l'amélioration de ce système de retraite. La solidarité de tous sera nécessaire. En effet, le MEDEF parle déjà d'augmenter le nombre d'annuités nécessaires dans le privé à 42,5 annuités dans 10 ans.

Gageons, que «par souci d'équité», les politiciens du moment sauront alors faire passer la durée de cotisation des salariés du public à 40 annuités... L'objectif étant à terme les 45 ans de cotisation. A ce titre, le résultat du référendum sur la réforme du régime des retraites à EDF-GDF (280 000 salariés et retraités) est un signe très encourageant de la lucidité des travailleurs sur les enjeux et les rapports de classe en présence, y compris vis à vis des positions d'accompagnement de leur appareil syndical bureaucratique.

Les décisions du patronat et de l'Etat n'ont rien d'inéluctables. La motivation et la conscience de classe revenant, peut être pourrons-nous alors préparer la contre-offensive sociale généralisée. Les anarchistes ne situent pas leur projet social dans le cadre de l'expansion illimitée de la production de biens et de services, alors que certaines de ces marchandises ont peu d'utilité sociale, polluent et aliènent les individus, que ce soit sous forme d'exploitation ou de consommation «gadgétisée». C'est pourquoi, à terme, et une fois le système capitaliste mis à bas, il faudra que les travailleurs et les consommateurs gèrent ensemble et sans intermédiaire en fonction de leurs besoins, la production et la répartition de ces richesses.

Si la révolution sociale n'est peut-être pas pour demain, c'est aujourd'hui au côté des travailleurs en lutte que nous y travaillons !

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Retraites:
L'augmentation de l'espérance de vie est plutôt une bonne nouvelle !

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Fédération anarchiste
Groupe La Commune
9 rue Malakoff - 35000 Rennes

 
Le système par répartition tel qu'il existe, est un lien de solidarité entre génération et un acquis social datant de 1945. Ce système se base essentiellement dans son fonctionnement sur 3 critères : l'âge de départ en retraite, le montant de la pension, et enfin la durée de cotisation. Les 3 critères sont indissociables dans le système actuel. La question principale qui se pose, eu égard à l'échéance démographique de 2040, en est le financement.
 
Les pensions des retraités sont financées selon le principe de la solidarité ouvrière, par les cotisations des travailleurs. Le chiffre à considérer pour le financement des retraites est donc le ratio actif-inactifs. Les médias, le patronat et même certains syndicats l'affirment: l'augmentation de l'espérance de vie due aux progrès de la médecine, la baisse de la natalité, l'arrivée plus tardive des jeunes sur le «marché du travail» due à des études en moyenne plus longues, et l'arrivée en retraite d'une classe d'âge nombreuse, les fameux baby-boomers de l'après seconde guerre mondiale ne laisseraient d'autre choix que d'augmenter la durée de cotisation ouvrant droit à une retraite pleine et entière.
 
C'est ainsi qu'au sommet européen de Barcelone en Mars 2002, MM. Jospin et Chirac ont signé l'accord entérinant l'augmentation progressive d'environ 5 ans de l'âge de départ en retraite.
 
En parallèle est mise en avant par les gouvernements successifs le financement des retraites par capitalisation. Les travailleurs ne souhaitant pas ou ne pouvant pas (physiquement ou intellectuellement) partir en retraite à 70 ans (pour quelqu'un rentré dans la vie active à 25 ans, avec 45 années de cotisations), iront volontairement s'ils ont encore le choix ou involontairement sinon, chercher pour leur vieux jours un complément d'épargne individualisé auprès d'investisseurs privés (banques, compagnies d'assurance, ou même leur patron). Cette retraite par capitalisation ne présentera évidemment pas la moindre garantie financière à long terme pour les «bénéficiaires». Comment en effet une entreprise capitaliste pourrait-elle garantir la rentabilité de ses investissements dans un système concurrentiel? En nous rappelant le scandale financier d'Enron, qui d'entre nous à envie de jouer sa retraite à la roulette?
 
De plus en plus de travailleurs n'auront d'ailleurs pas le choix, et dans le cadre des négociations d'accords d'entreprise par exemple, il sera souvent imposé aux salariés, par le biais de leurs organisations syndicales négociatrices, de souscrire à un plan de retraite d'entreprise par capitalisation, le montant de ce plan, présenté comme une avancée aux salariés,  allant évidemment en déduction du salaire de base...
 
Le patronat souhaite donc pouvoir profiter des subsides d'une épargne individualisée, que celle-ci s'appelle fonds de pension ou épargne salariale, peu lui importe en définitive en tant que bénéficiaire de cette manne financière, qui lui servira à rentabiliser ses investissements boursiers et spéculatifs. Le plus triste dans cette lamentable histoire de gros sous est bien que des structures syndicales aillent jusqu'à revendiquer la gestion de ces fonds via le Comité Intersyndical de l'Epargne salariale (CIES), et cautionnent la logique capitaliste en les labellisant d'«éthique», terminologie suffisamment floue pour être être interprétée différemment selon les interlocuteurs...
 
Il est pourtant évident qu'aucun des phénomènes démographiques ne justifie l'augmentation de la durée de cotisation, mais bien plutôt que les gouvernements européens, en avalisant cette mesure, se mettent au diapason des multinationales.
 
***
Les éléments économiques objectifs suivants démontrent très clairement la viabilité du système par répartition tel qu'il existe, sans être en rien révolutionnaire: Le rapport sur les retraites du sénateur Charpin indique que la charge des retraites dans le PIB passerait de plus de 12 % aujourd'hui à 16 % à l'horizon 2040. Cela représente 4 points de PIB lissés sur les 40 prochaines années, en sachant que ces 40 dernières années, cette part avait été augmentée de 7 points. Cette "charge" avait été encaissée par la croissance économique. La part des retraites dans le PIB a été multipliée par 2,5 entre 1950 et aujourd'hui sans que cela provoque les cataclysmes que certains se plaisaient déjà à prédire à l'époque. Avec une croissance modérée de 1,7 % par an - la croissance entre 1973 en 1996, période de 'crise', a été de 2,1 % par an -, le PIB aura doublé en 2040. Dans le même temps, la charge» des inactifs n'aura été multipliée que par 1,25. Le seul vrai «problème» des retraites est avant tout politique : c'est celui du partage des richesses. Ainsi, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises est passée de 70 % au début des années 80 à 60 % aujourd'hui.
 
Enfin, depuis la mise en place du système par répartition en 1945, l’augmentation de la productivité a permis au patronat d’accaparer des profits considérables, au détriment des salariés et des retraités. Un nouveau partage des gains de productivité doit servir à payer les retraites des travailleurs ayant générés ces richesses ! Un transfert de 0,5 point de productivité par an suffit à résoudre la question du financement des retraites jusqu'au point critique de 2040.
 
