Pres2002-revmai.htm

PRÉSIDENTIELLES 2002 :
REVUE DE COMMUNIQUÉS,DE TRACTS, D'ANALYSES...


Vous trouverez ici une série de textes, tracts retraçant le débat qui s'est fait jour en France suite aux résultats du 1er tour des Zélections prézidentielles... Ces textes sont issus de diverses listes de discussion ou de diffusion, entre autres : [Fraternite-Libertaire-international], [unite-libertaire],[cerclesocial], A - I N F O S, etc. Comme ces messages ont pour la plupart transité sur l'ensemble de ces listes, nous n'indiquerons que les auteurs des textes.
SOMMAIRE :
  • Ni dieu, ni césar, ni tribun (cnt@cnt-2eme-ur.org)
  • Qui sème la misère, récolte le fascisme (Fédération Anarchiste, groupe la Commune)
  • " Votez escroc pas facho", "Le Pen, c'est Chirac en pire"... (Baptiste - Lille)
  • Ni honte ni F-Haine ! (Claude Guillon)
  • Un vote léonin (Ronald Creagh, Jean-Jacques Gandini, Danièle Haas)
  • Fascisme de la misère, misère de l'antifascisme (?)
  • Fascisme , Démocratie, Choisis ton exploitation camarade ? (Os Caseiros)
  • Le fascisme se combat par TOUS les moyens (Groupe Michel Bakounine)
  • Tract de la CNT-AIT Toulouse et des Jeunes libertaires
  • Des militant(e)s AC!, CNT, GASPRO
  • À LA RECHERCHE DES RESPONSABLES DE LA MONTÉE DU FN... (Zanzara athée)
  • La question électorale. Le crétinisme absentionniste (Camillo Berneri)
  • Les propositions de la CNT-AIT (UL Toulouse)
  • QUEL AVENIR POUR LE MOUVEMENT ANAR AUJOURD'HUI ? Collectif Lune)
  • Tract du Mouvement communiste
  • Le 6 mai, qu'est-ce qu'on fait... (Groupe Michel Bakounine)
  • La défaite de Le Pen est aussi notre victoire (Jean Gilbert)
  • Pour en finir avec les élections (Baptiste)
  • ON PREND LES MEMES ET ON RECOMMENCE ? (Des anarchistes)
  • Qui sème la misère, récolte le fascisme ! (Tract groupe Durruti (Lyon) )
  • Demain, nous combattrons Chirac pour faire reculer Le Pen (Secrétariat Alternative Libertaire)
  • VOUS VOUS FOUTEZ DE NOTRE GUEULE, VOUS NE VOUS EN FOUTREZ PAS LONGTEMPS ! des amis d'Yves Peirat)
  • DÉCLARATION POLITIQUE D'ALTERNATIVE LIBERTAIRE (Coordination nationale des Collectifs et militant(e)s d’Alternative libertaire)
  • Ni dieu, ni césar, ni tribun
    cnt@cnt-2eme-ur.org
    http://www.cnt-2eme-ur.org
    Paris, le 1er mai 2002
    1er mai... cinq travailleurs anarchistes pendus à Chicago en 1887. La plus grande démocratie du moment tente de briser la résistance ouvrière.

    Quand le travail signifie pour l'immense majorité de la population  l'assujettissement aux médiocrités d'un temps répétitivement privé de vie et  vidé de sens, quand la lassitude morale et le cafard sont les sentiments les  plus partagés dans le silence des solitudes matinales, il y a quelque chose  d'obscène à inscrire au calendrier une prétendue fête du travail. Nulle fête  du travail n'est possible là où une minorité de profiteurs peut le soumettre  à sa loi. La démocratie en de tels lieux est enserrée lorsqu'elle existe,  dans de si étroites limites qu'elle échappe en permanence à ceux qui  composent la base de la société : la classe asservie des travailleurs, le
    prolétariat, la plèbe, le peuple. A l'occasion des "consultations"  électorales auxquelles elle se résume, cette "démocratie" politique n'offre,  de part sa nature représentative, qu'une parodie de liberté, aussi bien  d'action que d'expression. C'est l'éclatante vérité des faits qui se dégage  de la situation crée par les r ésultats du premier tour de l'élection  présidentielle.

    Sous les yeux d'un public aussi éberlué que beaucoup des acteurs du  spectacle, farce et tragi-comédie se sont abattus sur la scène politique au  soir du 21 avril. Dans le droit fil de son absurdité de principe, la  comptabilité démocratique venait d'accoucher d'une aberrante situation : un  renégat permanent devenait le champion de la république, le dernier recours  électoral contre le parti des nostalgiques du Reich, des ligues et de la  francisque. Le fait qu'à n'en pas douter le nombre de gens prêts à  s'accomoder, faute de mieux, d'une gauche même rose pâle soit infiniment  supérieur à celui des électeurs d'extrême-droite, pose la question de savoir  s'il est bien raisonnable de confier la politique à une hasardeuse logique  arithmétique. Faut-il rappeler qu'il suffit d'un crétin ou deux, de quelque  esprit faible épris de boisson, pour déterminer comme majoritaire telle ou  telle option et à partir de là l'imposer à tous? Cette prédominance du  nombre sur la raison n'a rien à voir a vec la liberté ; elle relève  totalement de l'esprit de soumission, à la marchandise en l'occurence, et  c'est bien normal. Il serait paradoxal et illogique qu'une démocratie  politique réelle cohabite avec un système économique organisé selon le  schéma de l'ordre féodal -ou mafieux- sur lequel règne une oligarchie. Il  serait bien étrange qu'une société divisée entre riches et pauvres possédât  un système politique reposant entre les mains de citoyens libres et égaux.  Ceux qui affirment la réalité de pareille extravagance se moquent du monde.  C'est de cela dont l'abstention signifie la conscience.

    Face à un triste bouffon agglutinant toute la bassesse et la crasse bêtise  que peut produire une société prônant en permanence la compétition contre le  voisin, états-majors et groupuscules aspirant à régenter le peuple, trop  stupide à leurs yeux pour s'occuper directement de ses affaires, s'offrent  quelques frissons en se livrant à une grotesque parodie de la guerre  d'Espagne. Ce qu'espère intimement ce joli monde c'est se débarrasser du  guêpier lepéniste au seul prix de la couleuvre Chirac. C'est une erreur  aussi grossière que celle de n'avoir jamais envisagé l'éventualité de  l'actuelle situation. L'extême-droite est une donnée inhérente au système  politico-économique régnant. Il faut très peu de chose pour que la fausse  démocratie se transforme en absolutisme vrai, en dictature féroce. Il suffit  que les intérêts dominants aient quelque chose à y gagner. La seule façon de  s'opposer au coup d'état permanent des "représentants" du peuple, c'est de  les mettre sous surveillance non moins permanente, de les soumettre à la  pression populaire, de leur ôter des mains le monopole politique. Cela  suppose une organisation autonome de la base sociale. Beaucoup  d'associations déjà existantes ont la possibilité de créer un réseau fédéral  mettant en mouvement des solidarités qui ne manquent que d'un terrain  pratique pour s'exprimer et modifier ainsi les données de la vie quotidienne  de la Cité. Il faut reprendre l'oeuvre inachevée de nos glorieux  prédécesseurs de 1793, organisés en sections, en assemblées générales  permanentes, organisant les communautés territoriales en une vaste  fédération de communes libres. La société ne respirera l'air de la liberté  que si elle passe "du gouvernement des hommes à l'administration des  choses".

    A l'heure où l'extrême-droite menace partout en Europe, il est grand temps  d'élargir le champ politique, de sortir des chapelles et groupuscules, de  soumettre les idées au feu du réel. Le temps est dépassé des manifestations  incantatoires. Il urge de commencer à bâtir un monde plus fraternel sur ce  qui se présente déjà comme les ruines de l'ancien. Si nous traînons encore,  de nouveau maîtres ne tarderont pas à surgir. Votes et abstentions sont  largement insuffisants.

    Paris, le 1er mai 2002
    --
    cnt@cnt-2eme-ur.org
    http://www.cnt-2eme-ur.org


    QUI SEME LA MISERE RECOLTE LE FASCISME
    MOBILISATION POUR UN FRONT SOCIAL ANTIFASCISTE
    NE LAISSONS PAS NOS VIES AU POUVOIR DES POLITICIENS

    Fédération Anarchiste, groupe la Commune
    9, rue Malakoff, Rennes
    permanences les mercredis et samedis de 15 à 19 heures
    Vente du Monde Libertaire en haut du marché des Lices tous les samedis à partir de 11 heures


    En n'allant pas voter, les anarchistes ont contribué, avec plus de 90% de la  population, à éjecter Jospin de la course à la présidentielle. Nous  l'assumons, et le revendiquons ! La politique antisociale menée par la  Gauche Plurielle, à coup de privatisations à tout va, de casse des services  publics, de précarisation galopante des emplois, de lois sécuritaires,  d'aggravation des inégalités sociales, de mépris de la population, est  responsable de sa propre déroute. Qu'elle ne compte pas alors sur le  mouvement social pour la sortir du gouffre, au contraire !

    Depuis lundi, nous subissons un formidable forcing médiatique, selon lequel  la seule question désormais tolérée est celle du choix entre le millionnaire  raciste Le Pen et l'escroc Chirac qui nous a déjà donné la pleine mesure de  sa politique de régression sociale. Mais raisonner en ces termes, c'est  précisément préparer la victoire  à moyen terme de l'extrême-droite ! Donner  un second chèque en blanc à Chirac au nom d'un Front Républicain n'est pas  une riposte efficace, faire l'impasse sur le bilan de la gauche plurielle,  encore moins. Si le barrage à Le Pen le 5 mai signifie simplement qu'on  recommence la même chose, les mêmes causes produiront les mêmes effets, avec  une ampleur accrue, et on peut d'ores et déjà annoncer le raz-de-marée de  l'extrême-droite lors de prochaines élections.

    Comme en novembre/décembre 1995 en France, comme en avril 2002 en Italie,  seul un mouvement social autonome, antifasciste et anticapitaliste,  s'attaquant à la misère économique et sociale qui fait le lit du fascisme,  pourra barrer la route aux politiques capitalistes ou fascistes de nos  gouvernants. En intensifiant les résistances et les luttes dans nos  quartiers, nos lieux de travail, nos facs, nos lycées, en reprenant notre  vie en main, en nous réhabituant à intervenir au quotidien dans les débats,  et pas seulement un jour de vote tous les 5 ans, organisons par et pour  nous-mêmes l'alternative au cauchemar qu'on nous sert depuis des années, et  dont on prépare laggravation pour demain.

    Comme tous les ans, nous serons dans la rue le premier mai à 10 heures,  place de la Mairie, pour crier notre refus du fascisme et notre rejet sans  appel des polichinelles qui accompagnent et favorisent depuis des lustres la  régression sociale, l'abrutissement médiatique et finalement la lepénisation  des esprits.

    Le vrai barrage à l'extrême-droite, c'est le mouvement social, c'est l'organisation autonome, cest la lutte et l'action quotidiennes, qui doivent  reprendre le dessus bien au-delà du 5 mai. La véritable urgence, c'est de  nous y atteler dès à présent, et de décider, enfin, de reprendre nos  affaires en main afin que personne ne décide plus jamais à notre place.

    Nous vous invitons à en débattre, à l'issue de cette manifestation, à 18  heures, ainsi qu'à assister au concert des Oisives et des Casse-pipe, à  partir de 21 heures, à la Maison de Quartier de Villejean, Rennes, dans le cadre des 2èmes  Journées Libertaires.


    Votez escroc pas facho", "Le Pen, c'est Chirac en pire"...

    [d'un camarade de Lille]

    Les slogans des manifs antifascistes de ces derniers temps montrent bien que personne ne se satisfait d' avoir Chirac pour président (et comment se satisfaire d'avoir un président-voleur, ni même un président tout court?) mais le fait de n'avoir le choix qu'entre une catastrophe et un cataclysme ne semble pas faire naitre dans nos tête l'idée d'une troisième voie. Sous couvert de réalisme, on nous bassine à longueur de journée que ça fait mal de voter Chirac mais qu'on n'a pas le choix.

    Et il est là le problème: on n'a pas le choix. La soi-disante démocratie qui laisserait le peuple maître de lui même a trouvé ses limites puisque tous les partis et organisations ( sauf, bien sûr le RPR) nous maintiennent que Chirac est un nul mais qu'il faut quand même
    le soutenir.

    On assiste alors à un match entre le RPR, d'une part, qui veut récupérer l'éventuelle défaite du FN en plébiscite de son progamme (les militants tractent encore le programme de Chirac et ne jouent pas que la carte du front républicain) et la gauche plurielle PS-PC-Verts, d'autre part, qui veut faire passer la victoire de Chirac en victoire de tout le camp républicain.

    Or, comme cette gauche là a une tradition militante (manifs, tracts...) plus forte que la droite, c'est son discours hypocrite qu'on entend aux têtes de manifs et qui fait courir le bruit qu'on ne vote pas pour Chirac mais contre Le Pen. Voilà comment on continue d'occuper les devants de la scène politique aprés que les électeurs vous aient clairement dit ce qu'ils pensaient de vous  et comment le vote Chirac apparait comme une alternative trés peu attirante mais qu'il nous faut accepter sous couvert d'antifascisme utilitaire.

    Toutefois, même de ce point de vue , je ne vois pas en quoi un individu comme Chirac pourait être un rempart contre l'extrême droite. Pour moi, nous sommes face à une impasse qui ne peut se débloquer que par deux solutions, toutes deux aussi lamentable que l'autre.

    Première solution: Le Pen est élu le 5 mai.
    Cela semble improbable pour l'instant mais la suite de la campagne fasciste peut nous réserver des surprises (Comment se passera le 1 mai? Marche sur Paris à la Bénito? Martyrisation du "pauvre FN" qu'on empéche de manifester? Sortie de l'ombre des groupuscules fachos?...en tout cas ça craint...) Si cela se passait, inutile de préciser ce qui arriverait...

    Deuxième solution: Le Pen n'est pas élu.
    On se retrouve alors avec un président et un gouvernement bureaucratiques, libéraux et racistes ( quel que soit le résultat des législatives) qui, non seulement appliquera sa politique habituelle, mais sera tiré sur sa droite par un FN faisant figure de principale alternative au gouvernement. Résultat: chaque connerie du gouvernement ( et on sait s'il y en aura !!! ) jouera le jeu de l'extrême droite qui n'en reviendra que plus puissante en 2007.

    Quoi qu'il arrive, nous avons devant nous cinq ans de précarité, de misère et de xénophobie auxquelles viendront s'ajouter la banalisation du racisme et, de plus en plus, des groupes de fachos violents qui n'auront plus besoin de se cacher. Face à ça, il nous faut riposter en posant les vrais problèmes: le FN n'a, hélas, pas le monopole du racisme, de l'anti-social et du tout-sécuritaire. La lepenisation des esprits est une gangrène qui a déjà rongé toute la droite jusqu'à la gauche.

    Même les manifs anti-fachos attaquent le FN sur son terrain en jouant les cartes du sexisme et de l'homophobie ( " Le Pen enculé", " Fuck Nazis", " Le Pen fils de pute"...lit-on sur les pancartes), du spécisme ( "à mort gros porc"...) ou en l'attaquant sur son handicap (tous les jeux de mots sur "le borgne"...) . De telles attaques discréditent le mouvement et ne font que le lit de ce qu'on prétend contrer.

    Alors, inutile de faire de Le Pen le grand méchant sorti de nulle part contre qui les gentils vont combattre: encore une fois, nous jouerions le jeu de la société spectaculaire marchande qui a créé Le Pen et qui saura en créer d'autres. Le Pen ne vient pas de nulle part, il vient du capital.

    Sortons aussi du piège médiatique qui répéte à tout-va que l'extême droite représenre un français sur cinq. C'est faux! Un français sur dix ne s'inscrit même plus sur les listes électorales, un sur cinq s'est abstenu et d'autres ont voté blanc ou nul. Au final, 40% des français ( les deux tiers des ouvriers et chômeurs) n'ont voté pour personne et seuls 10% ont voté pour Le Pen. Ce n'est donc pas le spectre du fascisme qui se relève mais c'est bien le piège à cons de la sociale-démocratie qui se casse la gueule à force de séduire les classes moyennes et populaires avec le programme du MEDEF.

    Mais à part l'abstention (qui fait figure de baromètre de l'incivilité), on ne nous présente jamais les chiffres sous cet angle: comment donc les gens pouraient-ils se contrefoutre de notre bonne vieille démocratie bourgeoise? Voilà une idée qui n'éffleure même pas les médias.

    Et pourtant, les faits sont là. 40% de non-votants ce n'est certes pas 40% d'anarchistes mais c'est autant d'hommes et de femmes qui ne se sentent pas représentés par les partis politiques, c'est autant de personnes qui se sentent ignorés des dirigeants.

    Moi même, je n'est pas voté au premier tour et je n'irai sûrement pas au deuxième ! Même pas avec des gants, car aucun gant ne peut être imperméable aux larmes et au sang que j'aurais sur les mains si je plébiscitais comme "sauveur de la démocratie" un politiquard mafieux qui expulse les sans-papiers, défend le maître face à l'esclave et soutient militairement ou économiquement des dictatures aux quatre coins du globe.

    Je n'irai pas voter entre la peste et le choléra mais je reste attentif en attendant que, de la rue, sorte une troisième voie. Car c'est bien là qu'est l'avenir de la lutte antifasciste: il n'est ni chez les libéraux, ni chez les "fachos modérés".

    Alors quel que soit notre choix pour le 5 mai ( grasse mat' ou "vote escroc"), gardons bien en tête que seule la lutte paiera. Dans nos boites, nos syndicats, nos quartiers, lançons le débat sur le thème: GREVE GENERALE ILLIMITEE ! ! !

    Baptiste
    [Lille]
    Ni honte ni F-Haine !
    [Texte de Claude Guillon]
    Sur le danger néo-nazi
    Depuis le début des années 1980, grâce à la stratégie de Mitterrand qui institua la proportionnelle pour jeter un FN-peau de banane sous les pieds de la droite, le néo-nazi Le Pen a pu multiplier par quinze les scores confidentiels de l'extrême droite. Il obtient ainsi 11% aux européennes de 1984, et 14,5% lors de la présidentielle de 1988. Si le FN abandonne aujourd'hui ses habits d'épouvantail pour endosser le costume d'arbitre électoral, son ascension, beau résultat « socialiste », ne date donc pas d'hier. Que des collégiens, qui n'étaient pas nés à l'époque, prennent conscience de l'implantation électorale du FN et s'en alarment, c'est compréhensible et encourageant. Que des militants associatifs et syndicaux expérimentés, voire d'anciens révolutionnaires, feignent de découvrir la chose, et l'exagèrent à plaisir pour vendre leur soupe démocratique et nationale ; qu'ils se lamentent, comme tel « réseau » spécialisé dans la dénonciation des violences policières, sur une « France couverte de honte aux yeux de l'histoire [sic] et du monde » qui « flirterait » avec l'élection d'un Le Pen, voilà qui donne envie de vomir son p'tit dèj !