Petit rappel historique sur les dernières attaques contre les retraites
 
Les lois Balladur de 1993. Celles-ci ont mis en place pour le secteur privé les 40 ans de cotisation au lieu de 37,5 annuités exigé pour une retraite pleine et entière, le calcul de la pension sur les 25 meilleures années de carrière au lieu de 10 annuités, l'indexation du montant des retraites sur l'évolution des prix et non plus sur les salaires. Ces lois ont pour effet d'une part de diminuer le taux de remplacement, qui est le montant de la pension en pourcentage du salaire d'activité, et d'autre part de décrocher le pouvoir d'achat des retraités par rapport à celui des actifs.
 
Les accords AGIRC-ARRCO (régimes de retraite complémentaires qui assurent une part comprise entre 40 et 60% du montant total de la retraite pour les salariés du privé) de 1996. Ces accords, en jouant sur la valeur du «point retraite» ont diminué de 20 à 22 % les droits à la retraite pour les salariés du privé.
 
L'accord du 10 février 2001 signé par le MEDEF, CGPME, l'UPA pour le patronat et CFDT et CFTC pour les syndicats, exclut toute augmentation des taux de cotisation (patronales et salariales) jusqu'en 2010 et privilégie l'allongement de la durée de cotisation pour permettre le maintien des retraites à leur niveau actuel. Si cet accord était mis en oeuvre, il aurait comme conséquence l'allongement de la durée de cotisation exigible pour l'ouverture du droit à la retraite à taux plein, en la portant pour la public comme pour le privé à 45 années de cotisation à terme. Cela serait donc la mise en place de la retraite à la carte, si chère au MEDEF et à la CFDT.   
 
  
Le système actuel de retraite par répartition, en tant que compromis historique réalisé dans le cadre d'un système capitaliste entre la bourgeoisie et le monde du travail, ne représente évidemment pas la perfection pour des militants anarchistes et syndicalistes. Il est inégalitaire dans la mesure où les pensions les plus élevées sont servies aux anciens salariés les mieux payés, qui sont souvent déjà propriétaires de leur logment. L'inégalité existe aussi dans l'espérance de vie : les salariés ayant eu les travaux les moins pénibles physiquement et les plus valorisant intellectuellement vivent en moyenne plus longtemps que les autres, et donc profitent davantage de ce temps libre.
 
Néanmoins, étant donné le rapport de force actuel et les tentatives de division du salariat (privé-public), il convient d'être pragmatique vis à vis des travailleurs en réclamant le maintien, le renforcement et l'amélioration du système actuel, système de solidarité entre générations, entre individus et entre professions. Toute autre revendication ne saurait être qu'un rideau de fumée de plus qui servirait en définitive les intérêts des patrons. Le 25 Janvier 2001, c'est précisément contre le rallongement de la durée de cotisation que le secteur privé comme le public est massivement descendu dans la rue. En Janvier 2003, il faudra donc être dans la rue et dans les boîtes, au côté des travailleurs en lutte, public comme privé, pour le maintien de ce système de retraite et exiger la retraite à taux plein à 37,5 annuités de cotisations pour tous, privé comme public, le départ en retraite à partir de 55 ans, le maintien d'un système par répartition intégrale.
 
Il faudra être particulièrement attentif au montant de la retraite, dont il est assez peu question dans les médias, mais qui est déjà gravement remis en cause. Le montant de la pension net est de l'ordre de 75 % du traitement net dans le public. Ce taux est plus difficile à évaluer dans le privé, mais il serait globalement plus élevé en moyenne pour les bas salaires et plus bas pour les salaires supérieurs à 2300 Euros. Ce taux est cependant gravement remis en cause par les réformes de 1993 et 1996.

***

 
C'est pourquoi il faudra exiger une augmentation des minimas sociaux: minimum vieillesse et minimum contributif en particulier. Celui-ci concerne 40% des retraités (2,5 millions.) dont 70% de femmes . Il est inférieur au seuil de pauvreté, et est dans 90 % des cas payé seulement partiellement). Il faudra également exiger l'abrogation des lois et accords anti-sociaux ci-dessus.
 
Le financement de ces mesures (selon les projections entre 4 et 8 points supplémentaires de la part du PIB) devra être pris en charge par le patronat sous la pression de la rue : taxation des revenus financiers des entreprises, augmentation des cotisations patronales, extension des assiettes de contribution patronale à l'ensemble de la valeur ajoutée. N'oublions pas que des augmentations de salaires et une baisse du taux de chômage implique une rentrée supplémentaire de cotisations. De même, la régularisation des sans-papiers, permettrait, non seulement en leur donnant des droits, de les dégager de leur situation néo-esclavagiste vis à vis de leur patron, mais rapportait également des cotisations supplémentaires au régime par répartition.
 
La lutte à venir sur les retraites n'a donc rien d'un réflexe archéo-corporatiste. Les décisions du patronat et de l'Etat n'ont rien d'inéluctables. C'est en étant pragmatique dans les revendications et en expliquant aux salariés les enjeux et la faisabilité du rapport de force que la lutte à venir pourra porter ses fruits et qui sait, la motivation et la conscience de classe revenant, peut être pourrons nous alors préparer la contre-offensive sociale généralisée.
 
Ce texte a été réalisée à partir des sources suivantes :
Brochure CGT "Que faut-il pour garantir les retraites?" du Centre Confédéral d'Etudes Economiques et Sociales
"Retraite : en finir avec le fatalisme" par Pierre KHALFA, secrétaire fédéral de SUD-PTT, membre du groupe retraites de la fondation Copernic.
Texte confédéral de préparation du 47ème congrès sur les Retraites "Quand le MEDEF tente d'opposer salariés du public et salariés du privé", J-C LE DUIGOU, secrétaire de la CGT.
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Cinq raisons de se battre pour la défense des retraites
(même quand on est jeune !)
Alternative Libertaire
 
L'UMP comme le PS, le MEDEF et la CFDT, tous les gestionnaires du libéralisme veulent casser le système des retraites actuel en introduisant un système dit de «capitalisation», lié à la Bourse.

Pourquoi faut-il combattre la retraite par capitalisation ?

Elle dresse les travailleur(se)s les un(e)s contre les autres. Aux USA et en Grande-Bretagne, le capital financier est parvenu à faire en sorte que d'ancien(ne)s salarié(e)s dépendent, pour le niveau de leur retraite, de la férocité avec laquelle sont exploité(e)s leurs camarades en activité.

Elle n'offre aucune sécurité par rapport au système par répartition. Les retraité(e)s qui miseraient sur des fonds de pension risqueraient de toucher moins, voire rien. En effet les sommes amassées seraient placées sur les marchés financiers, à la merci d'un krach ou d'une crise comme le capitalisme en génère régulièrement.

Elle ne peut pas compléter le système par répartition, mais le cannibaliser. Par son existence même, parce qu'il repose sur une logique de baisse des charges sociales, le système par capitalisation grignoterait et détruirait progressivement le système par répartition.

Elle casse le principe de solidarité intergénérationnelle. Chacun(e) épargnerait pour sa propre retraite. Les riches s'en sortiraient peut-être, et les pauvres pas du tout.

Elle est un facteur supplémentaire d'instabilité économique. Les énormes volumes monétaires des fonds de pension sont placés dans les régions du monde où le rendement est le meilleur. Ils permettent la captation par le Nord d'une partie des richesses créées dans le Tiers-Monde, et peuvent en être retirés dès que la situation se dégrade, accélérant la crise. On en a vu le résultat avec la crise mexicaine ou celle de l'Asie du Sud-Est en 1998.

Avec la retraite par capitalisation, les gens croiront épargner égoïstement pour eux. En fait ils prendront tous les risques, et épargneront pour les banquiers et le patronat.

Les fonds de pension, c'est quoi ?

Ce sont des fonds complémentaires de retraite, pour lesquels chaque salarié pourrait cotiser sa vie durant. Les sommes récoltés sont jouées en bourse par l'entreprise dans laquelle vous travaillez ou par une société privée (type compagnie d'assurance ou banque). Et lorsque vous arrivez à l'âge de la retraite, les fonds doivent vous verser une pension...

L'objectif officiel de l'Etat et du patronat, c'est d'obliger les salariés à compléter, par capitalisation, une retraite dont le montant sera de plus en plus réduit à l'avenir. Le montant de la retraite ne dépendra alors plus des dernières fiches de paie. Il ne sera pas non plus indexé sur les salaires ou sur les prix. Il dépendra du succès avec lequel on aura fait «fructifier» cette épargne. En effet leur gestion serait confiée à des organismes privés, chargés de les placer en bourse pour en obtenir le meilleur rendement... ce qui reviendra à jouer sa retraite en bourse.

A qui est-ce que ça profite réellement ?

Les salariés n'ont à peu près rien à y gagner qu'une précarisation accrue de leur retraite. Denis Kessler, n°2 du Medef, n°1 du lobby des compagnies d'assurance et véritable idéologue du patronat, ne cesse depuis des années de réclamer la création de fonds de pension en France. Les assureurs se frottent les mains car ils se verraient à coup sûr confier le placement de cet argent en bourse, et toucheraient des dividendes sur les profits qu'ils dégageraient. Les patrons se frottent les mains, car pour confier l'argent de leurs salariés à ces assureurs, ils pourraient exiger en retour que ces fonds soient placés dans leur entreprise.

Que se passe-t-il lorsqu'ils sont mis en place ?

Tout d'abord, ils précarisent les retraités, qui sont à la merci d'une crise financière comme le capitalisme en crée épisodiquement. Ensuite, ils renforcent la domination des capitalistes sur les travailleurs. Aux USA, où il n'y a quasiment pas de régime de retraite, les fonds de pension privatisés représentent 20 000 milliards de dollars ; en Grande-Bretagne, 7 000 milliards de dollars. Ces masses financières énormes servent à la spéculation en bourse, en vue de bénéfices rapides. On connaît la suite : au nom de la productivité, leur intérêt est de pousser à pressurer les salariés, pour engranger plus vite davantage de profit — on se souvient des licenciements «boursiers» chez Michelin en 1999. On en arrive à des situations où c'est avec l'argent des grands-parents que l'on exploite plus férocement les enfants.

Quel va être le prétexte idéologique ? Un échantillon de quelques fumisteries

La capitalisation peut compléter la répartition sans s'y substituer... FAUX

Les patrons qui créeront des fonds de pensions feront tout pour ne pas payer en parallèle les cotisations sociales qui alimentent la répartition. Très vite la partie «complémentaire» grignoterait donc le reste de la retraite, parce que l'objectif des fonds de pension est de détourner la manne financière des retraites pour alimenter le système boursier.

On peut associer les syndicats à la gestion de ces fonds... VRAI

Et alors ? Le marché est le marché, l'argent n'a pas d'odeur. Aux USA où dans certaines entreprises les syndicats cogèrent les fonds de pension, ils n'ont fait que s'en rendre complices, sans rien y changer !

On peut faire des placements «éthiques» et «responsables»... FAUX

Il n'existe aucun moyen de contrôle sur l'ensemble des secteurs de la production ou des fournisseurs d'une multinationale. Il est impossible d'affirmer catégoriquement que telle ou telle n'exploite pas des enfants ou ne saccage pas la nature. Il est impossible de dire qu'une entreprise, la plus solide soit-elle, ne chutera jamais en bourse (voir Vivendi, France Télécom...).

Grâce à l'actionnariat, les salariés contrôleront plus leur entreprise... FAUX

Messier lui-même souhaitait porter la part de l'actionnariat salarié au sein de Vivendi de 4 % à 10 %. Etait-ce pour donner plus de pouvoir aux salariés ? Non, c'était simplement pour recapitaliser la multinationale avec leur argent. Les entreprises fonctionnent comme de petites monarchies. Les salarié(e)s ne s'y font entendre qu'en s'organisant, pas en en détenant 5 % !

Gaspillage, insécurité, détournement... la triste histoire des fonds de pension

Les premiers systèmes de retraite mis en place au début du 19e siècle étaient des systèmes par capitalisation. Avec la crise monétaire du début des années vingt, de nombreux épargnants furent ruinés. Idem avec la «grande dépression» des années 1930. A partir de la fin des années 1930 et surtout après 1945, à un moment où le mouvement ouvrier était en position de force, le système par répartition s'est imposé. Ce n'est qu'à partir des années 1970 que la capitalisation fait son retour, avec les fonds de pension.

Plusieurs grandes affaires illustrent bien la redoutable «efficacité» du système par capitalisation.

1991 : Maxwell part avec la caisse. Robert Maxwell, magnat de la presse britannique avait cru pouvoir renflouer son empire défaillant en pillant les fonds de pension de ses employés (près de 750 millions d'euros), avec la complicité de ses banquiers et de son cabinet d'audit. Ce fût malgré cela la faillite, puis la ruine de ses salariés et des petits actionnaires. Au total, 32 000 salariés ont été spoliés.