    La France ? Quès aco ? La « France éternelle » dont se gargarise Le Pen ? S'agit-il plutôt de « l'ensemble des Français » ? Mais Le Pen a obtenu 16,95% des suffrages exprimés. Rapporté au nombre des électeurs inscrits, ce score tombe à 11,8%. Le chiffre des inscrits doit être majoré de 7 à 10% de non-inscrits. Ce sont donc au maximum entre 10,5 et 11% de la population adulte qui ont voté Le Pen. Ce chiffre brut ne prend pas en compte les jeunes qui ne sont pas en âge légal de voter. Ne parlons pas des crétins qui ont déposé un bulletin Le Pen dans l'urne sans approuver ses positions.

    On peut certes dire que « 11%, c'est 11 de trop ! », mais c'est le genre de platitude qui n'aide pas à penser. Au-delà de l'impact symbolique indéniable de la présence d'un Le Pen au second tour de l'élection présidentielle, et de l'encouragement qu'il représente pour les nazillons et autres racistes, il n'y a pas de péril nazi immédiat en France. Affirmer le contraire est un mensonge démagogique et contre-productif. Recourir pour le faire à des catégories idéologiques comme la « France », « être Français » (.et en avoir honte) participe finalement de la « lepénisation » des esprits que l'on dénonce chez les autres.

    À propos de la honte
    Ce ne sont en eux-mêmes ni l'abstention ni les votes d'extrême gauche qui ont créé la visibilité renouvelée de Le Pen, mais bien l'effondrement de la gauche gestionnaire.

    Or, heureux événement, cette déroute est logique. Trop sûr de lui, Jospin a avoué d'emblée ce que tout le monde pouvait voir : son programme de modernisation capitaliste (concocté par Fabius et Strauss-Kahn) ne méritait même plus un déguisement « socialiste ». À force de répéter qu'il n'y a plus de classe ouvrière, ces ordures avaient fini par oublier l'existence de plus de six millions d'ouvriers et
    d'ouvrières. Lesquel[le]s, en grand nombre, se sont abstenu[e]s, ont voté LO ou Le Pen.

    Ni la peur ni la honte ne sont des armes de résistance. Ce sont au contraire les moyens favoris des maîtres. C'est par la honte que les tortionnaires, les pères incestueux, les violeurs, imposent silence à leur victime et les persuadent qu'elles sont responsables des violences qu'elles subissent.
     

    VIVENT LA COLERE ET L'ESPOIR !

    Nous n'avons pas à sauver la république avec le flic Chevènement, la patrie en danger avec Juppé-la-hache et Chirac-matraque, pas plus qu'à fraterniser avec les supporteurs des 35 heures d'exploitation salariée.

    Ceux qui se passionnent pour le Monopoly électoral n'avaient qu'à voter Chirac au premier tour. Il était déjà la meilleure digue (même pleine de trous) contre l'extrême droite. Comparé à Jospin, qui a privatisé davantage que la droite, c'est un serviteur maladroit et archaïque du capitalisme !

    Trêve d'illusions, parlons de guerre sociale ! Passés ou non par les bureaux de vote, défendons dans la rue et par les luttes le projet d'un autre futur, sans « races » ni frontières, sans « président » ni patrie, une société égalitaire et libertaire où l'on ne verra d'épouvantails que plantés dans les champs.

    Maintenons les politiciens dans l'insécurité !

     A bas la France !
     « Buvons à l'indépendance du monde ! »

    Claude Guillon
    Paris, le 26 avril 2002
    Un vote léonin

    Ronald Creagh, Jean-Jacques Gandini, Danièle Haas


    Suivant une longue tradition, les organisations anarchistes prônent l’abstention. Les arguments ne manquent pas: nous vivons une parodie de démocratie, dans laquelle on nous demande de signer un chèque en blanc à  la classe dirigeante. Voter revient à donner pleins pouvoirs à cet État que nous combattons et la fin ne justifie pas les moyens. Le rejet de la politique politicienne entraîne les anarchistes à  ne pas constituer de parti politique et à se préparer pour un «troisième tour», social celui-là.

    Il est évident que nos démocraties relèvent de la gesticulation plus que de la réalité. Que dans ces conditions voter consiste à demander à autrui de nous prendre en charge. Qu’après avoir mené campagne pour l’abstention, c’est nous déjuger que d’aller voter.

    Sommes-nous acculés au choix entre l’opportunisme et l’intégrité personnelle?
     

    Il ne faut pas confondre éthique et moralisme. L’éthique est un ensemble de principes auxquels nous sommes attachés et que nous défendons jusqu’au bout. Mais ces principes doivent être soumis à notre jugement individuel: en effet, il faut tenir compte des circonstances historiques, des personnes, etc. L’ anarchisme est justement le refus du moralisme, c’est-à-dire de l’esclavage d’une loi que nous ne faisons pas vivre en nous.

    Le système représentatif, parce qu’il est lié à l’existence d’un État, peut engendrer le totalitarisme et la dictature. Cela est même inscrit dans sa constitution: en France, par exemple, il y a le sinistre article 16. Tout gouvernement peut déclarer l’état de siège, et nous savons comment le plan vigie-pirates et la lutte contre un terrorisme, inacceptable d’ailleurs, engendrent des dérives impardonnables.

    C’est parce que la démocratie, telle que nous la connaissons, n’est qu’une représentation théâtrale nous réduisant à la condition de simple spectateur que, contrairement à l ’ensemble de la population, nous ne pouvons pas considérer les élections comme une liturgie sacrée, le sacre d’un président ou d’un pouvoir quelconque. Pour nous, le vote ne relève pas de l ’éthique mais de l’opportunité, de la pertinence.

    De même, dit-on, la fin ne justifie pas les moyens quand ces moyens sont immoraux. Mais si le politique doit rester soumis aux principes de l’éthique, tous les moyens ne relèvent pas nécessairement de celle-ci. Décider collectivement de la couleur des réverbères ou de la date pour tailler les arbres d’un parc public est a priori moralement indifférent. Le lien entre les moyens et les fins est d’ailleurs souvent impr évisible: des moyens généreux peuvent aboutir à des catastrophes et des effets pervers; et ce n’est souvent qu’après coup, devant les résultats, qu’on peut juger de la pertinence de ces moyens et, éventuellement, de leur valeur éthique.

    Cela s’applique au vote. Les organisations anarchistes admettent parfaitement le vote dans leurs délibérations, même si elles préfèrent le consensus ou d’autres formes de décision, en fonction  des circonstances. Elles ont généralement refusé de voter sur le plan de la politique politicienne et dans le cadre d’une démocratie «représentative», précisément pour montrer que le système politique ne relève pas du religieux et pour remettre en cause cette représentation, qui instaure de fait un système de domination par une «élite»  politique. Les libertaires entendent se prendre en charge directement, sur les plans individuel et collectif.

    Nous ne nous livrerons donc pas au jeu qui consiste à culpabiliser les protestataires ou les abstentionnistes, parce que le vote dépend d’un choix pragmatique, non d’un acte religieux ou moral. 1

    Mais il en est autrement pour ceux qui croient au caractère sacré du vote. Près de cinq millions de personnes ont accordé le droit de les représenter à un député au Parlement européen que même la justice avait déchu de ses fonctions. Parler de vote de mécontentement ou de sanction revient à noyer le problème. Que des constitutions démocratiques puissent permettre l’accès de tels individus au pouvoir en dit long sur leur pourrissement. Nos institutions et l’équilibre des pouvoirs ne sortiront pas indemnes de cette monstruosité. Nous essayons d’être fidèles à  nos principes libertaires, mais nous sommes aussi des incroyants. Les évidences des uns ne sont pas celles des autres et nous devons dialoguer ensemble pour mieux comprendre les conditions historiques actuelles.
     

    Nous vivons une situation de conflit profond. Ce n’est pas encore la guerre civile. Les démonstrations dans les rues, si elles sont nécessaires, ne suffisent pas à lutter contre la structure autoritaire de la société française, ni surtout contre la vérole fasciste. Elles donneront bonne conscience, permettront à une population dépressive et autoflagellante de se dédouaner à bon marché d’un vague sentiment de culpabilité, elles aboutiront à quelques images éphémères sur nos chaînes de télévision.

    Nous voterons sans illusion, sachant que politiquement parlant notre acte sera considéré comme une délégation de pouvoirs, alors qu’il s’agit d’un contrat léonin auquel nous ne nous sentirons pas tenus, nous qui luttons pour une société de justice et d’égalité ouverte sur l’autre. Notre combat, puisqu’il faut parler en ces termes, se situera et se poursuivra dans tous les autres champs, sur l’ensemble des domaines de la vie sociale, en mettant en Ōuvre des pratiques d’action directe: l’économique, le médiatique, l’organisationnel, le monde des idées et celui des actions, sans oublier la dimension internationale car la dérive actuelle n ’est pas propre à la France.

    Nous refusons d’être une avant-garde: nous publions ce texte pour engager la discussion, non pour dicter les choix. Notre décision n’engage que nous et nous respecterons celle des autres. Mais nous rejetterons toute inclination au dogmatisme, y compris en nous-mêmes. La mouvance libertaire n’est pas monolithique, fort heureusement.


     Ronald Creagh, Jean-Jacques Gandini, Danièle Haas
    1  C’est d’ailleurs aussi absurde: dénoncer les protestataires, c’est refuser le jeu démocratique, dénoncer les abstentionnistes, c’est refuser de voir que l’augmentation du nombre de voix pour Le Pen ne dépend pas d’eux. C’est reprocher aux uns et aux autres de ne pas ê tre omniscients et de n’avoir pas voté pour Jospin, le candidat de gauche le mieux placé. Voter pour le finaliste présumé trahit le mépris pour les autres candidats; cela réduit la multiplicité des candidatures à un leurre et limite les options à un choix binaire. Qu’une majorité de personnes pense ainsi est le symptôme d’une société lobotomisée par la pensé e binaire.

    Fascisme de la misère, misère de l'antifascisme
    Les apparatchiks, militants de gauche ou journalistes-flics culpabilisent les abstentionnistes et les électeurs ayant osé ne pas voter «utile » au premier tour ou ayant cédé au chantage avec l'épouvantail Le Pen (« Ne pas manifester le 1er mai, c'est aussi criminel que de ne pas avoir voté au premier tour » affirme J.-L. Mélenchon, chef de file de la gauche socialiste). Cette vague de moralisme bleu-blanc-rouge, s'indignant du score du FN, rendrait certains « honteux » d'être « français ». On se fiche pas mal de «l'image » que donne d'elle la France, à l'étranger comme sur Mars ! Et depuis quand prétend-on lutter contre le nationalisme version Le Pen (et autres variantes) en sous-entendant du coup qu'on est fier d'être français en « barrant la route au fascisme » ?

    Les capitalistes et leur caste de grands commis de l'Etat ont apprécié la cohabitation : les partis socialiste-communiste-vert ont développé la précarité, la flexibilité et l'intensification du travail (par son annualisation, les 35 heures en novlangue), mieux que ne l'auraient fait Juppé ou Balladur ; ils ont amélioré la rentabilité du « bon capitalisme» productif cher à Attac et ses 50 députés ; puis ils ont privatisé, plus que les autres gouvernements de droite. Beaucoup n'utilisent encore que l'abstention pour jeter à la poubelle les politiciens (Le Pen inclus). L'appel au front républicain semble laisser à ces derniers une seconde chance. Mais une chose est sûre : un retour au pouvoir, comme avant, un coup à droite, un coup à gauche, n'efface rien de rejet apparu au premier tour de ces élections. Ceux qui croyaient sauver une république soi disant en danger, se retrouveront avec les mêmes guignols et leur politique d'attaque contre les salariés et de contrôle social généralisé. Ceux qui trouvaient encore Jospin « moins pire que l'autre » iront pour la plupart voter Chirac le 5 mai, ce qui est logique, puisque c'est la même politique ! Pourtant, ces politiciens « moins pires » que Le Pen ont déjà mis en pratique une partie de son programme, notamment concernant l'immigration. De la version directe à la Chirac sur « lebruit et l'odeur (des immigrés) » à la version hypocrite de Rocard «nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde », ils assument tous les arrestations, les emprisonnements et les morts des sans-papiers.

    Contrairement au fascisme des années 20-30, le lepénisme, regroupement de tendances incohérent, reste mal dégrossi, progresse par défaut plutôt que de manière conquérante. Dans le mélange hétéroclite de son électorat, combien de vrais fachos, combien de boutiquiers, aspirant à la notabilité, à « l'établissement », voire aux corruptions comme en Italie, à Toulon, ou ailleurs ? Mais surtout combien d'aigris déboussolés ou détruits par les crises industrielles des 20 dernières années ? Les licenciements massifs et l'idéologie dominante ont entamé l'identité salariale de ces derniers et, première étape nécessaire mais non suffisante, beaucoup ne croient plus en la gauche gestionnaire. Quant aux syndicats, il ont toujours eu pour rôle de dévoyer plutôt que d'encourager les insurrections, barrant ainsi toute autre voie que celle d'une régulation d'un capitalisme moribond et destructeur. Face à une majorité, de droite ou de gauche, avec le Medef, des syndicats collabos, des attaques redoublées dès cet été contre les prolétaires ; contre les réformes capitalistes qu'aurait poursuivies Jospin, celles de Chirac ou de Le Pen, nous n'aurons que la rue et la grève. Que l'Unef ou Sos-racisme lâchent donc la grappe à la « jeunesse » : qu'ils ne rétrécissent pas d'emblée sa culture politique avec comme seul horizon un isoloir. Tout « front antifasciste » est un piège doublé d'un fourre-tout propice à la confusion politique, aux tactiques politiciennes, aux embrigadements boutiquiers.

    Contre les dégâts du Capital, la demande est répétée, pathologique, d'un Etat-gendarme social. Pourtant l'Etat est toujours celui du Capital, pris dans toutes ses contradictions, sur toute la planète. Le fascisme nous menace moins, en France et en Europe, que l'intensification des politiques sécuritaires lancées par les gouvernements, récents et futurs. Quoi qu'il en soit, le fascisme est, comme les autres idéologies mais dans une forme extrême, un produit du capitalisme. Face aux impasses de la société capitaliste, la seule perspective est d'abord de construire des rapports de force mettant en évidence nos ennemis de classe, et ce, quel que soit le pays dans lequel on se trouve. C'est ensuite de mener un combat anti-capitaliste permanent et autonome, au travail et dans la société, pour mettre à bas exploitation, aliénation et massacres guerriers entre prolétaires. Et ce, sans complaisance par rapport aux appareils de l'Etat, des médias, des syndicats, de la gauche et des extrême-gauches. Ce combat s'exerce contre le capitalisme, mais aussi contre les illusions et les conditionnements de la démocratie représentative bourgeoise, forme politique qui lui sied le mieux actuellement.

    Au vote que d'aucuns présentent comme le futur indépassable de la résignation, défendons, dans la rue et par les luttes, les chances d'un avenir révolutionnaire !

    Ni FN, ni front républicain !


    Oiseau Tempête - c/o Ab Irato - BP 328 - 75 525 Paris cedex 11
    Site web http://abirato.free.fr


    Fascisme , Démocratie
    Choisis ton exploitation camarade ?
    «Les ouvriers doivent toujours et partout  combattre le capitalisme, et peu  importe s'il se sert des formes de gouvernement démocratiques ou fascistes. Aussi bien sous le fascisme que sous le démocratie, les travailleurs salariés sont exploités par le capital» Räte-Korrespondenz n°14 déc. 1935
    Lorsque l'on sait que la  Chambre des députés de 1936, mêlée en 1940 au Sénat, vote en faveur de Pétain par 569 voix contre 80 ; et que, pour l'essentiel, les orientations économiques et sociales du régime de Vichy ainsi que le personnel de l'administration et des affaires sont conservés par la « Libération » , il faut bien que notre temps soit écrasé sous des tonnes d'idéologie pour ne pas voir le peu de réalité de l'opposition entre « fascisme » et « démocratie », « droite » et « gauche ».

    Le développement du capital entraîne comme conséquence l'obéissance du prolétariat, par l'intégration douce ou violente des  structures de contestations (Gestion de la force de travail  par les organismes syndicaux, bureaucratie, folklore de la grève  gymnastique, dressage, idéologie, etc.). Sur le terrain de l'extraction de la plus-value, la concurrence avec les autres capitaux  s'imposent chaque jour  et avec elle,  l'intensification de l'exploitation.

    Le démantèlement des « acquis sociaux »  obtenus  par les combats ouvriers et les concessions du capitalisme après la 2ème guerre mondiale, amène certains à redécouvrir une logique qui n'a jamais disparue:  le processus capitaliste. Les économistes bourgeois, les régulateurs de tous poils, les marionnettes  « Attac-istes »  ou  les  promoteurs  du « capitalisme à visage humain »,  ne font que retarder  l'affrontement des classes en aménageant  leurs places, aussi  précaires soit-elles.

    Que le pouvoir  puisse être,  ou soit,  aux mains des Partis ou organisations dites  « ouvrières » ne changerait  qu'une chose : la démagogie ouvriériste serait encore plus accentuée, mais elle n'épargnerait pas aux ouvriers la répression la plus sévère, si celle-ci devenait nécessaire.  Le triomphe du capital n'est jamais aussi total que lorsque les travailleurs se mobilisent  pour lui !

    Quand les organisations bourgeoises et gauchistes croient faire preuve d'extrémisme ou de radicalité en criant au fascisme et en invitant à se mobiliser pour le « moins pire »,  elles  évitent de critiquer l'Etat comme outil de gestion du capitalisme.

    L'essence de l'antifascisme consiste à lutter contre le fascisme en promouvant la démocratie bourgeoise, donc à ne pas lutter contre le capitalisme.

    Pour nous protéger des excès du capital, l'antifascisme n'imagine que de se faire le champion de l'Etat fort et de reprendre « en moins pire » les mots d'ordre du Fascisme : Le bruit et l'odeur, toute la misère du monde, produisons Français, emplois bidons, éloge de l'entrepreneur  individuel , poujadisme, militarisation de la société, remise en cause du droit de grève, etc. La fascisation des esprits et de la société  a commencé.

    La lutte pour la démocratie bourgeoise représente donc un puissant dérivatif pour arracher le prolétariat du terrain des luttes sociales et de l'affrontement inévitable des classes, et l'entraîner dans les voltiges contradictoires où l'Etat opère sa métamorphose de démocratie en Etat fasciste.

    La matrice du fascisme c'est le capitalisme qui n'hésite pas  à se faire autoritaire et ceci de manière « démocratique » !