2001 : Enron s'effondre sur ses salariés. Pendant quinze ans le groupe Enron s'est développé grâce à la déréglementation du marché de l'énergie, à la corruption de sa bureaucratie et de la classe politique et surtout grâce à des comptes largement bidonnés avec la complicité d'Arthur Andersen, le cabinet d'audit le plus prestigieux du monde. Un beau jour, cette compagnie, qui était devenu la septième des Etats-Unis, s'écroule. En un an, sa valeur boursière a été divisée par 350. Or 60 % des fonds de pension destinés à financer la retraite des employés d'Enron étaient investis en actions Enron... Pour les 40.000 salariés, c'est donc, en plus de la perte de leur emploi, l'annihilation de leur «épargne salariale» (plus d'un milliard de dollars) et de leur couverture retraite. A cette catastrophe, il faut ajouter la volatilisation des fonds de pension pour des milliers d'autres salariés qui avaient cru au cours mirobolant de l'action Enron en bourse. La trentaine de dirigeants de l'entreprise, eux, sachant le crash proche, ont au dernier moment vendu toutes leurs actions, empochant avant de tirer leur révérence un peu plus de 1,1 milliard de dollars...

Juin 2002 : les salariés-actionnaires de Vivendi perdent tout. En juin 2001, Vivendi lançait un vaste programme d'épargne salariale. Il s'agissait de consolider le capital du groupe en poussant les salariés à y investir leur argent, et d'essayer de développer une culture d'entreprise en leur faisant croire que Vivendi leur appartenait un peu (les salariés représentant 4 % de l'actionnariat). Un an plus tard, patatras. «Les gens vont perdre à la fois leur emploi et leurs économies», comme le confiait au Monde (en date du 4 juillet) un cadre de Vivendi proche de Messier.

Juillet 2002 : les retraités suisses escroqués par l'État et le patronat sous la pression des compagnies devenues insolvables avec la crise boursière, le gouvernement suisse les a autorisées à verser aux retraités moins que ce qu'elles leur devaient, sabrant dans les pensions pour permettre au patronat de mieux respirer. Bien évidemment, quand les marchés financiers étaient florissants, et que les fonds étaient rentables, les compagnies ont gagné beaucoup d'argent, qu'elles n'ont bien sûr pas redistribué aux retraités, mais aux actionnaires...

Juillet 2002 : la faillite titanesque de Worldcom. La faillite du géant américain des télécommunications Worldcom, encore plus gigantesque qu'Enron, encore plus bureaucratique et corrompu, ont entraîné une chute de 99 % de la valeur de l'action. Worldcom avait 60 000 salariés. Combien, dans l'affaire, ont perdu leurs économies ? Au-delà, ce sont des centaines de milliers de travailleurs américains qui se retrouvent précarisés par l'affaissement de la Bourse.

37,5, 40, 42,5 ou 45 annuités : quel sens ont ces chiffres ?

Le nombre d'années de cotisation n'a rien d'un stérile débat de chiffres : il dit prosaïquement la possibilité ou l'impossibilité pour un travailleur d'avoir son droit à la retraite. Depuis Balladur en 1993, les travailleurs du privé doivent atteindre 40 annuités de cotisation pour prétendre toucher 100% de leur retraite.

Imaginons donc une jeune employée moyenne qui, après avoir décroché un BTS, rentre sur le marché du travail à 20 ans (l'âge moyen, en France, de l'entrée dans la vie active est de 22 ans). Si elle veut avoir droit à sa retraite complète, il faudra qu'elle travaille de 20 à 60 ans sans interruption, sans période de chômage… ce qui est quasi impossible.

Selon un rapport de 1998 au Sénat, la durée moyenne de vie active s'est réduite de 40,9 ans en 1981 à 37,4 ans en 1996. Donc demander, comme le prévoient le PS et la droite, 42,5 annuités ou, comme le Medef, 45 annuités, cela revient à dire que plus personne n'aura droit à 100 % de sa retraite à 60 ans.
Pour l'instant les régimes de retraite complémentaires (Arrco et Agirc) assurent la différence, mais exploseraient sous l'effet d'un allongement de la durée de cotisation.

Alors pour atteindre cet objectif toujours plus lointain, il y aurait le fameux «troisième étage»... la capitalisation. Place aux riches !

Pour les pauvres, le Medef et la CFDT ont songé à une alternative. Pour atteindre le nombre d'annuités nécessaire, on pourrait instaurer la «retraite à la carte», et «faire sauter le verrou de la retraite à 60 ans». Autrement dit, certains salariés auraient la «liberté» de travailler jusqu'à 70 ans s'ils veulent toucher une retraite complète. C'est ce qui se passe en Grande-Bretagne, où les fonds de pension, par ailleurs incapables d'assurer une retraite décente aux retraités, ont considérablement affaibli la retraite publique. Le gouvernement travailliste, au lieu d'augmenter les cotisations patronales, parle donc de reculer l'âge de départ en retraite à 67, voire 70 ans.

Travailler plus, gagner moins, enrichir les compagnies d'assurance : non, décidément, 37,5 ou 42,5, ça n'a rien d'un débat de chiffres !

La pyramide des âges contre la capitalisation

Brisons un mythe : la baisse du nombre d'actifs par rapport aux inactifs (retraités notamment) menace tout autant le système par capitalisation que le système par répartition.

Dans l'imagerie, le schéma est simple, comme dans ce spot de pub pour une banque, diffusé en 2001 : «Non papa, je ne paierai pas ta retraite, car ma génération est numériquement trop faible pour entretenir la tienne. Donc cotise à un fonds de pension qui est une sorte de grosse tirelire, et prépare tes vieux jours toi-même.»

Bien sûr, dans la réalité, la «capitalisation» des salariés ne se fait pas sous la forme d'un trésor enterré au fond du jardin, et leur assurant une forme de sécurité. Ce serait ignorer la volonté des capitalistes à mettre la main sur le magot.

Les cotisations que vous confierez à un fonds de pension ou à votre entreprise seront dépensés, soit en investissements productifs, soit en achats d'actions en bourse. Votre entreprise aura, en quelque sorte, des dettes envers vous. Or, selon une étude publiée en mai par la banque Morgan Stanley (Le Monde Economiedu 19 juin 2002), de nombreuses multinationales plieraient rapidement sous le poids des dettes contractées envers leurs retraités. Et de citer l'exemple de Bethleem Steel, une entreprise qui avait cinq salariés cotisants pour un retraité dans les années 1980, et se retrouve avec le ratio inverse vingt ans plus tard : un terrible choc budgétaire pour l'entreprise, au moment de régler les pensions. Ajoutez à cela l'instabilité profonde du marché capitaliste et de la bourse, et l'opacité généralisée des comptes des grandes entreprises, et vous comprendrez que la capitalisation représente un réel danger pour les naïfs qui y auraient souscrit.

A moins qu'une fois de plus le capitalisme aille chercher le pompier habituel: l'État. Incapables de prendre leurs responsabilités, coupables d'un gaspillage et d'un drame social de grande ampleur, les grandes entreprises exigeraient de l'État qu'il règle leurs dettes «au nom de l'intérêt général». Un scénario cynique, mais à la limite plus rassurant que ce qui s'est passé en Suisse en juillet 2002.