    Le seul antifascisme conséquent est de lutter partout et à chaque instant contre le capitalisme. Le Fascisme, c'est bien le capitalisme : le meilleurs des racismes, des darwinismes. Plus besoin de théories racistes ! Les forts écrasent les faibles, l'économie fait loi, le profit autorité. La division internationale du travail n'est-elle pas le plus grand des racismes ? Et la loi du profit ou de la plus value accumulée, l'exploitation et la précarité le plus grand des autoritarismes?

    Os Caseiros
    contact  http://www.geocities.com/adel0
    Le fascisme se combat par TOUS les moyens
    Groupe Michel Bakounine
    Fédération Anarchiste
    BP 3, 17350 Port d'Envaux
    téléphone 05.46.76.73.10
    télécopie 05.46.76.82.60
    À l'issue de ce premier tour des élections présidentielles, il est clair que Le Pen ne sera pas le prochain président de la république française.

    On pourrait donc en rester là.

    Reste que l'intensité de la défaite de Le Pen, au deuxième tour des élections présidentielles, s'avère centrale.

    Pourquoi ? Le Pen battu à 20 % ou moins des suffrages exprimés, cela serait un signe de refus massif de ce néo-fascisme qui frappe à la porte du pouvoir. Et, Chirac élu à 80 % ou plus, pourrait difficilement se revendiquer d'un vote d'adhésion.

    Le Pen battu à 40 % ou moins, ça lui permettrait de grappiller encore un peu plus de légitimité et à Chirac de laisser à entendre qu'il est en capacité de rassembler sous sa seule bannière.

    Vu sous cet angle, sous ce seul angle, il est clair que mieux vaut un Le Pen à 20% qu'à 40%. Mieux (ou pire), si Le Pen faisait 40% ou plus, au deuxième tour des élections présidentielles, il est évident qu'au premier tour des élections législatives à venir, ses candidats, portés par la vague, se retrouveraient en tête dans au moins la moitié des circonscriptions et, via des triangulaires, se retrouveraient en position d'arbitrer le résultat final. C'en serait alors fini (à moyen terme) de la gauche et de la droite tant il est évident qu'une partie de la droite acceptera, à un moment ou à un autre, une alliance avec l'extrême-droite et qu'une partie de la gauche refusera de se rallier à un front républicain appelant à voter Chirac contre Le Pen. Et ce serait le début de l'arrivée de l'extrême-droite au pouvoir. Tels sont les tenants et les aboutissants du problème de ce second tour.

    Oh, bien sûr, même si le score de Le Pen s'y trouve ramené à moins de 20%, cela ne suffira pas à éradiquer un phénomène dont les racines plongent tout entières dans cette pourriture qu'est le système capitaliste et dans sa capacité à générer la misère et le désespoir. Oh, bien sûr, voter contre Le Pen (et donc pour Chirac), c'est cautionner un système politique (la démocratie bourgeoise) qui, en se contentant de gérer la misère et le désespoir, nous a conduits là où on en est aujourd'hui. Et, c'est évacuer la responsabilité de la gauche plurielle et de la droite dans la montée de cette lepénisation des esprits qui fonde la marche en avant actuelle des chemises brunes. Oh, bien sûr, seule la révolution sociale est à même de résoudre sur le fond le problème du fascisme.

    Élire... mais surtout agir !

    Alors, voter ou ne pas voter ? Combattre le fascisme par un bulletin de vote ou par la révolution sociale ?

    La jeunesse de ce pays, qui, comme la jeunesse de partout, n'a pas, d'ordinaire, la fibre spécialement électoraliste, est descendue massivement dans la rue et elle énonce une évidence frappée au coin du bon sens : le fascisme doit se combattre par TOUS les moyens.

    La jeunesse de ce pays, qui comme la jeunesse de partout, ne cause pas langue de bois, appelle donc clairement à utiliser le bulletin de vote Chirac au deuxième tour des élections présidentielles. L'heure n'est plus aux atermoiements funestes.

    En dépit de ses convictions les plus profondes, le groupe Michel Bakounine de la Fédération Anarchiste, qui ne cause pas davantage langue de bois, fait la même proposition en précisant toutefois que :

    - Si voter contre le fascisme, c'est bien ;

    - Agir contre la lepénisation des esprits, et donc, pour la révolution sociale, non seulement c'est mieux, mais c'est indispensable.

    Le fascisme doit être combattu par TOUS les moyens !

    Surtout par ceux qui permettent de s'attaquer aux causes de la maladie !
     

    Groupe Michel Bakounine
    Fédération Anarchiste

    Tract de la CNT-AIT Toulouse et des Jeunes libertaires
    Jeunes Libertaires  -  CNT AIT
    Permanence tous les soirs à partir de 20h30,
    7 rue St Rémésy  31000 TOULOUSE
    (05-61-52-86-48)
    http://cnt-ait.info
    cnt.ait@wanadoo.fr

            Les récents résultats du premier tour de la présidentielle mobilisent. Il  faut mettre les choses au clair.
    QUE S'EST-IL PASSE ?

    Plus de onze millions de personnes ont choisi de s'abstenir. Pourquoi ?

    Depuis des années que la gauche ou la droite se succèdent au pouvoir, la  population subit :

    * la précarité et même la misère (intérim, "emploi mac do", augmentation du  nombre de personnes jettées à la rue, ...),
    * le mépris contre la jeunesse  et contre les immigrés ... (délit de sale gueule, contrôles d'identité à  répétition, double peine, ségrégation sociale ...),
    * les affaires, la  corruption, les magouilles, la justice à deux vitesses ...

    Les raisons de s'abstenir sont donc fortes et légitimes pour ne pas  cautionner davantage ce système qui nous opprime et nous exploite.

    Les véritables responsables de cette situation sont le pouvoir et les médias  au service du capitalisme. Ils ont créé un véritable délire sécuritarie.  Cette psychose a totalement profité au FN. Mais l'Etat et les patrons (le  capitalisme) "OUBLIENT" de dire que la véritable INSECURITE c'est EUX ! Les  licenciements et la précarité, le terrorrisme industriel (AZF, Erika ...),  l'exploitation du tiers monde (travail des enfants, pillage des ressources  naturelles ...) n'en sont que quelques exemples.

    La lutte contre le fascisme ne signifie rien si on ne lutte pas contre sa  véritable source : le CAPITALISME. Tant que CELA n'aura pas été compris,  tant que le rôle de délégation de pouvoir dans ce jeu de dupes n'aura pas  été compris, nous sommes condamnés à vivre éternellement des cycles de  mobilisation / démobilisation ...

    CE N'EST PAS DE CANDIDAT QU'IL FAUT CHANGER, C'EST DE SOCIETE !

    Discutons des problèmes en Assemblées Générales. Organisons-nous à la base.


    Jeunes Libertaires  -  CNT AIT


    Des militant(e)s AC!, CNT, GASPRO
    Nantes, le 30 avril 2002.

    Que de fines analyses sur la surprise et les raisons de la présence de Le Pen au second tour. Pourtant même les moins cultivés pourraient être au courant des analyses de Bourdieu, entre autre, en 1998 : la gauche aura des comptes à rendre…. Dans un contexte où pour l'instant, l'idéologie sécuritaire et de contrôle social ont gagné la bataille, la misère, la désespérance et le mépris ont abouti à ce que 5,5 millions de personnes votent pour 2 candidats d'une extrême droite déclarée.

    Si 5,5 millions de personnes ont eu une reflexe de troupeau, ce n'est que la reproduction apeurée et exacerbée du jeu politique habituel : des chefs, des chefs ! Ce coup-ci, ils ont choisi un grand mâle dominant.

    Les réactions : surtout ne  changeons rien !

    La gauche plurielle qui a géré le système, voudrait se refaire une virginité avec un front républicain.
    La droite institutionnelle est en concurrence avec l'extrême droite et va durcir son discours et ses méthodes.
    Sur les débris d'un PC moribond, l'extrême gauche voudrait construire un nouveau "parti révolutionnaire".
    Le "front républicain" va des partis politiques au Médef en passant par les syndicats, les stars du foot, les curés, les chanteurs…
    Bien sur, aucune de ces stratégies ne nous intéresse.
    Malgré cela, nous, militants nantais d'Agir contre le Chômage et la Précarité (AC!), de la Confédération Nationale du Travail (CNT), du GASPROM (ASTI locale) voterons, à titre individuel, Chirac au deuxième tour pour éloigner, momentanément, le bruit des bottes.

    Mais nous savons que  la vraie lutte contre les idées de Le Pen et les raisons de sa présence se contruit quotidiennement sur le terrain des inégalités et du droit des opprimés : pauvres, sans-papiers, chômeurs, précaires, salariés, femmes, homos.
    Les luttes concrètes pour améliorer nos conditions de vie DANS UN CADRE DE DEMOCRATIE DIRECTE ne manquent pas, ce sont les militants qui manquent, c'est ce terrain qui a été laissé au discours sécuritaire développé par les politiques de tous bords.

    Au delà du scrutin du 5 mai où chacun prendra ses responsabilités, nous savons que seule la poursuite de la mobilisation et des luttes permettra les changements pour rendre le futur vivable.

    Des militant(e)s AC!, CNT, GASPRO
    À LA RECHERCHE DES RESPONSABLES DE LA MONTÉE DU FN...

    Zanzara athée et quelques complices
    Il  est  possible de contacter Zanzara athée ET ses quelques complices
    en  écrivant  à  :  zanzara@squat.net
    Zanzara  athée  c/o  Maloka, bp 536, 21014 Dijon cedex, France


    Tout  de suite après le premier tour, une opération de culpabilisation des  abstentionnistes a été menée, relayée par les médias comme jamais auparavant.  Une  fois  de  plus,  l'abstention  a été assimilée à une passivité  apolitique.  Mais  cette  fois,  cela  va  plus  loin : les abstentionnistes   sont  accusé-e-s  d'être  les  responsables  de  la "catastrophe".

    Ce  ne  sont pourtant pas les abstentionnistes qui ont mis un bulletin "Le Pen" au premier tour. Ce ne sont pas non plus les abstentionnistes qui  ont  cautionné  les autres partis politiques ayant repris pour la plupart  des  parties  du discours lepéniste. Et puis soyons honnêtes, qui est responsable de la chute de popularité des politiques de Chirac et  Jospin, sinon eux-mêmes ? Si un tiers des inscrit-e-s ont voulu ne choisir  personne, et pour la majeure partie d'entre elles/eux, ne pas même prendre la peine de se déplacer, ce n'était pas pour approuver le programme    fasciste   du   FN.   C'est   plutôt   le   signe   d'une non-reconnaissance  de  cette pseudo-démocratie qui nous demande notre avis  une  fois  tous  les deux-trois ans... Pour nous demander quoi ? Choisis  ton chef, choisis ton leader, choisis celui qui va te laisser le nez dans la merde !

    Sous  prétexte  de "faire barrage à l'extrême-droite", on assiste à un véritable  bourrage  de  crâne au schéma simpliste : il n'y aurait pas d'autres  conceptions possibles de la "démocratie" que celle qui passe par  les urnes. Refuser de communier à cette grande messe fait de vous un-e  irresponsable  voire un-e collabo du fascisme. Toutes les autres modalités  d'engagement  et  d'action sont ainsi discréditées, rendues suspectes  d'être  de  connivence  avec  l'"ennemi"  (notamment  toute expression  concrète de révolte contre la situation actuelle, il n'y a qu'à  voir  par  exemple  comme  les émeutier-e-s, les "casseurs" ? et casseuses  !  -  sont montré-e-s du doigt comme faisant soit disant le jeu du fascisme).

    On  en  oublierait  presque  que  c'est justement avec de tels schémas simplistes  et  réducteurs  que  l'on  tue la réflexion, la capacité à penser,  donc que l'on fait le lit du fascisme. Contrairement à ce que l'on  essaie  de  nous  faire croire, faire bloc autour de Chirac pour défendre  la "République", pour combattre le "mal" incarné par Le Pen, ce    n'est    pas    nécessairement    faire    reculer   les   idées d'extrême-droite...  Si  nous  refusons  l'intolérance fasciste du FN, nous  n'allons  pas pour autant nous plier à la tolérance libérale des autres  partis,  cette "tolérance" qui ne cherche qu'à acheter la paix sociale,  autrement  dit conserver le statu quo actuel et les rapports de   domination   qui   s'exercent   sur  une  vaste  majorité  de  la population...  Nous  ne voulons pas utiliser l'épouvantail Le Pen pour défendre  un  système  dans  lequel  de  moins  en  moins  de monde se reconnaît.  Il  nous semble que lutter contre le FN sans lutter contre les   politiques  institutionnelles  des  gouvernements  qui  se  sont succédés  depuis  de longues années, c'est s'attaquer aux conséquences en  oubliant  de  s'attaquer  aux  causes.  C'est éponger le sol quand l'évier déborde au lieu de fermer le robinet...

    La  politique  des  urnes,  c'est  la politique de masse, la politique spectaculaire  :  tout notre pouvoir sur un bout de papier. Face à une telle  déresponsabilisation  imposée,  nous affirmons notre volonté de vivre  autrement,  dans  une  société  organisée différemment, sur des bases   d'auto-organisation,  de  responsabilisation  individuelle  et collective.  Nous  n'attendrons pas les prémices d'une révolution pour démanteler les logiques autoritaires. Nous savons que c'est en mettant en  pratique  dès  aujourd'hui  l'entraide  et  l'autogestion que nous faisons obstacle au fascisme.

    Si  le  FN  a  gagné en popularité, c'est parce que quasiment tous les politiciens  de  droite  ET  de  gauche  ont fait de l'insécurité leur programme  électoral, en étant bien sûr complaisamment relayés par les mass-media,  et  parce que nous vivons dans une société de concurrence et  de  repli sur soi : chacun-e devant sa télé, seul-e ou en famille, avec une vie quotidienne plus que morose, sans autres perspectives. On voudrait  nous faire croire que les responsables de cette vie de merde sont celles et ceux qui en souffrent. Pourtant, les responsables de la misère  sociale  sont  forcément  celles  et  ceux  qui ont le pouvoir politique,  économique  et social. Est-il possible de lutter contre le ressentiment  réactionnaire  qui  s'exprime par le vote FN sans lutter contre  l'ensemble  du  système  étatique, capitaliste et patriarcal ? Tout  cela  va  bien  au-delà  du  5 mai... Continuons de réfléchir et d'agir  dans  les  semaines  et  les  mois  à venir pour révolutionner joyeusement ce monde décrépit !

    Dijon, fin avril 2002,
    Zanzara athée et quelques complices

    La question électorale.  Le crétinisme absentionniste
    "Camillo Berneri"
    Oeuvres choisies
    éditions du Monde Libertaire - 1988
    page 151 à 157
    Évoqué  par Roger 'Babar' Noel

    Dans une lettre à Gambuzzi (1), (Locarno le 16 novembre 1870), Michel Bakounine exprimait sa satisfaction de le voir revenir à Naples en vue de se faire élire député, et il ajoutait : « Peut-être vas-tu t'étonner que moi, abstentionniste décidé et passionné, je pousse maintenant mes amis à se faire élire députés ; mais les circonstances et les temps ont changé.  Tout d'abord, mes amis, et toi surtout, se sont tellement renforcés dans nos idées et nos principes qu'il n'y a plus de danger qu'ils puissent les oublier, les changer, les sacrifier et retomber dans leurs anciennes habitudes politiques.  Et puis les temps sont devenus tellement difficiles, le danger qui menace la liberté de tous les pays est tellement fort qu'il faut que, partout, les hommes de bonne volonté soient sur la brèche et surtout que nos amis soient dans une position telle que leur influence devienne la plus efficace possible.  Cristoforo (Fanelli) (2) m'a promis de m'écrire et de me tenir au courant de vos luttes électorales qui m'intéressent au plus haut degré. » (Fanelli a été élu député de Torchiara en décembre 1870 et Friscia (3) a été réélu en Sicile).

    Bakounine voyait dans l'élection à la députation des propagandistes les plus actifs de la Ire Internationale un renforcement de celle-ci quant aux commodités matérielles (voyages gratuits) et quant à la possibilité d'avoir des relations plus étendues, une meilleure influence sur la masse et une plus grande liberté de propagande.  Face à l'institution parlementaire, il restait antiparlementaire et abstentionniste ; et son attitude en 1870 n'est pas comparable à celle d'Andrea Costa (4) ni même à celle de F.S. Merlino (5).

    Pour Bakounine, le problème était stratégique et non tactique.  Ne pas distinguer le premier aspect du deuxième relève du crétinisme abstentionniste, non moins infantile que le crétinisme parlernentariste.  Quelle différence y a-t-il entre la stratégie et la tactique ? Je me servirai d'un exemple très simple auquel il ne faut pas attribuer une valeur autre que démonstrative.

    Je me trouve barricadé chez moi, assiégé par une foule de fascistes qui crient : « A mort ! » Les policiers accourent et cherchent à empêcher les assiégeants de défoncer ma porte.  Il serait idiot et fou de me mettre à la fenêtre et de tirer sur les policiers.  Si je faisais cela, je commettrais une énorme erreur stratégique.  Je me trouve dans une manifestation de rue.  Les policiers tirent sur les manifestants.  Je prends la parole et j'explique à la foule que les policiers représentent le pouvoir répressif de l'Etat et qu'en tant que tels ils devraient trouver en face d'eux des manifestants armés et décidés, etc.  Si, au lieu de cela, je parlais des policiers qui arrêtent les fous, qui sauvent les gens dans les inondations, etc., je commettrais une erreur tactique (BERNERI utilise les termes de «stratégie » et de « tactique » de façon inverse à l'usage qui en est fait habituellement).

    Une fois éclaircie la différence en question, se pose le problème suivant -. s'il est évident que le parlementarisme ne peut pas être conciliable avec l'anarchisme, l'abstentionnisme est-il pour les anarchistes une question tactique ou stratégique?

    En 1921, je me suis posé, pour la première fois, ce problème avec la petite aventure suivante.  Mon facteur était socialiste. En voyant que je recevais des journaux de gauche, il me traitait avec une certaine familiarité, bien que nous n'ayons échangé que des salutations ou des commentaires rapides sur la situation politique ; et il me manifestait sa sympathie en demandant à mes proches, lorsqu'il ne me voyait pas : « Et Camillo ? Comment ça va, Camillo ? » Pas très loin de chez moi, il y avait une maison ouvrière habitée par des socialistes et des communistes, et quand je passais devant, les soirs de printemps ou d'été, les locataires qui profitaient de la fraîcheur du soir me saluaient cordialement, même si je n'avais jamais parlé avec un seul d'entre eux.

    Le cordonnier, devant la boutique duquel je passais tous les jours, me saluait, bien que je ne fusse pas son client.

    Les perquisitions, les arrestations, le fait de me voir souvent avec des ouvriers, m'avaient attiré la sympathie du « peuple » du quartier. Mais voilà qu'un après-midi, je vois entrer dans mon bureau le facteur et d'autres jeunes gens que je ne connaissais pas.  C'était le jour des élections, et ils venaient me chercher pour aller voter. « Nous avons la voiture », me disaient-ils.  Et moi , « Si je voulais aller voter, j'irais à pied ou en tramway ; ce n'est pas par paresse que je n'y vais pas. » Et là, je leur donnai une leçon d'anarchisme à laquelle, certainement par ma faute, mais aussi parce qu'ils étaient de chauds partisans de la « bataille électorale », ils comprirent si peu qu'ils partirent en disant : « Nous nous souviendrons de cela », comme des sans-culottes de 1789.  Le jour même, je m'aperçus que le peuple » du quartier m'avait jugé comme « déserteur » et que ma popularité était compromise.

    Le problème est que, pour la première fois, je me suis demandé si l'abstentionnisme est toujours opportun ; ceux qui connaissent les élections de 1921 m'excommunieront peut-être ; mais ils ne me fusilleront certainement pas si je leur dis que je me suis abstenu de faire de la propagande abstentionniste et que je me suis opposé aux vestales de l'anarchisme pour défendre le peu de camarades (deux ou trois) de l'Union anarchiste florentine contre l'ostracisme auquel ils s'étaient heurtés pour avoir voté.  Je disais alors, comme aujourd'hui, que l'erreur est stratégique et non tactique ; c'est un péché véniel et non mortel.  Mais les vestales conclurent que j'étais « trop jeune », pour ne pas me dire que je n'avais rien compris à l'anarchisme.

    Le rappel aux principes ne me fait ni chaud ni froid parce que je sais que ce terme recouvre des opinions d'hommes et non de dieux, des idées qui ont fait leur chemin pendant deux ou trois ans, pendant des décennies, des siècles, mais qui ensuite ont fini par paraître baroques à tous.  Les hérésies de Malatesta sont aujourd'hui des principes sacro-saints pour tous les malatestiens.  Il faut dire que Malatesta, n'étant ni prêtre ni mégalomane, a exposé ses idées en les présentant comme des opinions et non comme des principes.  Les principes ne sont légitimes que pour les sciences expérimentales et ils ne sont alors que la formulation de lois, formulations approximatives.  Un anarchiste ne peut que détester les systèmes idéologiques fermés (théories qui s'appellent doctrines) et ne peut donner aux principes qu'une valeur relative.

    Mais ceci est un argument qui nécessiterait un développement particulier ; je reviens donc à la question : l'abstentionnisme. Tout en constatant l'insuffisance absolue de la critique parlementaire dans notre presse - lacune qui me semble très grave - je ne suis pas abstentionniste dans le sens où je ne crois pas, et je n'ai jamais cru, à l'utilité de la propagande abstentionniste pendant la période électorale, propagande que je me suis toujours abstenu de faire, sauf occasionnellement et face à certains individus qui pouvaient, à mon avis, passer du bulletin électoral au revolver.

    Le crétinisme abstentionniste relève de la supersition politique : il considère l'acte de voter comme une atteinte à la dignité humaine ou évalue une situation politico-sociale au nombre d'abstentions aux élections, quand il ne combine pas l'infantilisme de l'une et l'autre attitude.

    De la première attitude, Malatesta a fait justice lorsqu'il observait, en écrivant à Fabbri en mai 1931, que beaucoup de camarades accordaient une importance excessive au vote et qu'ils ne comprenaient pas la vraie nature de la question électorale.  Malatesta citait des exemples typiques.

    Une fois, à Londres, une section municipale distribua des bulletins pour demander aux habitants du quartier s'ils voulaient ou non la création d'une bibliothèque publique.  Il y eut des anarchistes qui, bien que voulant la bibliothèque, ne répondirent pas parce qu'ils croyaient que répondre, c'était voter. A Paris et à Londres, des anarchistes ne levaient même pas la main dans un meeting pour approuver un ordre du jour qui répondait à leurs idées et ne présentaient pas un orateur qu'eux-mêmes avaient applaudi... cela pour ne pas voter.

    Si un jour se présentait le cas d'un référendum (désarmement ou défense nationale armée, autonomie des minorités abandonnées ou conservation des colonies, etc.), on pourrait encore trouver des anarchistes fossilisés qui croiraient de leur devoir de s'abstenir. Ce crétinisme abstentionniste est si poussé qu'il ne vaut pas la peine qu'on s'y arrête.  Il y a, au contraire, de bonnes raisons d'examiner l'abstentionnisme simpliste.  Dans la lettre citée plus haut, Malatesta rappelait que lorsque Cipriani (7) fut élu député à Milan, des camarades furent scandalisés parce qu'après avoir fait propagande en faveur de l'abstentionnisme, lui, Malatesta, se félicitait du résultat de l'élection : « Je leur disais, et je le dis encore : puisqu'il y en a encore qui, sourds à notre propagande, vont voter, il est consolant de voir qu'ils votent pour un Cipriani plutôt que pour un monarchiste ou un clérical, non pas pour les effets pratiques qui qui découlent, mais pour les sentiments que cela révèle. »

    Maintenant, je voudrais soumettre à Malatesta ce problème : si un triomphe électoral des partis de gauche était un stimulant qui rehausse le moral bien bas de la classe ouvrière, si ce triomphe permettait le discrédit des représentants de ces partis et avilissait en même temps les forces fascistes, si ce triomphe était la condition d'une éventuelle révolution sociale, comment un anarchiste devrait-il se comporter ?

    On répondra que toutes ces hypothèses ne sont que des vues de l'esprit, mais cette réponse n'élude pas le problème ; si un anarchiste juge une situation politique donnée comme nécessitant exceptionnellement la participation des anarchistes aux élections, cesse-t-il d'être anarchiste et révolutionnaire ? Si un anarchiste, sans pour autant faire de la propagande alimentant les illusions électorales et parlernentaristes, sans chercher à casser la tradition théorique et tactique abstentionniste, va voter sans se faire d'illusions sur les programmes et sur les hommes en lice, mais en voulant, plutôt contribuer à la disparition des illusions que les masses nourrissent par rapport à un gouvernement populaire, et à obtenir que les masses cherchent d'autres horizons : cesse-t-il d'être anarchiste et révolutionnaire ? Que cet anarchiste puisse se tromper dans son évaluation politique de la période, c'est possible, mais la question est la suivante en faisant une telle évaluation et en agissant en conséquence, cesse-t-on d'être anarchiste ? Bref, le problème est celui-ci : l'abstentionnisme est-il un dogme tactique qui exclut toute exception stratégique ?

    Voilà la question que je pose à ceux qui, aujourd'hui, s'acharnent sur les anarchistes espagnols qui ont cru utile de ne pas favoriser l'abstentionnisme. (... ) [Le texte se poursuit avec une analyse de la situation politique espagnole.]

    "Camillo Berneri"
    Oeuvres choisies
    éditions du Monde Libertaire - 1988
    En vente a la librairie PUBLICO
    145 rue Amelot - 75011 Paris
    Les propositions de la CNT-AIT
    CNT-AIT  (UL Toulouse)
    7 rue St Remezy,
    31000 TOULOUSE
    Tel/fax 05 61 52 86 48
    La crise qui débute démontre que la société a besoin d'un changement profond

    L'ABSTENTION MAJORITAIRE

    Le 21 avril, onze millions de personnes se sont abstenues. Plus d'un million  ont voté blanc ou nul. Le nombre d'abstentionnistes est supérieur au double  du nombre de voix recueillies par le candidat qui arrive en tête du scrutin  (5 millions seulement). C'est la première fois que l'abstention est  numériquement majoritaire aux présidentielles. Ce n'est pas simplement un  véritable camouflet infligé à Chirac, Jospin et aux politiciens dans leur  ensemble. C'est surtout la marque du rejet massif de la logique  politicienne; cette abstention ayant été, pour une large part, volontaire.

    LA PEAU DE L'OURS

    Forts de la manipulation des esprits à laquelle elle a participé (sur le  thème de l'insécurité), de sa main mise sur les rouages de l'État
    (gouvernement, préfets, radios et télés dites de service public) de ses  nombreux relais (syndicats institutionnels, associations contrôlées.) les socialistes et leurs alliés avaient vendu la peau de l'ours électoral avant  de l'avoir tué. Toutes les fractions de la gauche et de l'extrême-gauche  politicienne ont voulu compter leurs voix, évaluer leur influence. Elles ont  toutes présenté un candidat. Pourquoi ? Pour pouvoir négocier au prix fort  les strapontins ministériels dans le prochain gouvernement ! Cet  éparpillement a coûté sa deuxième (et même sa première) place à Jospin. La  course effrénée au partage du butin de toute cette politicaillerie a été  sanctionnée. Mais, sur ce point, les politiciens, les commentateurs  politiques et les médias sont discrets : ils réservent leurs attaques,  violentes et quotidiennes, aux abstentionnistes. Ils ont très peu souligné  la responsabilité de ceux qui ont divisé leur propre camps. Ils oublient de dire qu'il aurait suffit qu'une seule des fractions de la gauche plurielle  S'ABSTIENNE de présenter un candidat pour que Jospin "passe" au deuxième  tour !

    UN CHOC

    Rue de Solférino (siège du PS), les médias, avec un art consommé de la mise  en scène, nous ont montré le bouleversement des militants. Ceux que ni les  licenciements, ni les expulsions, ni la misère, ni les bombardements de  Belgrade ou l'anéantissement des camps de palestiniens n'ont jamais fait  pleurer n'avaient, tout d'un coup, pas assez de larmes devant la démission  de Jospin. Bien plus intéressante est la réaction d'une rue qui ne désemplit  pas de jeunesse, choquée, déboussolée, mais sincère dans sa réaction  "tripale". Confusément, elle ressent l'affligeante absurdité du monde dans  lequel elle vit, sans parvenir -au moins pour l'instant- à l'exprimer  clairement, à en analyser les causes. Malgré les angoisses, malgré la  confusion, elle est ouverte aux interrogations et nous pouvons y apporter  les éléments de critique sociale, de réflexion politique, d'analyse qui  permettront son mûrissement, qui aideront ceux qui sentent déjà que le  combat sera long à passer d'un simple choc émotionnel à une révolte pensée.

    LE PIÈGE S'EST DEJA REFERMÉ

    S'il y a une seule illusion qui n'est pas permise, c'est celle de penser que  le deuxième tour et les législatives permettront de "faire barrage", et que  protégé par ce "barrage", tout le monde n'aura plus qu'à partir  tranquillement à la plage pour les vacances, tout danger étant écarté. Quel  que soit le résultat de ces élections, on peut affirmer que le piège s'est  déjà refermé sur la population. Les déclarations qui se sont succédées après  le 21 avril à 20 heures, montrent que le jeu politicien et parlementaire a  simplement franchi un pas de plus dans la perversité. La gauche renouvelle  le calcul cynique qu'elle fait depuis vingt ans. Si aujourd'hui, elle n'ose  pas dire aussi clairement que le faisait le Premier ministre Pierre Bérégovoy "Le FN est la chance historique du PS. Tant qu'il sera fort, la  droite sera inéligible", elle compte bien utiliser la peur pour enrayer  l'abstention populaire, comprimer le vote protestataire et obtenir une majorité parlementaire aux prochaines législatives (car les seuls enjeux électoraux qui l'intéressent désormais sont là). La gauche espère donc reprendre le gouvernement. Mais quel sera le résultat ? Si elle continue la même politique (soit seule, soit dans le cadre d'une alliance gauche plurielle-UDF-divers droite), les mêmes causes produisant les mêmes effets, la misère et le mécontentement de la population ne feront que grandir. Il sera encore plus facile la prochaine fois pour l'extrême-droite de capter les électeurs, de faire un score encore plus "historique" Le choix électoral que nous préparent les politiciens "pour dans cinq ans" sera de ce fait encore pire. Vu le retournement d'alliances auquel on vient d'assister, on ne peut même plus exclure qu'ils ne viennent tous, la bouche en cour et au nom de la sauvegarde de la démocratie, nous demander de choisir au deuxième tour entre Le Pen et Mégret. !

    Si par calcul, pour "se refaire" dans les milieux populaires, la gauche gouvernementale infléchit sa politique vers un peu plus "de social" (éventuellement en intégrant des ministres trotskistes, puisque des tractations sont en cours dans l'Ouest pour parvenir à des candidatures uniques de rassemblement gauche/extrême gauche) une fraction de la bourgeoisie et du patronat, qui soutient actuellement l'alliance droite/gauche autour de Chirac, changerait aussitôt de camps et reporterait ses voix sur l'extrême droite. Le piègeélectoraliste fonctionne aussi dans ce sens.

    Et il fonctionne aussi dans la troisième hypothèse : celle de l'alliance directe (dès maintenant, là où ce sera possible, et massivement dans cinq ans) droite/extrême droite. Car ce n'est pas tant la présidentielle actuelle que Le Pen vise que les législatives. S'il menace la droite parlementaire actuelle de la casser, par plus de 300 triangulaires, c'est pour la mettre à genoux. Et ça marche : des pourparlers entre des responsables de droite (qui soutiennent en public Chirac, sensé nous protéger) et les Lepénistes ont déjà lieu dans le Sud-Est. Il n'est pas exclu que des candidatures uniques ou des reports de voix aient lieu localement entre chiraquiens et lepénistes. Le plus probable est que nous soyons gouvernés par une majorité qui utilisera en permanence la menace de : "C'est nous ou le fascisme". Et c'est grâce à cette menace qu'ils pensent faire passer toutes leurs offensives contre les travailleurs. La peur du FN remplacera celle du chômage comme élément de pacification sociale.

    L'EXTREME GAUCHE

    Par aventurisme ou par tactique (avec une répartition des rôles entre les différents partis), l'extrême gauche flotte et se divise. Ce bricolage indécent participe à la psychose actuelle. Besançenot appelle ouvertement et sans réserve à voter Chirac. A peine arrivé sur la scène publique, le "plus jeune candidat", le "révolutionnaire", soutient l'homme qui fait des cadeaux au patronat, le "Super-menteur", le bâfreur à 4 000 francs de bouffe par jour, le démolisseur des retraites, le représentant des nantis. Les militants de Lutte Ouvrière, quand on discute avec eux, sont dans des positions difficiles. Eux qui faisaient la fine bouche, en renvoyant fièrement, dans la perspective d'un duel Chirac/Jospin les deux candidats dos à dos ! Laguillier rejette l'abstention et appelle à voter blanc ou nul. Voter, blanc ou nul, c'est accepter le jeu électoral, c'est accepter la procédure qu'on nous impose, même quand elle donne le résultat que l'on voit ! C'est apporter clairement sa caution morale à tout ce qui sortira des urnes. Les camarades trotskistes, ayant mis le doigt dans le cirque électoral, sont en train d'y passer progressivement tout entier et leurs "idées" révolutionnaires connaîtront le même sort que celles de tous ceux qui sont passés par là  : radicaux, socialistes, communistes.
     

    LES ELECTIONS PASSENT, LES   PROBLEMES S'AGGRAVENT

    La logique parlementaire et les jeux politiciens de conquête du pouvoir, amènent à un compromis républicain c'est-à-dire antisocial. Ce qu'ils veulent sauver, sous les noms de "démocratie" et "république", c'est l'ensemble du système politique, idéologique et économique qui perpétue l'exploitation.

    L'exclusion, les licenciements, le manque de libertés, l'arsenal répressif, les conflits armés, la mondialisation libérale, l'exploitation du tiers monde, les pollutions, . augmentent quelques soient le gouvernement car ils sont tous à la botte du capital. En appelant à voter et à soutenir le système parlementaire anti-démocratique, la gauche et l'extrême gauche ont oeuvré à déshabituer les travailleurs à lutter pied à pied, par la grève et l'action directe, contre les attaques patronales. Aujourd'hui, avec le vote Chirac, ils rompent un nouveau seuil psychologique et idéologique. Le choc qui en découle nous ouvre des perspectives. La lutte contre l'aggravation de la situation sociale doit nous inciter à l'action.

    AUJOURD'HUI, NOS TACHES

    Si besoin avait été de démontrer la perversité du jeu électoral, le "résultat" de ce premier tour devrait suffire. Une fraction de la population, peut-être plus importante qu'il n'y paraît, atterrée par ce qu'elle vient de découvrir, ressent le piège du pseudo-antifascisme,  s'interroge sur la capacité du système parlementaire à résoudre les problèmes sociaux, se pose, confusément, beaucoup de questions fondamentales. C'est à tous ceux là que les anarcho-syndicalistes, les anarchistes, les libertaires dans leur ensemble doivent s'adresser.

    Notre message sera clair. A la veille du deuxième tour, malgré l'ambiance de panique médiatico-politique montante, malgré la scandaleuse (et, on nous permettra de le dire, l'antidémocratique) "chasse aux abstentionnistes", malgré les mensonges et les calomnies dont on nous accable, nous assumons calmement et sereinement notre abstention du premier tour et nous renouvelons notre soutien fraternel à tous ceux qui ont relayé notre campagne.

    Si l'abstention au premier tour a été un refus, l'abstention au deuxième tour sera une rupture. Rupture psychologique et idéologique aujourd'hui, rupture sociale demain.

    Face à ce qui se profile, à l'aggravation de nos conditions de vie, à l'augmentation de l'oppression et de l'aliénation, il est indispensable de construire un rapport de force à la base. Il n'y a pas d'autre solution. Faire semblant de croire que Chirac est le rempart de la démocratie et les législatives la solution définitive, c'est reculer pour mieux se faire manger demain.

    Il faut rompre avec toute cette confusion, avec l'angoisse et le sentiment d'impuissance. Une seule affirmation permet aujourd'hui de le faire : l'affirmation claire de la rupture idéologique avec le système, dont l'abstention constitue en ce moment le symbole le plus fort. C'est le rôle de chaque individu conscient de la propager. C'est sur la capacité d'appeler, en tant qu'organisation, à l'abstention que se juge aujourd'hui le caractère révolutionnaire ou collaborationniste de chaque organisation.

    L'abstention est seule capable de constituer aujourd'hui le pôle de rassemblement, le point de départ d'une dynamique de luttes, réellement antifasciste parce qu'anticapitaliste, parce qu'en totale autonomie par rapport aux stratégies parlementaristes, aux politiciens de tous bords, aux appareils syndicaux et aux autres organes de contrôle social. Dès aujourd'hui, nous devons travailler à ce qu'une résistance populaire autonome se mette en place et se développe, pour faire avancer les luttes contre toutes les formes d'oppression, contre les politiques anti-sociales.

    Plus que jamais, les anarcho-syndicalistes, les anarchistes, les libertaires dans leur ensemble doivent proposer les principes et les pratiques que nous avons toujours défendus et qui sont plus que jamais d'actualité : union à la base, solidarité, fonctionnement par assemblées générales, délégués avec un mandat impératif, révocabilité de tout mandaté par l'assemblée générale, action directe (c'est-à-dire action collective sans passer par des médiateurs, des relais institutionnels), désobéissance civile, grèves (ponctuelle, perlée, générale.), boycott, autogestion.