Une alternative : la redistribution des richesses

La société produit toujours plus de richesses, mais qui sont de plus en plus mal réparties.

Depuis 30 ans, le produit intérieur brut (PIB, indice de la richesse produite sur le territoire français) a doublé, pour atteindre en 2001 1 468 milliards d'euros selon l'Insee. Pourtant, la part des salaires et des prestations sociales (assurances vieillesse, chômage, maladie…) dans le PIB a continuellement baissé sur la même période. En effet, en 1980, 70 % de la richesse produite revenait aux travailleurs sous forme de salaires et de prestations sociales. Aujourd'hui, ce ne sont plus que 60 %. Le reste va au capital (patrons, actionnaires...).

Les 10 % manquants représentent 146 milliards d'euros : une somme fabuleuse qui, à elle seule, pourrait assurer un revenu décent à tou(te)s les retraité(e)s, les chômeur(se)s, les jeunes en formation...

Il n'y a pas de «problème des retraites», il y a un problème d'appropriation par les capitalistes des richesses produites.

Il est donc hors de question de faire encore payer les travailleurs.

Contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, la richesse produite est largement suffisante pour subvenir aux besoins de tous et de toutes.

La redistribution des richesses, ça s'impose ! Sous forme de salaires, d'embauches, de prestations sociales. Il n'y a rien à lâcher, il y a tout à reprendre !

Nous n'avons rien à attendre de la gauche institutionnelle (PS, PCF, Verts...). Comme en mai 68, comme en décembre 95, il faudra une grande mobilisation collective.

Il faut empêcher l'introduction des fonds de pension tout en dépassant le système actuel, trop inégalitaire.

Le système de retraites repose sur deux idées fondamentales :

la solidarité intergénérationnelle: ce sont les actifs d'aujourd'hui qui se cotisent pour faire vivre les inactifs (retraités, chômeurs...) ;
l'assurance-vieillesse: pour prétendre à une pension, il faut remplir certaines conditions, dont celle d'avoir cotisé plusieurs dizaines de trimestres.

Si le point 1) est parfaitement légitime, et rationnel du point de vue de la création de richesses, le point 2) est beaucoup plus discutable : quand par exemple de nombreux jeunes ne peuvent trouver du travail, la société leur interdit à terme de disposer d'une retraite décente. Ainsi, à l'arrivée certains ont des retraites très confortables, alors que d'autres sont condamnés à vivre leurs vieux jours en-dessous du seuil de pauvreté. Un revenu décent devrait être un droit inconditionnel.

Les capitalistes cherchent à annihiler le point 1) et à se servir du point 2) pour détourner à leur profit l'assurance-vieillesse.

Il est logique que l'ensemble des travailleur(se)s se battent dans une logique radicalement inverse, au-delà du seul combat pour un retour aux 37,5 annuités de cotisation pour tou(te)s :

Pour en savoir plus :
Les Retraites au péril du libéralisme, coordonné par Pierre Khalfa et Pierre-Yves Chanu (éd. Syllepse).
Fonds de pension piège à cons?, Frédéric Lordon (éd. Liber/Raisons d'agir)
Medef, un projet de société, Thierry Renard et Voltairine de Cleyre (éd. Syllepse)
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RETRAITES, LICENCIEMENTS, SALAIRES, SERVICES PUBLICS...
Il est grand temps de passer à l'action !!
Alternative Libertaire
 

La guerre en Irak est dans toute les têtes

Elle se traduit par le développement d'un mouvement à travers toute la planète afin de stopper cette guerre et d'éviter que Bush, Blair et d'autres assassins continuent de mettre à feu et à sang la planète. Il est important de continuer à développer un tel mouvement contre la guerre et pour les droits des peuples, tant il est vrai que ce ne sont pas les puissances impéralistes mais les peuples qui peuvent triompher des dictateurs et promouvoir la démocratie.

En France, Chirac s'est opposé à une intervention militaire en Irak, non pas tant pour des raisons humaines — il n'a pas eu un seul mot depuis le début de cette guerre pour le peuple irakien — que pour des raisons politiques : l'État français n'a pas de raison de faire la guerre en Irak puisqu'il est un des premiers fournisseurs et clients de la dictature de Saddam. C'est bien ce gâteau que les dirigeants britanniques et étatsuniens veulent aujourd'hui s'octroyer par la guerre.

De cette posture «antiguerre» Chirac et Raffarin entendent tirer profit pour imposer leur politique sécuritaire et de régression sociale généralisée.

La guerre sociale sans limite de Raffarin-Chirac-Seillière

Eh oui une guerre peut en cacher une autre !

Nous voulons parler de cette guerre sociale que le gouvernement Raffarin et le MEDEF mènent contre la jeunesse, les travailleurs(ses), les retraité(e)s et les chômeurs(ses). Cette guerre sociale les chômeurs(ses) en ont fait les frais cet hiver puisque MEDEF, CFDT, CGC et CFDT se sont entendu pour abaisser la durée d'indemnisation des chômeurs(ses). En mars c'était autour de la fonction publique, puisque la loi de décentralisation votée le 17 mars dernier va entraîner une régionalisation des services publics, ce qui va accroître les inégalités entre régions et permettra à terme de les privatiser plus facilement.

Enfin l'État devient le premier licencieur en se débarrassant dès fin juin de milliers de surveillant(e)s et de dizaines de milliers d'emplois jeunes.

N'ayant pas rencontré à ce jour de riposte syndicale digne de ce nom, gouvernement et MEDEF poursuivent leur travail de sape de nos droits en s'attaquant à nos retraites. Raffarin l'a déjà dit, la guerre en Irak ne le freinera pas. Son objectif est de faire voter une loi en juin. Puis en octobre le gouvernement compte démanteler l'assurance maladie ! En matière de retraites, il a été très clair : il n'y aura pas de négociation juste une concertation, c'est-à-dire des discussions où les syndicats ne peuvent glaner que des bricoles.

S'il parvient à ses fins, l'addition sera lourde

Nous nous prononçons pour un autre choix de société : Il est grand temps d'agir car en juin il sera trop tard !

En Italie, en Espagne, en Grèce et au Portugal, c'est par la grève générale que les syndicats parviennent à s'opposer aux privatisations, à la casse des retraites et du droit du travail.

En France, les journées de grève de 24h00 s'additionnent sans que cela ne fasse bouger le gouvernement.

Il faut donc faire du 3 avril une grande journée de grève dans le privé et le public pour la défense des retraites, et aussi pour l'emploi, les services publics et les salaires.

Mais il ne faut pas s'arrêter là et tenir partout dans la foulée des assemblées générales pour donner une suite très rapide à cette journée et donc débattre d'une grève générale.

La grève générale ne se décrète pas d'en-haut, elle se décide dans les entreprises.

Elle s'organise, ce qui signifie qu'il est nécessaire de créer dans toutes les villes des collectifs intersyndicaux unitaires décidant de plates-formes revendicatives et d'action.

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Retraites: une seule solution, redistribuer les richesses
Alternative Libertaire
 
Un redoutable «problème démographique» nous menace: le vieillissement des Français saperait les bases du système de retraite par répartition! C'est un grand bluff dont le seul but pour certains est de jouer nos retraites en bourse. Pourquoi?

La propagande en faveur de la «capitalisation» relève de la plus parfaite mauvaise foi. On nous présente la capitalisation comme un «miraculeux» moyen de dégager des recettes supplémentaires pour financer les retraites... Seulement voila, il y a un hic : la Bourse ne crée pas de richesses, elle se contente de les brasser... les «petits actionnaires» étant toujours les dindons de la farce (avec la crise boursière actuelle, les fonds de pension ont perdu 20% depuis 1999).

L'arnaque est évidente : si la capitalisation n'apporte aucune richesse supplémentaire, elle ne répond en rien au pseudo problème démographique! Elle n’a pour effet que de substituer au principe de base de la répartition (la solidarité entre les générations) celui de l'épargne individuelle et du «chacun pour soi».

Capitalisation: piège à cons

Avec la «répartition», c'est environ 170 milliards d'euros qui passent sous les yeux des capitalistes, chaque année, sans que ceux-ci puissent en voler un seul centime, puisque toutes les cotisations sociales servent à payer les retraites d'aujourd’hui... C'est cela qui est intolérable pour eux! Avec la capitalisation, les patrons entendent bien s'affranchir des cotisations sociales, laisser les salariés épargner pour leurs futures (incertaines et maigres) retraites et en plus empocher les intérêts...!

Une bataille décisive

La seule question est de savoir si les salarié-e-s, les chômeurs, les précaires, les retraités, sont prêts à se mobiliser pour exiger et imposer une nouvelle redistribution des richesses. Depuis 1980, la part accaparée par les capitalistes dans l'ensemble des richesses produites a augmenté de 10%!  C'est donc 137 milliards d'euros (900 milliards de F) par an qui partent, en plus, dans la poche des actionnaires ! Avec cet argent, on pourrait sans problème augmenter le montant des retraites, et financer de grands progrès sociaux !

La mobilisation pour la défense de nos retraites doit être massive. Elle nous concerne tou(te)s, jeunes ou vieux, car bien plus qu'un problème technique, elle met en jeu la répartition des richesses, elle engage une certaine vision, solidaire ou non, de la société.

Malheureusement, les patrons et les gouvernants peuvent compter sur l'appui au sein des organisations syndicales d'un certain nombre d'individus peu scrupuleux, prêts à vendre les salariés pour conserver leur place . Parce que nous ne voulons pas que les «directions» syndicales aillent négocier sans mandat ce qui leur semble «bon pour nous», il nous faut définir tous ensemble nos objectifs de luttes et nous auto-organiser: aux syndicats de base, aux assemblées générales, de définir leurs revendications.

A nous d’organiser une vaste campagne de «contre-désinformation» !! À nous toutes et tous de dire si les futures «propositions» du gouvernement sont acceptables ou non !

A EDF, les salarié-e-s ont rejeté la "réforme"... A quand un référendum où tous les salarié-e-s pourraient se prononcer, après, bien sûr, un réel débat public?

Au-delà d'un retour aux 37,5 annuités de cotisation pour tou(te)s, il nous faut revendiquer :

RETRAITES:
UN ARGUMENT EN FAVEUR DU RETOUR AUX 37,5 ANNUITÉS POUR TOUS

La Lettre des militant-e-s syndicalistes libertaires
Mars 2003- Numéro 32
 

Le principe du droit à la retraite à 60 ans, à taux plein et dès 37,5 années de cotisations, c'est possible ! Le retour à 37,5 annuités pour tous les salariés, du public et du privé a été chiffré par le COR (Conseil d'orientation sur les Retraites).

Ce regroupement d'experts économiques, de représentants patronaux et syndicaux, avait été créé en 2000 par Jospin. Les camarades de Force Ouvrière avaient alors obtenu de chiffrer le retour à 37,5 annuités : le financement de cette mesure représente 0,3% du PIB (Produit Intérieur Brut), l'ensemble des richesses produites en France, soit 4,5 milliards d'euros sur un PIB d'environ 1500 milliards d'euros.

Personne, pas même le MEDEF, le gouvernement, la CFDT, ne peut contester que le vrai progrès social, ce serait que tous les salariés puissent partir en retraite après 37,5 années de cotisations (...)

Si l'on ne peut pas consacrer 0,3% du PIB au bien-être des salariés, comment les mêmes comptent-ils nous expliquer :

— Que l'on trouve sans problème 18,2 milliards d'euros à accorder au patronat en exonérations de cotisations ?
— Qu'en 20 ans, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises à baissé de 10%, soit 53 milliards d'euros passés de la poche des salariés à la poche des actionnaires ?
— que l'on trouve sans difficulté dans la poche des contribuables, 16,3 milliards pour renflouer le Crédit Lyonnais ?
— Que les mêmes doivent payer 70 milliards d'euros pour aider France télécom ?
— Que le budget de la défense est de 40 milliards d'euros (en augmentation de 2,3 milliards) ?
— Qu'en 1960, le financement des retraites coûtait 4,4 % du PIB. Aujourd'hui, 40 ans plus tard, il coûte 12,6 %, sans que le pays soit en faillite.

Selon le COR, pour revenir à 37,5 années pour tous, en 2040, il faudrait consacrer 19,8 % du PIB. Rappelons qu'à cette date, le PIB aura quasiment doublé. Alors, impossible ?

(Extrait de Contrepied, journal du syndicat CGT-FO des territoriaux de Brest)
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Qu’est-ce qui menace vraiment les retraites ?

La Lettre des militant-e-s syndicalistes libertaires
Avril 2003- Numéro 33

A Lyon, voici quelques semaines, s'est créé un «comité de défense intersyndical des retraites», à l'initiative de militantes et militants syndicalistes d'horizons divers. Il s'ajoute à la liste des comités de Paris, Périgueux, Besançon, Grenoble... Un tract a été diffusé massivement à la manifestation du 3 avril 2003. Une réunion à la suite de cette manifestation a permis d'élargir le petit cercle initial. L'appel émanant de ce comité est actuellement signé par trente militant-e-s syndicalistes, dans l'attente de signatures de plusieurs structures syndicales. La prochaine action est un forum intersyndical, qui se déroulera à la Bourse du Travail de Lyon (1 place Guichard dans le 3ème Ar.), salle des conférences, le mardi 6 mai de 18 h à 21 h 30. Nous avons jugé intéressant de reproduire dans nos colonnes la plateforme de ce comité.
La Rédaction
Qu’est-ce qui menace vraiment les retraites ? Contrairement à ce que martèle la propagande actuelle :

Ce n’est pas le vieillissement de la population. L’augmentation du nombre de retraités n’est pas un handicap dans une société où la productivité des actifs augmente constamment : chacun produit davantage et peut subvenir aux besoins d’un nombre croissant d’inactifs.