    Et, pour parvenir à cela : refus de toute accointance avec les patrons (refus des élections professionnelles.), refus de tout lien avec le pouvoir (rejet de tous les partis politiques et de leurs sous-marins, rejet de toutes les élections politiques).

    CNT-AIT  (UL Toulouse) 
    ABSTENTION REVOLUTIONNAIRE ANARCHISTE
    QUEL AVENIR POUR LE MOUVEMENT ANAR AUJOURD'HUI ?

    Le texte qui suit a servi d'introduction au débat ayant pour thème
    "les  anarchistes et la question abstentionniste"
    organisé par le collectif Lune  (Libertaires unitaires Nantes estuaire)
    à Nantes le 1er mai


    L'anti-électoralisme anarchiste et ce que nous appelons l'abstention révolutionnaire, sont avec l'anti-étatisme, l'un des clivages essentiels qui distingue le courant libertaire des courants révolutionnaires issus du marxisme, hormis, les courants issus de la gauche communiste. En effet, ceux-ci sont tous allés aux urnes à un moment donné de leur histoire par choix stratégique, comme les sociaux-démocrates, ou tactique, pour les marxistes révolutionnaires. Du côté des anarchistes, rares sont les exemples d'organisations ou de collectifs enjoignant les masses à gagner l'isoloir.

    Cela ne veut pourtant pas dire que la question a été réglée une bonne fois pour toutes par les théoriciens anarchistes du XIXe siècle et qu'elle n'a jamais refait surface depuis. Car si l'abstentionnisme libertaire apparaît comme la conséquence logique des principes sur lesquels reposent l'anarchisme, l'absence de débat sur son opportunité tactique est significative du refus par nombre de libertaires de réfléchir à la situation présente du courant révolutionnaire, l'analyse politique de la période cédant le pas au classique " Élections, pièges à cons ". Dans le cadre de cette intervention, je présenterai les raisons de notre refus de participer au jeu démocratique et en soulignerai ce qui en fait une position cohérente. Dans un deuxième temps, je m'attacherai à deux problématiques qui nous sont posés souvent par des militants fort proches de nos conceptions mais qui demeurent encore des adeptes du bulletin de vote. Ces deux problématiques sont les suivantes : le vote utile et le vote antifasciste. Quant à la conclusion, vous le verrez, elle sera fort longue.

    I - Les raisons d'un refus.

    L'anti-électoralisme libertaire repose principalement sur trois critiques fondamentales : celles de l'État, du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise.

    Pour les libéraux, l'État, création de la société civile, peut et doit être neutre. Sa mission est de garantir l'intérêt général et de gérer ainsi les conflits de classes inhérents au système capitaliste. Or cette neutralité est une fiction. Car l'État, sous toutes ses formes, a toujours été une arme aux mains de ceux qui possédaient les moyens de production. En clair, l'État est la forme que prend une classe pour se faire dominante, et faire accepter sa domination qu'elle pare du nom d'intérêt général. Ainsi, même si l'État s'est autonomisé et forgé une histoire et une doctrine propres, il n'en demeure pas moins le garant des intérêts de la bourgeoisie, des multinationales et des hauts fonctionnaires d'État. Cette autonomisation du pouvoir d'État ne date pas d'hier. Marx et Bakounine en parlèrent en leur temps, appelant cela bonapartisme pour le premier et césarisme pour le second. En clair, l'État se retrouve en situation d'autonomie relative de telle sorte qu'il sert la ou les classes dominantes sans en paraître l'émanation et trouve sa légitimité dans le soutien que lui apporte une partie des classes dominées (comme la petite paysannerie). Pour en finir avec cette rapide analyse de l'État, ajoutons que la mondialisation de l'économie, l'importance prise par la capitalisme financier et les multinationales font que rares sont les pays pouvant jouir d'une marge de manŌuvre conséquente dans l'établissement de leurs politiques économiques et sociales. L'indépendance nationale est donc pour une grande part un leurre et la révolution dans un seul pays, une absurdité.

    Si l'on juge pertinente cette analyse rapide de l'État, on est forcé d'admettre également que les différents parlements ou conseils sont donc des instruments de domination politique aux mains de la classe dominante, aux mains de ceux qui ont le capital social et culturel nécessaire à l'exercice politique. Cela l'était évidemment sans équivoque au XIXe siècle. Pourtant, une fraction du mouvement socialiste a défendu l'idée qu'il était possible d'abattre le capitalisme par le biais de la démocratie parlementaire. Mais l'électoralisme et le parlementarisme ont inévitablement rongé la combativité ouvrière. Les partis issus du socialisme se sont servis de leurs strapontins parlementaires tout d'abord comme de tribunes pour faire entendre, disaient-ils, la voix des « sans-voix », puis ils ont passé des accords, des compromis, des alliances, pour finir dans la collaboration de classes la plus nauséeuse. Citons Jules Guesde, qualifié de «premier marxiste français », fondateur du Parti ouvrier français vers 1880, qui finira quasiment sa carrière politique dans l'Union sacrée en 1914 aux côtés des fractions les plus réactionnaires de la bourgeoisie. Au sein du mouvement anarchiste italien à la fin du XIXe siècle, Malatesta s'est opposé à Merlino qui défendait l'idée que la lutte des classes pouvait se dérouler dans et hors les parlements. A cela, Malatesta répliqua entre autres que «la lutte électorale et parlementaire éduque au parlementarisme et finit par transformer en parlementaristes ceux qui la pratiquent ». Et il n'est qu'à analyser la trajectoire des groupes écologistes allemands et français pour mesurer à quel point cette analyse à conserver toute sa pertinence.

    La démocratie représentative repose sur la citoyenneté et sur l'exercice de celle-ci par le « Peuple ». La citoyenneté implique donc une appartenance directe de l'individu à la « Cité », c'est-à-dire à l'Etat-nation. Mais cette appartenance directe est un leurre, car elle place l'individu, soumis économiquement et culturellement dans la société civile, sur un terrain abstrait d'égalité formelle dans le champ politique : un individu = une voix. Rappelons-nous pour mémoire qu'il a fallu attendre bien longtemps avant que la possibilité de voter soit offerte à tout homme, qu'il soit propriétaire, contribuable ou non, et encore plus longtemps pour que les femmes soient intégrées dans le corps électoral. Preuve en est que la démocratie représentative que nous connaissons aujourd'hui est une construction historique et politique, le fruit d'un rapport de force et de l'évolution du capitalisme. Les libertaires demeurent persuader qu'une démocratie véritable ne peut exister qu'à la condition que le problème même de la Société, la division en classes sociales et en rôles sexués, ait été préalablement résolu, qu'en fait l'égalité sociale et des sexes ait précédé l'égalité politique.
     

    II - La cohérence de ce refus.

    Cette critique de la société dans laquelle nous vivons est bien évidemment liée à notre projet de société : l'édification d'une société d'individus libres, d'une société sans classes, ni État, ni frontières. Comme l'a écrit Bakounine : « Toute théorie conséquente et sincère de l'État est essentiellement fondée sur le principe de l'autorité, c'est-à-dire sur cette idée que les masses, toujours incapables de se gouverner, devront subir en tout temps le joug bienfaisant d'une sagesse et d'une justice qui, d'une manière ou d'une autre, leur seront imposées d'en haut ». Pour les anarchistes, il ne peut exister d'État bienfaiteur ou bienveillant. Cela ne veut pas dire que tous les États se valent. Au contraire, et sans nous leurrer sur la nature profonde de l'État, nous préférons cent fois les garanties démocratiques que nous avons arrachées dans les luttes aux geôles fascistes. Ceci d'autant plus si l'on considère que les anarchistes sont destinés à rester longtemps minoritaires dans le camps des révolutionnaires. Car alors on aboutit à la conclusion que la société libertaire ne naîtra pas du matin du grand soir mais sera bien l'aboutissement d'un long processus de ruptures successives. Notre rôle est donc, non pas de se présenter à des élections, mais bien encore et toujours de pousser à l'auto-organisation des masses, à la construction de contre-pouvoirs et d'alternatives concrètes.

    Sans égalité économique, l'égalité politique est une mystification. A la citoyenneté actuelle, à la captation des aspirations du peuple par ceux qui s'en disent les représentants, nous considérons que tout individu, tout groupe humain, a le droit incontestable d'être lui-même et prônons conséquemment la démocratie directe, non pas électorale et parlementaire, mais communale et fédéraliste, ainsi que lemandatement de délégués contrôlés et révoqués à tout moment.

    A ce point de mon intervention, on voit bien que l'abstentionnisme révolutionnaire anarchiste est à la fois l'expression d'une volonté de classe et un choix stratégique : - volonté de classe car les libertaires pensent que le prolétariat doit prendre conscience de lui-même en tant que classe et mener une action qui soit déjà la négation concrète des institutions bourgeoises dans lesquelles il refuse de sereconnaître et face auxquelles il affirme sa capacité à se constituer en force autonome ; — choix stratégique car nous savons tous que les urnes ne mettront jamais fin à la société de classes.

    Or, de Proudhon à Bakounine, ne passant par Berneri, nombreux sont ceux qui ont avancé l'idée que l'abstentionnisme anarchiste devait être une question tactique et non stratégique. Ce pragmatisme, parfois lié à un fort découragement, me semble intéressant à étudier à partir de deux cas d'école que nous posent nombre de celles et ceux qui se définissent comme libertaires.

    III - Problématiques.

    1) Le vote utile.

    Nombreux donc sont celles et ceux qui, bien qu'en accord globalement avec les analyses anarchistes sur la nature de l'État, la démocratie représentative, considèrent qu'il est possible, souhaitable, voire même inévitable de participer à certaines élections à des fins tactiques. — Certains considèrent ainsi que voter pour les forces de gauche peut être un stimulant pour la classe ouvrière et relancer les luttes sociales. Mais cela serait oublier qu'historiquement la social-démocratie a toujours choisi la réaction bourgeoise ou la maintien du consensus républicain à la dynamique révolutionnaire. Loin de mobiliser les masses, elle les bloque, les muselle dans son désir autoritaire de faire du syndicalisme ou du mouvement associatif les simples courroies de transmission de ses options politiques.
    Ainsi, loin de favoriser la remobilisation de la classe ouvrière, une fois au pouvoir, elle élimine leur capacité ou leur volonté d'autonomie. - D'autres pensent que tel ou tel autre candidat serait un meilleur défenseur des acquis sociaux ou droits démocratiques gagnés de haute lutte auparavant, tels le droit de grève, celui à l'IVG, ou le droit à une couverture sociale minimum. Mais là encore, c'est la social-démocratie qui a engagé la France de plus en plus fort dans la dynamique européenne, celle de Maastricht, donc une Europe marquée par l'héritage démocrate-chrétien et une volonté de cassage des acquis sociaux et du droit du travail sous prétexte d'uniformiser les législations nationales. - Les derniers tirent enfin de l'état des forces révolutionnaires, du degré de combativité des classes subordonnées et du niveau de la conscience de classe, la conclusion qu'un vote utile vaut mieux qu'une abstention dite révolutionnaire incomprise par les masses. Et c'est vrai qu'à cet argument, je n'ai pas grand chose à rétorquer, malheureusement.

    2) Le vote antifasciste.

    Autre sujet sur lequel les anarchistes ont eu à s'affronter : l'utilisation des urnes pour faire barrage au fascisme. Deux questions se posaient aux révolutionnaires et démocrates transalpins : la nature du phénomène fasciste et sa signification. L'Internationale communiste considérait que l'essor du fascisme était un signe de faiblesse des classes dominantes, l'annonce de l'imminence de la révolution prolétarienne ; à cette conception, les anarchistes et notamment Luigi Fabbri répliquait que, bien au contraire, l'essor du fascisme s'était produit en Italie après l'échec du mouvement d'occupations d'usines en 1920, et non pour l'empêcher, qu'il s'agissait donc d'une « contre-révolution préventive » grâce à laquelle la bourgeoisie prenait sa revanche contre la classe ouvrière en tant que classe. Concernant la nature du mouvement fasciste, les révolutionnaires ont débattu du lien existant entre cette expression politique et le régime démocratique bourgeois. Si l'on considère que la dictature fasciste n'est qu'une autre forme, historiquement datée, de la domination de classe de  la bourgeoisie sur le prolétariat, alors la lutte antifasciste est contre-productive car elle mobilise les énergies révolutionnaires dans la défense de la démocratie bourgeoise et fait perdre de vue aux travailleurs que leur ennemi, c'est le capitalisme. Par contre, si l'on considère que le fascisme est bien plus qu'une forme de réaction anti-ouvrière, qu'il est l'expression d'une véritable « crise morale » qui met à mal l'État démocratique et donc les libertés qui l'accompagnent, si l'on considère en plus que la période n'est pas favorable à l'expression révolutionnaire, alors le combat antifasciste prend tout son sens, comme défense de tout ce qui a été conquis auparavant par des décennies de luttes politiques et sociales.

    Ce détour par l'Italie des années 20 n'est pas hors de propos. Car de l'analyse précitée, il en ressort trois types de positionnements tactiques : front républicain d'un côté ; refus d'alliances transclassistes de l'autre ; enfin, du va-et-vient constant entre pratiques d'alliances dans le cadre de la défense des libertés démocratiques et autonomie d'action dans la propagande anticapitaliste.

    Conclusion

    Si l'un d'entre vous me disait maintenant que ce que je viens de dire sent le vieux, le renfermé, j'avoue que j'aurai du mal à ne pas abonder dans son sens. Un siècle et demi s'est écoulé depuis l'émergence des socialismes marxiste et libertaire. Et si je pense que la lecture des « grands anciens » peut nous servir encore à appréhender le présent, il me semble important de confronter collectivement certaines de nos analyses et certains de nos principes que certains voudraient intangibles et inaltérables à la situation actuelle, au «capitalisme d'aujourd'hui ».

    Dans les pays capitalistes modernes, à la sortie de la deuxième guerre mondiale, la bourgeoisie et les sociaux-démocrates ont échangé le Grand soir contre l'amélioration des conditions de vie des travailleurs : congés payés, salaires moins indécents, droits syndicaux, couverture maladie... En clair, la classe dominante, sans remettre en cause les bases mêmes du système capitaliste, a été mise dans l'obligation de composer avec les représentants des classes laborieuses. Même si nous vivons aujourd'hui dans un pays comptant plusieurs millions de travailleurs pauvres et de chômeurs précaires, la partie la plus importante de la population, celle qui fait les gouvernements, fait partie de la classe moyenne : une classe moyenne très hétérogène, qu'il est impossible de réduire à une figure centrale mais dont on pourrait dire qu'elle a plus à perdre que ses chaînes : elle a un statut social qui permet de la différencier de la classe ouvrière, elle consomme, est propriétaire. Elle attend de l'État qu'il lui garantisse la sécurité de ses biens. Le résultat du premier tour des élections présidentielles nous a montré que les discours sécuritaires et xénophobes avaient trouvé des oreilles attentives de leur côté : petits patrons, commerçants et artisans évidemment soit l'électorat classique de la droite réactionnaire, mais
    également des employés souvent modestes effrayés par les risques de prolétarisation qui pèsent sur eux. Marx avait en ce sens raison d'écrire que « la sûreté est le plus haut concept social de la société bourgeoise », que « le concept de police, c'est l'idée que la société toute entière n'existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits et de sa propriété ». En ce sens un État qui se recentrerait sur une de ses fonctions régaliennes, ici le maintien de l'ordre, les satisferait assez ; de même que cela satisferait tous les libéraux désireux de libérer l'entreprise capitaliste du compromis fordiste, donc du droit du travail et des mécanismes de redistribution des profits. Quand une partie de cette classe moyenne s'engage à gauche, elle s'affiche citoyenne et démocrate, partisane d'un État social, providence, protecteur. Bref, elle défend l'État qui la fait vivre et lui donne une identité sociale ; elle défend ses intérêts de classe. Or c'est cette fraction social-démocrate qui anime aujourd'hui la plupart des mouvements sociaux. Et je ne crois guère en la capacité de la classe moyenne salariée à remplacer le prolétariat industriel au titre de « sujet révolutionnaire », bref d'être porteuse d'un projet d'émancipation sociale et politique.

    Et cet État que nous voulons détruire, quelle est sa nature ? Est-il seulement une superstructure aux mains des dominants  ? Est-il un organisme parasitaire, reflet passif des transformations de l'infrastructure et des luttes sociales, ou bien est-il « autre chose », un «autre chose » beaucoup plus complexe à cerner et à combattre ? Cette question se pose de façon toute particulière en France où l'État a sans cesse étendu son emprise sur la société civile, se constituant une immense machine administrative capable de le servir ; une machine dirigée par une caste de hauts fonctionnaires peuplant les ministères, les entreprises nationalisées et les services publics, et jouant un rôle essentiel dans l'évolution de la structure industrielle du pays ; une machine tellement puissante qu'elle fait vivre ou survivre bien au-delà du cercle des fonctionnaires et travailleurs de l'État ; une machine qui contrôle en fait la totalité de la vie sociale. La société disciplinaire d'hier qui visait à cadrer, domestiquer les classes laborieuses et dangereuses pour leur faire admettre la tutelle étatique et l'ordre industriel à céder la place aujourd'hui à une société de contrôle qui repose sur l'intériorisation par les individus eux-mêmes de la domination.

    Il est évidemment fini le temps du « militantisme de caserne » pour les uns, de « l'engagement fort » pour les autres. Les sociologues comme Nonna Mayer ou Jacques Ion qui ont travaillé sur cette question-là ont dressé le tableau suivant : « l'engagement est plus distancié, plus individualisé, moins englobant. On s'engage sur une cause ponctuelle et précise, quitte à abandonner quand on en trouve de plus attirantes ». Certes il est plutôt rassurant de savoir que ceux qui s'engagent recherchent des espaces plus conviviaux, moins autoritaires et, plus souples et dans lesquels ils puissent s'y retrouver. Le problème est que ces pratiques militantes moins sacrificielles sont, mais est-ce étonnant, typique de l'ère du temps marqué par un individualisme fort : certes on fait entendre ses convictions, mais on consomme également du politique et de la radicalité, et on a du mal à inscrire sa militance dans la longue durée.

    J'imagine que certains se demandent où je veux en venir et trouvent peut-être que je me suis éloigné bien loin de la question de l'abstention révolutionnaire. C'est vrai, mais pas tant que cela. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase du développement capitaliste marquée par le caractère hyperconcurrenciel du marché et la volonté d'abolir au maximum les restrictions à l'échange des productions matérielles et immatérielles, les restrictions à la marchandisation de tout ce qui existe. Ce « nouveau capitalisme » bouscule et entend redéfinir la place et la fonction de  l'un des piliers sur lesquels « l'ancien » s'était établi : l'Etat-nation, là où s'exerce le jeu démocratique, le cirque électoral, bref la souveraineté populaire. Nous nous retrouvons dans une situation très inconfortable qui fait dire à Noam Chomsky par exemple que « face aux énormes concentrations de pouvoir privé (qui) existent et qui n'ont aucun compte à rendre à la population », « il n'y a qu'une seule manière de défendre les droits bafoués et de les accroître : maintenir la seule forme de pouvoir illégitime qui soit sensible au public et sur lequel celui-ci puisse avoir quelques influence : l'État ».