Ce n’est pas le départ à la retraite à 60 ans. Quels sont les effets d’un allongement de la durée de cotisation, dans une société où un actif sur dix est au chômage, où les deux tiers des salariés qui arrivent à l’âge de la retraite n’ont déjà plus d’emploi (pré-retraite, invalidité, chômage) ? Des retraités plus pauvres d’abord… Un peu moins de retraités, ensuite, mais autant de chômeurs en plus, et pas un cotisant de plus. Car ce ne sont pas les actifs qui
manquent, ce sont les emplois.

Ce qui menace les retraites c’est

— la persistance d’un taux de chômage élevé. Cent mille emplois, c’est 1, 5 milliards d’euros de recettes de cotisations sociales.

— La baisse relative de la masse salariale. Au cours des vingts dernières années, la part de la masse salariale dans le revenu national est passée de 70 % à 60 %. C’est autant de perdu pour financer les retraites des salariés.

— La baisse organisée du niveau des retraites, notamment par la «réforme» Balladur de 1993 pour le secteur privé : indexation sur les prix et non plus sur les salaires, calcul des pensions sur les 25 meilleurs années (au lieu de 10, allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans. L’ensemble de ces mesures devrait entraîner une dévalorisation des retraites du secteur privé. Exemple : pour un salaire de 6000 francs, une pension de 3850 francs au lieu de 4 700 actuellement

— La volonté d’imposer une retraite par capitalisation, sous forme de fonds de pension ou autre, se substituant, même partiellement aux retraites par répartition. A la recherche de nouveaux profits, le patronat, et notamment les représentants de la finance, voudraient mettre la main sur les sommes colossales qui transitent par la protection sociale sans rien leur rapporter.

— Le projet de «retraite à la carte» ou la soi-disant «liberté de choix» pour prendre sa retraite avant ou après l’âge légal... En fait, les plus riches pourraient partir plus tôt grâce à leur haut revenu ou à leur épargne -retraite complémentaire. Les salariés aux revenus modestes (et aux conditions de travail les plus pénibles) seraient contraints de rester en activité, sauf à accepter une retraite très faible.

La retraite par capitalisation, c’est

— Le triomphe du chacun pour soi : le salarié prélève une partie de son salaire pour acheter des actifs financiers en vue de constituer un capital pour assurer ses vieux jours.

— Une retraite à 2 vitesses : une retraite de base pour tous, d’un niveau faible, gérée par répartition, complétée par une épargne individuelle réservée à ceux qui en auront les moyens.

— Une retraite-casino : c’est quitte ou double ! Si les cours de la bourse chutent, l’épargnant perdra sa «mise» (cf Enron, France Telecom, Vivendi). Si les cours sont élevés, ils auront une bonne retraite... sur le dos des salariés actifs : quand les profits augmentent, les salaires diminuent.

— De nouvelles tensions sociales : devenus rentiers, les retraités auraient intérêt à la hausse des rendements financiers, donc à l’exploitation des salariés, à la compression des salaires et des effectifs. Et que dire du salarié-actionnaire, lui-même tiraillé entre ses intérêts antagoniques ?

— L’aggravation de la crise économique : l’épargne salariale viendrait alimenter la spéculation financière et, par conséquent, la récession et le chômage.

— La dictature des marchés : la répartition des richesses entre actifs et retraités serait «gérée» par les mécanismes aveugles des marchés financiers, avec leurs conséquences parfois brutales : ruine des épargnants ou licenciements boursiers. Outre le danger qu’elle représenterait pour les retraites et pour l’économie en général, outre le modèle de société qu’elle induirait, la retraite par capitalisation n’apporterait donc aucune solution à un éventuel problème démographique.

La retraite par répartition c’est

— Le principe de solidarité : le salarié verse une partie de son salaire dans un «pot commun» qui alimente les pensions des retraités. Sa retraite sera payée de la même façon par les actifs de demain.

— Un système généralisé en référence au salaire : des cotisations payées par tous les salariés, ouvrant à tous des droits à la retraite (même s’ils reproduisent les inégalités de salaire).

— Une retraite assise sur la production des générations futures : par ses cotisations, le salarié acquiert le droit à une part des richesses qui seront produites par la génération suivante, sous la forme d’une part de la masse salariale future. Cette part dépendra du niveau des salaires et des taux de cotisation qui seront alors définis par la collectivité.

— La cohésion du salariat : par le biais des cotisations assises sur les salaires, toute augmentation de ceux-ci accroit les sommes affectées aux retraites. Cela maintient une convergence d’intérêt entre salariés actifs et salariés retraités.

— Une relance de la croissance et de l’emploi : les cotisations sont immédiatement reversées aux retraités sous la forme de pensions, constituant un pouvoir d’achat qui alimente la croissance et l’emploi.

— La primauté du politique : la part des richesses affectées aux retraites résulte d’une décision «politique  — que celle-ci relève des pouvoirs publics ou des «partenaires sociaux» — dans le cadre d’un débat public transparent, vote, négociation salariale ou conflit social.

— Et en plus un système qui a fait ses preuves : l’existence, depuis plus d’un demi-siècle, d’un système de retraites par répartition, obligatoire et généralisé, a conduit à une amélioration sensible de la situation des retraités. La vieillesse, autrefois synonyme de pauvreté, ne l’est plus aujourd’hui en règle générale. Au cours des 40 dernières années, la part des retraites dans le produit national est passée de 5% à 12,5 %. Par quel moyen ? Par une
augmentation du taux des cotisations, qui a doublé en 30 ans. Sans engendrer de catastrophe !

Pourquoi en serait-il autrement dans les années qui viennent alors que, même avec une croissance plus faible, la productivité continue à
augmenter plus vite que le nombre relatif de retraités ?

Le système de retraite par répartition permet une adaptation progressive aux évolutions démographiques et économiques, par un ajustement, année après année, des taux de cotisations, afin d’assurer une répartition maîtrisée des gains de productivité entre salariés actifs et retraités.

D’autres choix sont possibles et nécessaires :

— Abroger la réforme Balladur de 1993 L’amélioration du niveau de vie des retraités est une conquête récente, dont la remise en cause est une régression indigne. Il faut donc abroger la réforme Balladur de 1993.

— Ramener la période de référence pour le calcul des pensions aux 10 meilleures années (au lieu de 25), pour ne pas pénaliser notamment les salariés de plus en plus nombreux aujourd’hui, qui ont eu des carrières courtes, chaotiques ou en pointillés.

— Ramener à 37, 5 annuités la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein, en rétablissant ainsi par le haut l’égalité entre les salariés du public et du privé.

— Rétablir l’indexation des pensions sur les salaires (et non plus sur les prix), afin que les retraités touchent aussi leur part des progrès de la productivité.

Tout cela est réaliste : l’augmentation constante de la productivité permet d’assurer à la fois un niveau élevé des retraites et la progression du revenu des actifs. Encore faut-il que les gains de productivité ne soient pas accaparés par les détenteurs du capital, mais qu’elle profite aussi aux salariés, actifs et retraités. Cela pose le problème de la répartition des richesses.

Partager les richesses !

Le financement des retraites ne peut en effet être assuré que si l’on inverse le mouvement de baisse relative de la masse salariale, par prélèvement sur la masse des profits.

— Augmenter les salaires, fortement comprimés ces dernières années sous l’effet du chômage et du recul des acquis sociaux, notamment en matière de droit du travail.
— Augmenter le taux des cotisations patronales. La création d’emplois et la hausse des salaires induiront une augmentation automatique des cotisations de retraite.

Mais cela ne suffira pas : une augmentation progressive du taux sera nécessaire.

Elle devra porter sur la part patronale, qui a beaucoup baissé en valeur relative ( 56 % du total des cotisations vieillesses contre 64 % il y a 15 ans)

Les organisations et les syndicalistes signataires appellent tous les salariés du privé comme du public, les précaires, les chômeurs, les jeunes, les retraités, à se mobiliser pour empêcher Raffarin d’imposer une nouvelle et grave régression sociale. Elles appellent aussi à participer massivement aux manifestations et aux réunions publiques programmées dans le département ces prochaines semaines.

Si vous désirez rejoindre la liste des signataires, vous pouvez écrire au comité : comiteretraite69@yahoo.fr

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Messieurs Raffarin et consorts ...Le pouvoir est dans la rue !

La Lettre des militant-e-s syndicalistes libertaires
Mai 2003- Numéro 34
 

On aura vraiment tout entendu !! Il faut croire qu'on nous prend pour des idiots, pour que les gouvernants, le MEDEF et certains économistes tentent par le biais des médias de nous faire avaler des couleuvres pareilles.

Quelle arrogance du gouvernement de nous affirmer qu'il oeuvre à la survie du système de retraites par répartition, que les fonctionnaires, ces nantis privilégiés, sont des réactionnaires qui empêchent les avancées sociales. Quel mensonge également que de vouloir nous prouver encore et encore que d'ici quelques années, il n'y aura pas assez d'actifs pour payer les retraites.

Quelle démagogie que ces économistes et autres invités des médias qui se disent spécialistes de la question des retraites ou des "questions sociales" et qu'on ressort des poubelles à chaque mouvement social d'ampleur. Ces spécialistes auto-proclamés qui nous expliquent que nous, travailleurs- consommateurs, n'avons rien compris aux enjeux et au fonctionnement du système économique et que nous ferions mieux de laisser faire «ceux qui
savent».

Quelle belle preuve, une fois de plus, de la nostalgie pétainiste du baron du MEDEF qui se lamente et peste contre tous ces gueux arpentant les rues le 13
mai et qui, au lieu de travailler à accroître les bénéfices de leur patron, seraient responsables du recul économique du pays.

De toute évidence, ce martelage médiatique et idéologique n'a pas eu les effets escomptés. Certes, comme lors de chaque mouvement, les caméras du journal de 20H, arrivent toujours à dégoter une pauvre mère de famille sur le quai d'un métro en grève, hurlant à la prise d'otage et qui ne sait pas si elle sera rentrée auprès de ses enfants le soir. Comme à chaque fois aussi, on nous montre ce courageux travailleur du privé tentant de se rendre à son travail par tous les moyens possibles, quitte à marcher des heures, tandis que les grévistes se tournent les pouces. Mais combien sont vraiment persuadés que les dernières grèves ne sont le fait que des fonctionnaires arc-boutés sur leurs "privilèges", qu'il serait temps d'instaurer un service minimum dans le service
public à l'exemple d'autres pays pour ne plus être pris en "otage" ? Combien encore restent persuadés que les retraites par répartition sont en danger et qu'aucun autre choix que celui du gouvernement n'est possible ?

A la lumière des mobilisations du 13 mai, il faut croire qu'ils ne sont pas si nombreux que ça, n'en déplaise à la farandole de politiciens, politologues, économistes, aux bureaucrates de la CFDT et de la CGC. Sans compter les grévistes qui ne se sont pas déplacés aux manifs, cela fait au minimum deux millions de salariés qui ne gobent pas ce discours caricatural. Et ça, le gouvernement ne s'y attendait pas !

Voilà déjà de quoi lui faire ravaler son arrogance et lui rappeler qu'une forte majorité parlementaire ne lui suffira pas à se permettre ses dérives totalitaires. Voilà de quoi rappeler aussi aux responsables des confédérations syndicales que les grévistes ne se contenteront pas de miettes, ni de positionnements syndicaux complaisants, ni même de journées d'actions éparpillées.

La preuve en est des grèves reconductibles votées en AG, dans différents secteurs.

A nous de continuer à convaincre nos collègues encore incrédules de ce que le capitalisme nous vole depuis des années.

A nous également de rappeler que les privilégiés ne sont pas les fonctionnaires mais toute la clique du MEDEF et des actionnaires qui s'en mettent plein les poches sur notre dos. Le pouvoir est dans la rue et les AG, pas dans les salons !!!

Souria (CGT)

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La Lettre des militant-e-s syndicalistes libertaires
Cette lettre est un outil d'échange d'informations et de réflexions qui s'adresse à tous les militant(e)s syndicalistes, anarcho-syndicalistes "sympathisants" libertaires. Les militants qui animent qui animent cette Lettre entendent agir dans une logique pluraliste et dans le respect intégral des choix organisationnels des militant(e)s syndicalistes libertaires. Autrement dit, la Lettre des militant(e)s syndicalistes libertaires s'interdit faveur de telle ou telle organisation syndicale en particulier. Elle peut ainsi constituer un Lien solide entre des camarades / sympathisants libertaires, impliqués dans diverses organisations syndicales : CFDT, CGT, CGT-FO, CNT, Confédération Paysanne, FEN, FSU, PAS, SUD SOLIDAIRES, UNEF, syndicats de chômeurs etc. Son but est :
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