    Ce nouveau monde en gestation qui s'annonce sans, en contrepoids véritable, autre chose que la défense du compromis fordiste, doit à mon sens nous amener à redéfinir ce que peut être un anarchisme pour ce siècle, ce que peut être une rupture révolutionnaire et quelle forme peut prendre la subversion aujourd'hui. Bref, comme l'écrivait Berneri en 1922, élaborer «un anarchisme critique qui ne se contente pas des vérités acquises, des formules simplistes, un anarchisme qui soit à la fois idéaliste et en même temps réaliste, bref un anarchisme qui greffe des vérités nouvelles sur le tronc des vérités fondamentales, tout en sachant tailler ses vieilles branches ». Et peut-être que l'abstentionnisme libertaire est une de ces vieilles branches. En clair, cette question doit être détabouisée. C'est à mon sens une question de tactique qui doit prendre en compte à la fois l'état des rapports de classes dans la société et celui des forces révolutionnaires. Ce ne peut être qu'un positionnement défensif qui ne serait que le constat lucide de notre incapacité à faire de l'abstention révolutionnaire une arme politique mobilisatrice, que le constat lucide de notre faiblesse face à l'adversité et de notre isolement au sein du mouvement révolutionnaire.

    (Contribution de Patsy)
    Tract du Mouvement communiste
    MOUVEMENT COMMUNISTE
    Pour toute correspondance : écrire, sans autre mention, à B. P. 1666, Centre
    Monnaie, Bruxelles.
    L'épouvantail Le Pen a réussi à recréer l'union nationale pour la République
    La lutte de classe se chargera de la défaire

    Au cours des vingt-cinq dernières années, il y a eu 24 élections à caractère national (municipales, présidentielles, européennes) . sans compter les nombreuses élections partielles. Autant dire que le business politicien a une perspective permanente : le vote aux prochaines élections.

    Et puis voilà qu'un certain 21 avril 2002, un vote de premier tour pour une élection présidentielle, tout ce qu'il y a de plus démocratique, avec tout plein de candidats de toutes les couleurs, permet à un saltimbanque fasciste au parti en déliquescence de s'opposer à un nationaliste de droite traditionnel comme choix électoral pour le second tour. Scandale des scandales ! Tous les adeptes du bulletin de vote protestent et se mettent à manifester . contre ce choix que leur démocratie électorale leur a imposé. Paradoxal pour le moins. On veut bien de la démocratie électorale, on défend mordicus la République, mais pas le résultat qui est sorti des urnes.

    Qu'un fasciste notoire puisse briguer (et parfois accéder) démocratiquement aux plus hautes fonction de l'Etat n'est pas vraiment une surprise. Faut-il rappeler que Mussolini est venu tout à fait démocratiquement au pouvoir en 1922 ? Qu'Hitler a eu le même privilège ? Et plus près de nous, qu'Haider en Autriche ou Berlusconi et ses alliés fascistes à peine maquillés d'Alleanza Nazionale ou de la Ligue du Nord en Italie ont été élus de la même façon, dans le respect de la Constitution et des institutions démocratiques ?

    Faut-il rappeler que pour déloger Mussolini et son régime honni il a fallu bien davantage que des manifs de doléance, des hauts cris indignés ou des bulletins de vote ? Sans la formidable vague de grèves ouvrières de 1943 en Italie, accompagnées de rudes batailles de rue contre les chemises noires, et sans un carnage impérialiste planétaire, peut-être que les nazis et les fachos seraient encore aux commandes de certains Etats, comme l'ont été jusqu'aux années '80 le régime stalinien ou encore, jusqu'aux années '70, les dictatures de Franco en Espagne et de Salazar au Portugal.

    Ceux qui se mettent à genoux devant la déesse Démocratie qui adorent la religion du bulletin de vote, qui prêchent pendant trois mois tous les ans dans des campagnes électorales à tiroirs devraient quand même se poser des questions. La démocratie électorale peut très bien amener les fascistes au gouvernement ou à la tête de l'Etat.

    Et ce, même si, pour l'instant, le danger constitué par Le Pen n'est autre qu'électoral. Du Medef à Madelin, de Jospin à des pans entiers de l'extrême gauche, on s'apprête à plébisciter Chirac pour que celui-ci ait les pouvoirs les plus étendus afin d'endiguer le Front National et son allié copieusement conspué Megret. Le châtelain de Saint-Cloud aura réussi, à froid, à unifier une caste politique qui était pourtant bien divisée avant ces élections. La reconstitution de l'unité nationale dans le cadre de la défense de la République, voilà le principal résultat de la vraie fausse percée de l'extrême droite qui n'a obtenu que quelques centaines de milliers de voix supplémentaires. L'Etat et le capitalisme, qui ont engendré le fascisme, qui ont rendu possible son accession à la tête de plusieurs exécutifs, devraient désormais représenter, selon eux, les meilleurs (ou les seuls) remparts efficaces contre la peste brune.

    Or, dans les conditions actuelles de la France capitaliste, Le Pen n'a aucune chance de pénétrer dans la salle des commandes de l'Etat. Dépourvu d'un organe capable d'organiser le vote éminemment réactionnaire (nous refusons toute qualification du vote Le Pen comme de protestation, fusse-t-il l'ouvre de prolétaires désemparés et souffrants) qui s'est porté sur lui, l'affreux personnage ne détient finalement aucun autre moyen que celui de faire pression et d'influencer les gouvernants qui vont suivre (la fameuse 'lepénisation des consciences'). Gouvernants qui vont à coup sûr s'empresser de caresser dans le sens du poil les électeurs du Front National par des mesures anti-immigrés et de renforcement de l'ordre policier dans les quartiers populaires. Aiguillon de la caste politique au pouvoir, Le Pen l'est et le sera de plus en plus, mais pas davantage tant que les conditions de l'exploitation n'exigent pas l'instauration d'une dictature fasciste.

    Tout aurait changé depuis le 21 avril parce que Jospin a manqué de moins de 1 % des voix exprimés pour être au deuxième tour ? Parce que cette fois Le Pen a fait le plein des différents bouts de l'électorat réactionnaire ? Voter, voter, . Ah ! le bulletin de vote, toujours et encore.

    Les intérêts de la classe ouvrière ne sont représentés par personne dans ce lamentable concert de politiciens bourgeois à la petite semaine.

    La France est un Etat capitaliste démocratique, avec une constitution, un parlement, un sénat, des institutions représentatives et tout et tout. Malgré cela (ou plutôt grâce aussi à cela), la meilleure des démocraties n'est rien de moins qu'une dictature du capital sur la classe ouvrière. Quels que soient les résultats électoraux, le lendemain comme toujours, les prolétaires devront aller à l'usine, au bureau ou sur le chantier vendre leur force de travail aux patrons. Parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de vivre pour les travailleurs dans la société dominée par le sacro-saint capital. Et là, que ce soit un gouvernement de gauche, de droite, avec toutes les variantes possibles, il n'y a plus de démocratie qui tienne : ce sont les patrons qui commandent. C'est la loi du profit maximal, obtenu coûte que coûte, qui domine. Et silence messieurs les 'politiques'.

    L'Etat met ses structures, ses administrations, sa justice, son armée, et tous les moyens sophistiqués d'encadrement des populations au service d'une classe et d'une seule : la bourgeoisie. Cette classe soumet de gré ou de force toute la société à sa nécessité d'extorquer de plus en plus de profits. Les élections et toutes les illusions qui vont avec présentent un intérêt certain pour les classes possédantes : tant que les prolétaires se passionnent pour ces trucs là, ils ne remettent pas en cause les fondements de l'exploitation capitaliste. Tant que la réflexion restent embourbée dans les marais de la « citoyenneté » et autres fadaises du même acabit, c'est la conscience politique autonome de la classe ouvrière qui se met aux abonnés absents.

    La force des travailleurs, celle dont ils peuvent se servir pour améliorer leur quotidien et révolutionner la société, c'est leur place dans la production, et rien d'autre. Que les travailleurs des transports arrêtent le boulot, et tout s'arrête. Que les ouvriers croisent les bras, et il n'y a plus de production. Que les techniciens, les informaticiens, les gaziers ou les électriciens, etc. (tous sont des prolétaires) cessent le travail, et toute la machine économique du capital est bloquée. Et qu'est-ce que le vote peut changer à cela ? RIEN !

    Seule la classe des travailleurs est plus forte et puissante que la bourgeoisie et ses alliés. Mais elle ne peut devenir l'élément de transformation de la société QUE si elle a conscience de sa force en tant que classe. D'où les efforts passionnés de tous nos adversaires pour inculquer le crétinisme électoral dans les têtes des prolétaires. Ces messieurs veulent reléguer le prolétaire au rang de 'citoyen' parmi d'autres. « Un vote, une voix », qu'ils professent. C'est vrai ; dans l'urne, la voix d'un maçon ne vaut pas plus que celle d'un proxénète ; celle de l'employée ne vaut pas plus que celle d'un militaire ; celle d'un ouvrier que celle d'un gangster, ou de son patron.. Ils veulent transformer ceux qui ont vocation à devenir une classe de travailleurs conscients de leurs intérêts exclusifs en une masse d'individus, mélangés aux autres classes, qui se contenteraient d'élire ceux qui pendant cinq ans, de droite ou de gauche, vont les fouler aux pieds.

    Travailleur, jamais rien ne changera pour toi par le biais des élections. Ceux qui veulent te faire croire cela, y compris ceux qui ne dénoncent pas clairement l'imposture électorale, défendent les intérêts du capital. Voter ne sert à rien ; s'abstenir non plus. Il te faut au contraire prendre conscience que la seule solution réaliste pour les ouvriers consiste à détruire l'Etat, ses institutions, ses partis, sa police, son armée, sa justice et toutes ses administrations.


    Le 1er mai 2002.
    MOUVEMENT COMMUNISTE


    Le 6 mai, qu'est-ce qu'on fait...

    Groupe Michel Bakounine
    Fédération Anarchiste
    BP 3, 17350 Port d'Envaux
    téléphone 05.46.76.73.10
    télécopie 05.46.76.82.60


    Le 5 mai, nous avons écrasé Le Pen, dans les urnes...

    Bien, mais...

    le 6 mai, qu'est-ce qu'on fait pour transformer l'essai ?

    La France est la 4ème puissance économique mondiale et pourtant...

    Des milliers de personnes dorment dans les rues, des millions de repas sont distribués par les restos du coeur. Près de la moitié des
    salariés gagnent moins de 1000 euros par mois pendant que les boursicoteurs se partagent les bénéfices. Le PDG de Total-Fina-Elf est en liberté, mais la gauche met en prison les "fraudeurs" du métro (6 mois de prison et 7500 euros d'amende pour 10 trajets impayés). José Bové ira en taule mais Chirac trône à l'Elysée. Des écoles, des bureaux de poste ferment, des hôpitaux sont débordés mais droite et gauche continuent de casser et de privatiser les services publics. Les sans papiers sont dans des camps (de rétention) ouverts par la droite et agrandis par la gauche...

    20 ans de mépris et de régression sociale pour nous...

    20 ans de fric et d'arrogance pour la poignée qui gouverne l'Etat et qui dirige les entreprises...

    Le Pen récolte ce que Chirac, Mitterrand, Juppé et Jospin ont semé !

    20 ans de gouvernements gauche-droite ont provoqué la lepénisation des votes... mais surtout des esprits !
     

    Réalistes ou utopistes...

    L'utopie aujourd'hui, c'est de croire que les professionels de la politique pourront demain changer la vie, supprimer la misère et l'injustice en continuant ce qu'ils font depuis toujours...

    Etre réaliste aujourd'hui, c'est éviter de refaire les mêmes conneries. C'est affirmer la primauté de l'individu et de la solidarité sur les machines à faire du fric et à décerveler !

    Etre réaliste aujourd'hui, c'est agir contre le racisme en se battant pour l'égalité sociale dans nos quartiers, nos lycées, nos facs, nosentreprises... tous les jours !

    C'est inverser les prises de décision concernant nos vies ! C'est arrêter de déléguer notre pouvoir de choisir et d'agir... C'est prendre nos responsabilités pour que plus personne ne pense, n'agisse et ne décide à notre place !

    La révolte contre Le Pen doit maintenant s'attaquer aux racines du mal : le capitalisme qui génère les inégalités, l'injustice, le chômage et l'insécurité sociale.

    C'est tous les jours qu'il faut combattre Le Pen et ses idées... pas seulement tous les cinq ans dans l'isoloir.

    Défendre la liberté dans la rue, c'est empêcher les racistes de prendre ouvertement la parole avec leur discours de haine...

    C'est dire que ce sont l'Etat et la bourse qui créent le chômage... pas les immigrés !

    C'est développer des services publics gratuits pour tous les usagers.

    Etre réaliste aujourd'hui, c'est partager égalitairement les richesses que NOUS produisons et ne pas accepter de survivre dans la précarité et l'insécurité sociale.

    C'est nous ré-approprier la vie de nos quartiers. C'est nous qui y vivons, c'est à nous de décider ce qui doit s'y faire !

    Aujourd'hui, " liberté, égalité, fraternité " n'est qu'une formule creuse... elle doit devenir une réalité sociale !

    C'est un combat quotidien et personne ne le mènera à notre place !

    Libertaires, Egalitaires, Fraternitaires... pour la liberté et l'égalité sociale !

    Groupe Michel Bakounine
    Fédération Anarchiste
    La défaite de Le Pen est aussi notre victoire

    Jean Gilbert 05 Mai 2002


    Arrivés au soir du 2eme tour de l'élection présidentielle, et compte tenu de l'ampleur et de l'âpreté du débat, qui a secoué les rangs des libertaires, il nous semble bon de tirer quelques conclusions provisoires.

    Statistiques d'abord :

    Le Pen prend une gifle magistrale, mais pourtant il fait quasiment le plein des voix portées sur les deux candidats de l'extrême droite au premier tour. 5,4 millions de voix. Il ne recule pas vraiment, mais ne peut plus guère espérer progresser.
    Le recul de l'abstention (-8points), et la relative faible augmentation des blancs et nuls (4% soit +2points), montrent qu'il y a une très forte mobilisation contre lui. L'augmentation des votes blancs et nuls représente à peine le tiers des voix de Laguiller.

    Ces résultats montrent que le réflexe anti-fasciste a entouré le vote Le Pen d'une ceinture de sécurité. Il sera plus facile pour nous de dénoncer les compromissions électorales de la droite avec l'extrême droite, comme celle de Jacques Blanc avec le FN au conseil régional du Languedoc.

    Sociétales ensuite :

    La mobilisation anti-Le Pen, qu'elle que soit la difficulté de son corollaire (appeler à voter Chirac), a été constante, non récupérée, multiforme, joyeuse, spontanée, inventive, éthique, porteuse de germes de réflexion et d'engagement social et politique. Qu'est-ce qu'un libertaire peut demander de plus à une mobilisation aussi large de nos jours ? Qu'elle perdure dans les têtes et dans les cŌurs sans être manipulée et récupérée par les méchants loups de la politique. Il y eut une génération 68 ou 81 ou 95, il y aura peut-être une génération de Mai 2002. Il faut l'espérer parce que la démonstration est faite, que mieux que les luttes honorables de Ras-le-Front ou de No Pasaran, cette mobilisation est apte à endiguer le Front National. Que cette capacité vienne d'un mouvement populaire et non d'organisations militantes est profondément libertaire. Même si ces organisations ont joué un rôle de décryptage et de préparation du terrain.

    Politiques aussi :

    La claque au facho, ne sert pas l'escroc. Certes il est élu. Mais avec un score de dictateur de république bananière, il est toujours aussi affaibli et cela ne peut que se rajouter aux diverses casseroles qu'il porte déjà. Mais ce score qui transforme son élection en référendum anti-Le Pen va freiner la lepénisation des politiques de droite et de gauche qui aurait eu lieu avec un FN à 48%. Les politiques vont peut-être comprendre qu'ils ne peuvent pas facilement prendre des électeurs au facho, mais qu'ils peuvent en faire se lever contre le fascisme.
    Le vote utilitariste contre Le Pen montre à quel point une élection n'est plus l'envoi dans une assemblée d'un représentant, mais peut-être aussi le barrage à la politique d'un ennemi. Dans leurs débats, les libertaires devront prendre en compte cette dimension.

    Propres au Monde libertaire enfin :

    Pour une fois le débat s'est ouvert, partout dans le monde libertaire, sauf peut-être dans le journal éponyme, et dans quelques autres organes partidaires des anarchistes. Mais toutes les organisations libertaires, tous les milieux libertaires, toute la mouvance libertaire, a résonnée de la parole libre retrouvée. Pour l'avancée de nos idées, nous ne serons jamais assez reconnaissants à tous ceux qui ont sincèrement débattu, quelles que soient leurs positions. Le simple fait d'échanger des arguments divergents sur un sujet qui était un dogme a montré une nouvelle ligne de partage et de rassemblement dans le monde libertaire.

    - Il y a ceux qui, comme au Parti Communiste, comme à Lutte Ouvrière, et osons le dire comme au Front National, ne savent qu'échanger des tracts et des communiqués et veiller à la pureté de la ligne. Et ceux la sont la vieille garde, appelés à disparaître dans les méandres de l'histoire ou à moisir dans la poussière de leurs musées-prisons où ils prétendent " témoigner pour les générations futures ". Et ceux là nous devons peu à peu les isoler, les contourner, puis les oublier, si nous voulons avoir un mouvement riche, jeune, vivant, novateur et profondément libertaire.

    - Et il y a ceux qui, quels que soient leurs points de vue sur tel ou tel sujet, sont prêt à en débattre librement, à une confrontationargumentée, avec l'esprit libre qui nous caractérise. Prêts à être interpellés par les mouvements qui agitent la société sans vouloir yrépondre par la première ânerie lue dans un " reader digest ". Prêts à retrouver leur virginité intellectuelle. Prêts aussi au respect des idées différentes, à comprendre que le premier des respects que l'on doit à l'autre est de l'écouter et de chercher à le comprendre. Prêt à voir que les points communs aux libertaires sont plus importants que les différences d'appareils et les interprétations de la parole divine de nos penseurs. Sur ce mouvement de débat, ouvert maintenant à l'échelle de toute la mouvance et de tout le mouvement libertaire, si nous savons l'entretenir, nous pouvons construire les fondations d'un nouveau mouvement libertaire, multiforme, incorporé profondément dans les esprits d'une part importante de la population. Cela nécessitera que nous fassions tomber d'autres tabous. Mais est-il plus libertaire que nous ayons raison par la puissance de nos armes ou par la force de nos convictions?

    Osons l'anarchisme, tout de suite, tout simplement !

    Jean Gilbert 05 Mai 2002
    Pour en finir avec les élections
    Il est navrant de constater comment notre système politique se résume  à un simple jeu de société entre les différents partis dans lequel le vote de la population ne sert que de dé qui indique à chacun de  combien de cases il avance ou recule (ou combien de  ministères,députés ou sénateurs il est en droit de demander).  Aussi, il est grand temps de tourner la page des évenements  électoraux pour se consacrer enfin aux vrais problèmes, en espérant  qu'on ne nous emmerde pas trop pendant les législatives.  Ceci dit, la tournure trés particulière des élections présidentielles  mérite peut-être un dernier bilan avant qu'on ne les range  définitivement dans les archives de la démagogie électorale.

    Le 5 mai, à 20h, on a vu une bonne partie de la population française  se réjouir de l'éccrasante victoire de Jacques Chirac comme si l'on avait échappé au péril FN. Or, outre le fait que cette victoire était  prévisible depuis longtemps, je ne vois vraiment pas à quoi nous avons échappé.

    A t-on échappé au racisme?
    Pas vraiment, puisque notre "nouveau" président est tout de même  l'auteur de la phrase suivante: "Il ne devrait pas y avoir de problème de chômage en France, puisqu'il y a 1 000 000 chômeurs et 1 800 000 travailleurs immigrés" (Chirac 1976)  Par la suite, sa politique d'immigration n'a fait qu'illustrer cette  déclaration qui n'a rien d'une simple erreur de jeunesse : il a  cautionné les lois Pasqua-Debré, il ferme les yeux sur les lois et  circulaires Chevénement et la double peine instaurées par la gauche  et se déclare clairement contre la régularisation de tous les sans-papiers.

    A t-on échappé au tout-sécuritaire?
    Sûrement pas! Chirac va même jusqu'a dire " la liberté, c'est avant  tout la sécurité". Or, comme on sait que "sécurité" signifie dans sa bouche "flicage", "vidéo-surveillance", "tolérance zéro" ou "police de proximité", on ne peut pas être trés optimiste quant-à l'avenir de notre liberté réelle ou de la vie des quartiers populaires: au mal-être des populations exclues, exploitées et négligées il n'apporte comme solution que le super-flic qui les empéchera d'étendre leur  révolte aux "quartiers honnêtes".

    A t-on échappé à l'anti-social?
    Visiblement non, puisqu'aprés avoir gouverné contre les travailleurs Chirac ne semble pas envisager de changement de cap. "La fraternité, c'est les retraites" dit-il, et il a raison: la fraternité, c'est les retraites mais c'est aussi les bas salaires, les chômeurs, les précaires, les SDF, les sans-papiers... Et pour eux, que compte faire notre gouvernement? Rien, comme d'habitude !

    Tout cela m'empêche de voir dans le résultat de Chirac le moindre soupçon de victoire sur les idées réactionnaires mais juste une  défaite moins directe.
    D'ailleurs, le FN n'a pas dégressé entre les deux tours, bien au  contraire...
    Nous avions alors approximativement les scores suivants:  40% de non-votants, 11,5% de fachos (FN+MNR) et 48,5% d'autres votants.
    Aujourd'hui, les scores sont à peu près: 25% de non-votants, 19,5% de fachos et 61,5% de votes "Chirac".

    On ne peut donc pas parler de recul du front national, qui a gagné des centaines de milliers de voix entre les deux tours et qui voit son nombre de militants exploser ces temps ci, mais bel et bien d'un "sursaut républicain", c'est à dire d'un plébiscite du régime actuel, orchestré à la fois par la classe politique et les médias.

    Car, en invoquant une menace fantôme ( qui a vraiment cru au péril fasciste?),la république a tenté de montrer qu'elle restait la seule aile protectrice sous laquelle se réfugier devant la menace. On a vu des foules d'individus généralement indifférents au sentiment nationaliste tenir les emblèmes tricolores ou chanter la Marseillaise en opposition au front national. Or, être "fier d'être français", ça sent le déjà vu... Et, sans aller jusqu'à ces extrémités du chauvinisme, tous les appels aux urnes que l'on a pu voir ne sont-ils pas des appels à la citoyenneté, c'est à dire aujourd'hui au sentiment patriotique et à la caution du système?

    Notre régime archaïque d'état-nation souverain, délaissé par sa population et dépassé par les mécanismes du capital avait besoin d'un plébiscite pour maintenir sa légitimité: il semble malheureusement l'avoir obtenu. Car on n'a beau dire que l'on a voté "contre Le Pen" et non "pour Chirac", il n'en reste pas moins vrai qu'on a voté pour les institutions puisqu'on s'est battu sur leur propre terrain: on ne peut pas à la fois combattre la pseudo-démocratie bureaucratique telle qu'elle est organisée aujourd'hui et se tourner vers elle lorsqu'on se sent menacé.

    Ainsi, sous couvert d'échapper à l'état totalitaire qu'aurait pu instaurer le FN, nous nous sommes manifestés en masse en faveur de l'état républicain, comme s'il n'y avait pas d'autre manière, pour exprimer nos idées, que de choisir tel ou tel courant de l'idéologie dominante. Pourtant, nous en avons marre de cautionner un système qui nous ignore. Nous pensons qu'il existe d'autres formes de démocratie que de choisir sur catalogue le candidat qui dit le moins de conneries et que ce n'est pas pour rien que la répartition géographique des forts taux d'abstention correspond à la répartition du chômage ou de la précarité. Nous savons que nous n'avons rien à espérer de la classe politique et les mois à venir seront là pour montrer que tout ce que nous avons à gagner ne viendra pas du haut mais sera arraché dans la lutte.

    On a viré Jospin, on a viré Le Pen, maintenant virons Chirac et tous les autres!

    Baptiste. 
    ON PREND LES MEMES ET ON RECOMMENCE ?

    Tract distribué à Nantes le 5 mai au soir
    Des libertaires
    Pour tous renseignements écrire à Cité BP 131 44403 REZE Cedex


    La présence de Le Pen au second tour de l'élection présidentielle n'a manifestement pas provoqué le " séisme " annoncé au sein de la classe politique française.

    Les responsables politiques se sont illustrés ces deux dernières semaines par leur incapacité à se remettre en question autrement qu'en appelant au " front républicain ". Or, qu'est ce que ce " front républicain ", sinon une tentative désespérée des différents partis politiques pour sauver un système qui vient pourtant de prouver ses limites. Il suffit pour s'en convaincre, de jeter un coup d'Ōil sur le " taux d'abstention record " (28% des électeurs ne sont pas allés voter) et le nombre conséquent de bulletins blancs et nuls enregistrés lors du premier tour de l'élection présidentielle. Faut-il vraiment s'en étonner, quand on sait que depuis plusieurs années les seules réponses apportées, par les partis au pouvoir, aux victimes des inégalités sociales criantes (les hommes et femmes sans papiers, les chômeurs-[euses] sans indemnité, les 18-25 ans sans minima sociaux…) sont des mesures de plus en plus répressives (internements et
    expulsions des sans papiers, imposition du PARE, projet de loi d'ouverture de " centres de détention fermés pour mineurs ", répliques des anciennes maisons de correction.) En utilisant ces inégalités pour créer un sentiment d'insécurité, les partis qui se sont succédés au pouvoir ont poussé Le Pen au second tour, ce qui leur permet maintenant de justifier leur politique " ultra " sécuritaire.

    Que va-t-il se passer au lendemain du second tour ?

    Le jeu électoraliste d'alliances - officieuses ou officielles - est déjà en train de se remettre en place. Chaque parti tente aujourd'hui de rassembler ces forces pour pouvoir peser demain lors des élections législatives. Pendant que la droite " républicaine " confirme le virage à l'extrême droite amorcé depuis quelques années déjà (faut-il rappeler que des candidats de droite n'ont pas hésité à passer des alliances avec le FN au second tour des élections législatives de 1997 entre autre…) le PS amorce un " virage à gauche " opportuniste et tente de se refaire une virginité en s'affichant aux cotés des anti-fascistes.

    Nous devons nous prendre en main pour lutter contre les idées de Le Pen et tous ceux qui s'en servent.

    La peur, que nous sommes nombreux-[ses] à avoir ressenti au lendemain du premier tour, nous prouve que nous devrons toujours lutter pour affirmer nos droits. " Le Pen et ses idées " occupent aujourd'hui une place centrale dans la vie politique française, or la preuve est maintenant faite que le vote ne suffit pas à les combattre.

    C'est pourquoi des collectifs et structures existent déjà qui luttent pour la régularisation des hommes et femmes sans papiers,l'augmentation des minima sociaux, la gratuité des transports, contre le patriarcat, le fascisme…

    CONTINUONS LA LUTTE !

    Des libertaires
    Qui sème la misère, récolte le fascisme !

    Tract groupe Durruti (Lyon)
    de la Fédération anarchiste


    Les élections présidentielles qui viennent de s'achever illustrent avec force l'impasse de la " démocratie  représentative ». A en croire le discours dominant, il nous serait interdit de nous abstenir et nous serions condamnÉs au vote utile. Quelle ironie  alors qu'on nous dit que la liberté de choix est la valeur de base  de la république... Nous, anarchistes, refusons un systême politique qui ne nous laisse que le droit de choisir nos maîtres. A l'opposé de cette logique, nous proposons la démocratie directe, forme aboutie de la démocratie, et le fédéralisme libertaire : orientations politiques choisies collectivement par la base, mandatement impératif des " élus " dont la seule charge serait de coordonner l'application de ces orientations, révocabilité des mandatés en cas de non-respect de celles-ci. Ce systême est applicable à  toutes les Échelles et comme nous savons que le pouvoir politique est tributaire du pouvoir économique et social, il est
    indispensable pour arriver à  cette réelle démocratie (la réelle Égalité politique) de construire l'égalité économique et sociale.

    C'est contre toutes les expressions du fascisme et des rapports de domination que nous luttons

    Les manifestations qui ont eut lieu ces derniers jours,  marquent une saine réaction contre l'extrême droite : Pour autant, il nous semble que l'on ne peut se contenter d'une simple contestation anti-FN. C'est contre l'ensemble des idées fascistes et racistes, diffusées dans la société et dans la classe politique bien au-delà  de l'extrême droite ( délire sécuritaire, répression contre les sans papiers, racisme institutionnel et banal, double peine, violences policière) que nous devons lutter. C'est contre tous les rapports de dominations (sexistes, homophobes, lesbophobes, racistes et de classe...) que nous devons nous battre. C'est dans cet esprit que nous sommes descendus dans la rue car plus que combattre les symptômes de la maladie c'est aux causes qu'il faut s'attaquer sous peine de ne reculer que pour mieux sauter.

    La société capitaliste et de domination produit un état de misère sociale, terreau de choix pour l'extrême droite qui se pose en seule alternative alors qu'il n'en est rien ( Le Pen, multi-millionaire, en sait quelque chose).  L'extrême droite dévie la révolte sociale vers des boucs émissaires, ce qui évite de remettre en cause le systême politique, économique et social actuel, à  la grande satisfaction de l'ordre dominant.

    Préparons la lutte contre Chirac et sa politique réactionnaire

    Chirac, quant à  lui n'a jamais été et ne sera jamais un rempart contre le fascisme : ses propos racistes et nauséabonds sur le " bruit et l'odeur ", sa responsabilité dans le génocide rwandais, ses autres actes politiques en tant que gouvernant, son programme politique et la campagne qu'il a menée ont contribué à  banaliser les thêmes de l'extrême droite, donc à leur donner une légitimité. Le " tout sécuritaire " ultra répressif, les politiques antisociales ( projet de suppression de la retraite par répartition, des acquis sociaux, précarisation,  plus de liberté pour le capitalisme) qu'il a mené et qu'il a promis de durcir ont constitué et constitueront un terreau de choix pour le développement des idées et pratiques fascistes, racistes, et réactionnaires, en même temps qu'elles en constituent une forme d'application partielle.

    La  donne politique future peut être de trois natures différentes :

    — Une nouvelle cohabitation : or la gauche a déjà  montré dans les actes qu'une fois dans les arênes du pouvoir, elle menait une politique pro-capitaliste, antisociale ( PARE, introduction de la flexibilité sous couvert de réduction du temps de travail, précarisation du public comme du privé, privatisations plus même que sous la droite, casse des services publics, quasi-gel des minimas sociaux) anti-immigration (non-régularisation, maintient de la double peine) et répressive ( augmentation des crédits à  la police, participation au discours démagogique sécuritaire, répression des mouvements sociaux : affichage libre et pompiers sur Lyon, hospitaliers, enseignant sur l'ensemble de la France. C'est 20 ans de cette politique, associée à  celle de la droite, qui a conduit à la montée du fascisme dont la situation actuelle est l'expression.

    — Un front républicain avec la disparition des clivages droite/gauche qui renforcerait une politique basé sur un consensus  capitaliste qui continuerait à  casser les acquits sociaux, à  créer la misère sociale et à  installer le " tout  répressif " dans le but de prévenir de futures révoltes, reprenant et banalisant une nouvelle fois des idées d'extrême droite. Et dans 5 ans les déçus de cette coalition grossiront le nombre des électeurs du F.N, de Mégret, bref de tous les fascistes démagogues.

    — Un gouvernement à l'italienne droite/extrême droite qui aura la majorité à  l'Assemblée. Chirac invitant Millon, Blanc et Soisson entre les 2 tours (3 anciens élus ayant passé des accords avec le FN), ceux-là  même que Chirac avait dénoncés à  l'époque des élections régionales. Comme l'a  dit Million à  l'occasion du meeting lyonnais chiraquien : " Aux législatives, des dizaines et des dizaines de députés seront Élus grace aux voix du FN ".  Alors, ne comptons pas sur Chirac et le RPR pour nous protéger du fascisme.Et refusons cette doite qui devient de plus en plus extreme, prête à  s'allier avec les fachos pour prendre la majorité et nous gouverner

    Préparons dès maintenant dans tous les cas de figure, la grève générale et développons le mouvement social !

    Reste que pour  combattre efficacement le fascisme et tous les rapports de domination, il faut se débarrasser de leur terreau, la misère, en développant un mouvement social anti-capitaliste et anti-autoritaire autonome donc loin de toutes récupérationspoliticiennes, en fédérant les luttes, en investissant la rue, en pratiquant l'action directe et l'autogestion afin de construire l'Égalité économique, sociale et la démocratie directe.


    Demain, nous combattrons Chirac pour faire reculer Le Pen

    Secrétariat National d'Alternative libertaire


    La défaite de Le Pen ne peut que nous réjouir. Elle fait suite aux formidables mobilisations de rues de ces derniers jours, impulsées notamment par la jeunesse. Ces mobilisations étaient loin d'être l'expression d'un quelconque "front républicain" amené à durer, mais simplement l'affirmation du rejet du fascisme. C'est par défaut que le président a été réélu, sans aucune adhésion à son projet. Il ne devra donc attendre aucun état de grâce. Les résultats montrent une consolidation des votes en faveur de l'extrême droite, ce qui doit inciter à rester vigilant(e)s contre la peste brune y compris en dehors des périodes électorales.

    Le taux encore élevé des abstentionnistes ainsi que le nombre important de bulletins blancs ou nuls montrent que nombreux(ses) sont ceux/celles qui, bien que viscéralement opposé(e)s aux thèses de l'extrême droite, n'ont pu se résoudre à voter pour l'homme "du bruit et l'odeur", considérant qu'on ne combat pas l'extrême droite en votant pour un escroc. Et parmi ceux/celles qui se sont, difficilement, résolu(e)s à voter contre le Front national, nombreux/ses sont ceux/celles qui sont bien décidé(e)s à faire payer durement ce vote au candidat officiel du Medef.

    L'extrême droite a subi une défaite ce soir, mais tout n'est pas réglé. La solution ne passera pas par une éventuelle "nouvelle république" sans contenu, dans laquelle se reconnaîtraient le Medef et les partis gestionnaires du capitalisme. A la vacuité d'un tel projet, nous répondons que l'urgence est à une transformation radicale de la société. Il faut opposer à la droite corrompue et aux fascistes un programme d'urgence sociale sans concession. Cela ne se fera pas à l'initiative des partis de la gauche plurielle qui portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle. Cela se fera au quotidien, dans nos entreprises, nos universités, nos quartiers. Il est plus que temps que les forces du mouvement social, de la "gauche de la rue" se rassemblent dans un front commun radical : syndicats, comités de chômeurs, associations de défense des droits sociaux, collectifs de citoyens.

    Ensemble, parce que ce n'est pas par les bons sentiments "civiques" que nous ferons reculer l'extrême droite, mais en nous battant sur le terrain de la justice et de la  solidarité.

    Paris, le 5 mai 2002
    Secrétarait National d'Alternative libertaire

    VOUS VOUS FOUTEZ DE NOTRE GUEULE,
    VOUS NE VOUS EN FOUTREZ PAS LONGTEMPS !

    Des amis d'Yves Peirat*


    Ainsi, 20 ans de mitterrandisme s'achèvent par cette glorieuse perspective électorale : élire un truand qui s'est auto-amnistié pour empêcher un démagogue fasciste d'arriver au pouvoir !!! Quel dépit, n'est-ce pas ?! nous aurions pu avoir pour premier ministre Fabius, l'homme aux mains pleines de sang contaminé, et nous n'aurons que Gaudin-la-nouille !

    Nous sommes de ceux qui n'ont pas voté, et ne voteront pas. Nous revendiquons la démocratie directe, là où nous vivons, jour après jour :cela ne nous rapporte pas un rond, mais pas mal d'emmerdes. Nous n'avons aucune envie d'abandonner notre pouvoir à quelques professionnels incontrôlables, qui finissent invariablement par faire les larbins empressés du capitalisme. Pour nous, les élections ne constituent qu'un pseudo-événement de plus, comme le Mondial ou le Paris-Dakar.

    Que certains aient envie de voter pour faire barrage au F.N, c'est un choix que nous pouvons comprendre. Mais depuis trois jours, il est impossible de débattre publiquement des raisons de ce désastre, avec l'argument de l'urgence. Ce n'est pourtant pas d'aujourd'hui que l'extrême-droite fait un tabac dans l'hexagone ! Avec ça, tous les partis, socialos en tête, pleins de bonne conscience, s'offrent une virginité et nous font le chantage à l'extrême-droite. Il paraît que c'est notre faute !

    Ce n'est pourtant pas nous qui avons mené une politique de merde pendant vingt ans, qui a éc|uré tant de gens et qui a abouti à la désintégration de tout le monde ouvrier et à une ségrégation sociale, ethnique et urbaine sans précédent. Ce n'est pas nous qui avons constamment et froidement dupé les électeurs (quand on pense que Mitterrand avait été élu en 1981 sur le slogan de "Changer la vie" !) Nous avons passé ces vingt dernières années à nous battre contre les conséquences de ces choix politiques là où nous vivons, dans des associations de quartier, des collectifs de chômeurs, de sans-papiers etc. Que cette gauche bien-pensante ne vienne pas nous faire la morale. C'est elle qui a fait le lit du F.N.

    Qui a signé les accords du PARE qui livrent les chômeurs pieds et poings liés aux exigences des patrons ? un ministre du travail socialo. Qui a signé le décret autorisant l'entrée des OGM sur le territoire français ? un ministre de l'Environnement écolo. Qui a repris le vieux discours sécuritaire ? Le candidat Jospin. Après ça, on voudrait encore que le brave bétail accomplisse sagement son devoir électoral. Mais de qui se moque-t-on ?

    POLITICIENS DE MERDE, VOUS NOUS FAITES   V O M I R ! ! !

    Des amis d'Yves Peirat

    *Yves est en prison depuis plus de deux ans pour avoir fait sauter des locaux du F.N. à Marseille. II a pris cinq ans pour ça. Si vous voulez faire quelque chose d'utile contre les fachos, écrivez-lui ou envoyez-lui de quoi cantiner.
    Yves Peirat, n° écrou 5591 C, Bat A 1er étage cellule 151,
    Centrede Détention de Salon-de-Provence,
    13300, BP 369.


    DÉCLARATION POLITIQUE D'ALTERNATIVE LIBERTAIRE

    Coordination nationale


    Un immense élan de mobilisation s’est exprimé en avril 2002. Il existe dans le pays une grande soif de perspective et d’engagement, et la volonté d’imposer au gouvernement et à la majorité issus des prochaines législatives, qu’ils soient de gauche ou de droite, un “troisième tour social”. Toutes celles et ceux qui partagent la perspective d’une transformation radicale de la société, et notamment les libertaires, doivent tirer très vite les leçons des événements récents, dégager ce qui se joue derrière ces événements, et proposer des axes d’élaboration et d’action adaptés aux enjeux du moment, à ses dangers, mais aussi à ses promesses.

    1. Une profonde crise de représentatitivité

    Les présidentielles d’avril 2002, avec la montée de l’extrême droite, ont permis de mettre en lumière une profonde crise de société. Au premier tour, le score sans précédent de l’abstention, des votes nuls et blancs, et des votes protestataires, ont été les signes manifestes de cette crise. Crise dont il importe de mettre en lumière les aspects essentiels et les causes profondes. Premier aspect : il s’agit d’une crise de représentativité. Crise des appareils politiques institutionnels, crise de la forme et du modèle du Parti. Et plus profondément, crise de légitimité des institutions dites “démocratiques” et “représentatives”, qu’un nombre de plus en plus important de citoyens jugent ne pas les représenter, et ne pas permettre leur participation démocratique à la vie de la Cité. Crise également de l’État, contesté d’un côté par les exigences à plus de démocratie et plus de liberté, et de l’autre côté malmené par la poussée libérale et la mondialisation capitaliste.

    Les libertaires trouvent dans cette crise une éclatante confirmation de leurs critiques des institutions étatiques et parlementaires. Mais la situation exige d’eux autre chose qu’une simple critique négative. Elle appelle des propositions stratégiques immédiatement concrétisables, et le Projet d’une société nouvelle, inspiré par les aspirations libertaires et autogestionnaires.

    2. Le retour d’un refoulé : la lutte des classes, l’existence du prolétariat.

    L’un des moteurs essentiels de cette crise est la contradiction entre l’existence dans la société de conflits de classes aigus mais masqués, et l’absence ou la faiblesse de la représentation, de l’expression des couches les plus exploitées et dominées de la population. L’effondrement du Parti Communiste, la transformation de la social-démocratie en social-libéralisme, l’alliance proposée par le PS entre couches moyennes et Capital, la gestion zélée du capitalisme du PC et du PS de concert avec les Verts, ont entraîné un recul de la représentation institutionnelle des couches populaires, que l’ersatz proposé par Lutte Ouvrière ne saurait compenser. La représentation
    symbolique du Prolétariat dans l’imaginaire social a également été soumise à un feu idéologique permanent depuis des décennies. La dévalorisation, la dépréciation symbolique du Travail ouvrier s’est accompagnée d’une dépréciation des ouvriers et des employés eux-mêmes. Enfin le mouvement syndical et social n’a pas encore réussi à s’affirmer comme une force autonome, porteuse d’un espoir manifeste, partagé par de larges pans de la société. L’extrême droite progresse parce qu’il n’y a pas aujourd’hui de Projet de transformation de la société porté à une large échelle, et parce que le mouvement social et syndical est en crise, avec une lourde responsabilité des bureaucraties des grandes organisations syndicales qui ont, entre autres, et durant des décennies, négligé et même souvent méprisé les revendications des précaires et des chômeurs.

    Pourtant, les ouvriers existent toujours, et plus largement on peut parler d’un Prolétariat moderne englobant ouvriers, employés, chômeurs, salariés précaires, couches moyennes salariés et prolétarisées. C’est finalement la majorité de la population... qui se trouve sans expression satisfaisante dans la société contemporaine ! Et le conflit des classes, lui, continue, d’une part sous la forme des résistances de certaines couches de salariés et de “sans”, mais surtout, hélas, sous la forme de l’offensive constante de la classe adverse, celle du Capital, classe que le MEDEF en France mais aussi les institutions de l’Union européenne ont doté d’un projet de société. Apparaître, être actifs parmi les travailleurs et les travailleuses, être porteurs d’un projet où ceux-ci retrouvent un rôle moteur : les libertaires, porteurs de l’héritage d’un courant historique du mouvement ouvrier, ont une responsabilité particulière à assumer dans une reconquête du politique par le Prolétariat moderne.

    3. L’écrasante responsabilité du PS, du PC et des Verts

    C’est peu dire que la responsabilité de la crise actuelle et de l’ascension de l’extrême droite repose d’abord sur la gestion du gouvernement PS-PC-Verts. Voici venu le temps du bilan pour cette gauche gestionnaire qui n’a ni su, ni pu, ni voulu s’en prendre aux injustices et aux inégalités sociales, et qui a progressivement repris à son compte, à peine amendée, la doxa libérale. Le ralliement de cette gauche de gestion aux thèses “sécuritaires” ces dernières années à confirmé cette inexorable perte de sens. Pendant des années elle a participé à une répartition de plus en plus inégalitaire des richesses, à une montée de la misère et de la précarité, à une dégradation des services publics et des prestations sociales, c’est à dire à une montée de l’insécurité sociale. Cette insécurité sociale ne pouvait que provoquer une dégradation des conditions de vie et des relations sociales, notamment dans les quartier les plus défavorisés. Pourtant le gouvernement de gauche, emboîtant le pas à la droite, a choisi de s’en prendre aux symptômes mais non aux causes. Il a choisi la politique de la distribution des coups de matraque, plutôt que celle de la redistribution des richesses, contribuant à désigner une partie de la population, et notamment sa jeunesse, comme de nouveaux boucs émissaires.

    Depuis de nombreuses années, et notamment depuis la signature du Programme commun qui préparait la montée de la gauche au gouvernement en 1981, notre courant n’a eu de cesse d’opposer à la logique de la gauche de gestion celle de la gauche sociale, à la stratégie social-démocrate des “changements” opérés depuis la tête de l’État, celle des Contre-pouvoirs imposant de vrais changements par les luttes menées dans tous les lieux de vie et de travail. Dans ce combat, des tâches nouvelles sont devant nous. Nous devons réactualiser la stratégie des Contre-pouvoirs, et trouver des points d’appui tangibles pour que les propositions des libertaires, et plus largement les exigences dont les mouvements sociaux sont porteurs soient enfin concrétisés.

    4. Les libertaires face aux Présidentielles d’avril 2002

    Avant le premier tour des Présidentielles, nous avons mené campagne pour l’abstention, et nous récusons toute culpabilisation à ce sujet. Nous défendons la pluralité d’expression, et refusons ce qui s’avance masqué derrière le “Front républicain” : un totalitarisme qui condamnerait, au nom du vote “utile”, toutes les expressions critiques, l’abstention, le vote nul ou blanc, les candidatures d’extrême gauche. Aussi nous revendiquons sans honte notre participation active à la déroute de la gauche institutionnelle lors du premier tour des législatives, par une campagne nationale d’Alternative libertaire en faveur d’une abstention politique;  par la participation à plusieurs campagnes locales et régionales telle que la campagne “abstention; pour un troisième tour social” de la Région Centre; et enfin par la campagne “çA SUFFIT !”, alliant l’abstention et le vote nul, campagne qui associait l’AL, le Collectif “A Contre Courant” et des animateurs de Droits Devant!!

    Mais il était évident que nous ne pouvions reconduire mécaniquement l’appel à l’abstention pour le second tour. Aucun dogme ne pouvait masquer la gravité de la situation nouvelle créée par la présence inattendue de Le Pen, et nous nous refusions à considérer avec mépris ceux qui choisissaient de lui faire barrage y compris dans les urnes. Même si ce n’est pas là que l’on peut briser les causes profondes de son ascension. Et même si Chirac mènera à l’Élysée une politique inspirée par son adversaire du 5 mai. À la différence d’autres collectifs libertaires, Alternative libertaire a donc décidé de ne pas appeler à l’abstention pour le second tour des présidentielles, et, tout en dénonçant le consensus totalitaire du Front dit Républicain et les responsabilités écrasantes de la gauche plurielle, à concentrer son intervention sur un objectif : que le 5 mai le score de Le Pen soit le plus petit possible (“Pas une voix, et notamment pas une voix ouvrière, de chômeur ou “d’exclu”, pour le multi millionnaire Le Pen !”)

    5. Force de la mobilisation anti Le Pen... mais persistance à un haut niveau du danger fasciste

    Lors du second tour des Présidentielles, si l’extrême droite n’a guère gagné de voix, c’est grâce à la mobilisation de la rue, et notamment à celle de la jeunesse. Le Pen n’a pas réussi à dévoyer une partie des abstentionnistes du premier tour, et ce fut grâce à la rue. Seconde qualité de la mobilisation antifasciste d’avril : son refus du racisme. C’est donc bien sur le contenu, sur la conception de la société que c’est opéré le clivage. Et c’est un formidable encouragement pour l’avenir. Les militant(e)s d’Alternative libertaire se sont plongés dans cette mobilisation, sont intervenus dans les Forum, ont diffusé largement leurs propositions et multiplié les contacts... Il convient maintenant de faire retour sur ces mobilisations d’avril, de les analyser, d’en dégager quelques caractéristiques.

    La jeunesse lycéenne et étudiante a été la plus prompte à réagir et à se mobiliser. Cette mobilisation massive a vu l’UNEF, le MJS, et la Gauche Socialiste tenter de récupérer et d’encadrer le mouvement. Par contre des noyaux actifs et spontanés sont également apparus, porteurs de fortes exigences de démocratie et de libre parole. Cette mobilisation de la jeunesse n’a pas toujours rencontré les mouvements sociaux plus traditionnels. La jeunesse mobilisée a en tout cas mené son action la plupart du temps seule. Cela révèle la faiblesse des mouvements sociaux et y compris celle des forces émergentes de ces dernières années (les SUD notamment) même si celles-ci furent tout de même plus présentes que les forces sociales et syndicale traditionnelles. Enfin il faut bien pointer la limite du mouvement, qui fut de se focaliser contre Le Pen et le FN en ne remettant pas en cause les causes profondes de leur ascension. La menace bien réelle de l’extrême droite a permis de masquer les responsabilités tout aussi réelles du gouvernement sortant... et de la droite. La crise institutionnelle a été oubliée sous la poussée d’un improbable “Front Républicain” et d’une apologie d’une “République” qui est pourtant elle-même profondément inégalitaire et antidémocratique, et qui repose sur une discrimination raciste et colonialiste (l’exclusion politique des immigrés).

    La défaite de Le Pen au second tour ne doit pas faire illusion. Deux facteurs au moins contribuent à des scores qui restent élevés, et extrêmement inquiétants. Le premier facteur est l’existence dans ce pays d’un fort noyau d’électeurs et de militants acquis aux thèses et au programme du Front National. Le second facteur, c’est la crise sociale et la crise de représentativité, qui trouvent ici une forme monstrueuse d’expression. Le noyau militant fascisant a su capter un électorat populaire plus large, qui n’est pas totalement acquis aux thèses idéologiques du FN. Cet électorat populaire est désemparé par la gestion capitaliste des partis institutionnels, de gauche comme de droite. Confronté au mal vivre provoqué par la montée de l’insécurité sociale, ces électeurs sont incapables de s’en prendre aux vraies causes de ce malaise, et se retournent contre les boucs émissaires désignés par le FN, à commencer par les immigrés. Il y a donc, derrière la montée de l’extrême droite, se combinant, s’interpénétrant souvent, des causes idéologiques, dont le ferment le plus fort est le racisme, et des causes sociales. Aussi la défaite de Le Pen le 5 mai n’annonce en rien une déroute certaine de l’extrême droite. Ces présidentielles peuvent au contraire marquer l’ouverture d’un nouveau cycle de progression du Front National et du MNR. Dans les mois et les années à venir, des conquêtes institutionnelles peuvent leur permettre d’asseoir et de développer leurs positions, parce que les causes sociales qui ont permis leur montée ne se sont pas résorbées, et que le gouvernement qui sortira des législatives, quel qu’il soit, ne s’en prendra pas à ces causes.

    Par ailleurs la dynamique qui porte actuellement le Front national s'appuie plus que jamais sur le développement de discours et de mouvements autoritaires, populistes mais aussi fascisants en Europe. Elle fonde également sa légitimité par sa progression électorale voire par sa participation au pouvoir (Italie, Autriche, Pays-Bas, Danemark). Aussi pour nous la lutte antifasciste ne peut être qu'internationale.

    Comment combattre aujourd’hui le fascisme ? En s’appuyant sur une analyse de ce qu’il est, de ses modalités d’ascension, et de ce qui la rend possible :

    * Parce que l’extrême droite est une force idéologique et une machine à tromper une partie des citoyens, il est important que se développe une activité spécifique antifasciste sous les diverses formes qu’elle peut se donner : collectifs de base, collectifs Ras l’Front, Sections carrément anti Le Pen...

    * Parce que l’extrême droite s’appuie sur les institutions pour asseoir son influence et pour porter des coups bien concrets, notamment contre les populations issues de l’immigration, il convient d’agir pour qu’il n’accède à aucun poste de pouvoir, y compris par le vote barrage. En ceci nous divergeons d’autres militants libertaires. Sans nous faire d’illusions sur les progrès qui pourraient sortir des urnes, nous savons que le pire peut par contre en surgir. C’est pourquoi le fascisme peut et doit aussi se combattre dans les urnes. Il faut l’arrêter là aussi, chaque fois qu’il est en mesure de gagner...

    * Enfin l’antifascisme ne peut à lui seul triompher du fascisme. Pour détruire les souches sur lesquelles il prolifère il faut que se développe un large mouvement anticapitaliste, un mouvement positif, de transformation de la société, portant à la fois des exigences d’égalité des Droits pour toutes et tous sans aucune discrimination, et de Justice sociale. Pour combattre l’extrême droite, il faut combattre la misère. C’est pourquoi l’époque est marquée selon nous par trois fronts : le Front National, le Front Républicain, c’est à dire le consensus des partis institutionnels de gauche comme de droite, et le Front Social.

    6. Pour un Front Social de l’Égalité et de la Solidarité

    L’immense mouvement de mobilisation qui s’est exprimé en avril doit trouver un débouché politique, mais pas au sens d’une récupération au profit de tel ou tel parti, ni  en se perdant dans les jeux usés d’institutions largement désavouées. A toutes celles et ceux qui ont ressentis un fort besoin d’engagement en avril, il faut proposer une activité collective. La seule issue concrète pour faire reculer la misère et le racisme est pour nous l’émergence d’un vaste Front social, c’est à dire d’un vaste mouvement de mobilisation s’exprimant directement sur tous les lieux de vie, d’habitat, d’étude et de travail, et fédérant les luttes sociales. Un Front Social porteur d’exigences immédiates, comme la redistribution des richesses par un relèvement massif des minima sociaux et des salaires, une redistribution du travail, la réquisition de tous les logements vides, l’arrêt de toutes les expulsions, la régularisation de tous les sans papiers, l’égalité hommes/femmes... Un Front Social permettant également d’ouvrir le débat sur des transformations en profondeur de la société, y compris en ce qui concerne les Droits et les exigences d’une démocratie authentique.

    Ce que nous nommons un “Front Social de l’Égalité et de la Solidarité” se construira sur la base des associations du mouvement social et des organisations syndicales, mais également en s’élargissant à des secteurs nouveaux de la population et de la jeunesse à travers des Assemblées ou des Forum de rue, de quartier, de commune, d’entreprises, ouverts aux individus. L’exemple des mobilisations sociales en Italie comme en Espagne doivent nous inspirer. Un “Front Social de l’Égalité et de la Solidarité”, à la fois mouvement nouveau et fédération des mouvements existants ne se décrétera pas. Mais ses prémisses existent déjà. Une partie des mouvements sociaux ont déjà tissé des liens réguliers dans de nombreuses localités, et se retrouvent ensemble mobilisation après mobilisation. De nouvelles initiatives vont dans le sens d’une fédération des luttes, qu’il s’agisse de l’Appel aux Forum de rue (“Vers un nouveau tous ensemble”) ou de la Marche des résistances sociales qui, allant de Clermont-Ferrand à Séville, traversera la France durant les législatives. Il s’agit pour les militants libertaires d’appuyer ces démarches, mais aussi de favoriser un élargissement à des forces nouvelles et à des secteurs de la population qui se sentent encore étrangères aux mobilisation du mouvement social : permettre une parole libre, une véritable écoute de tous et non des seuls militants aguerris - sans négliger l’apport de ceux-ci, élaborer des revendications depuis la base et avec la base.

    L’envie très forte de pouvoir s’exprimer, de parler directement que l’on a pu constater nécessite que la question des lieux soit posée. Les expériences Italiennes, Argentines (centres sociaux, AG populaires permanentes) etc démontrent que les lieux où les gens peuvent se réunir, sont des facteurs de cristallisation politique très importants. L’absence de lieu entraîne avec le reflux de la mobilisation, l’éclatement des collectifs spontanés et la dispersion des forces. Cette question est décisive pour l’avenir. Vis à vis des partis et des mouvements politiques de la gauche et de l’extrême gauche, la relation doit être claire et faire rupture avec la relation traditionnelle de soumission, social-démocrate, stalinienne ou léniniste, qui a trop longtemps pesé sur le mouvement social et syndical, et qui a contribué à sa régression. Un tel Front social, s’il est ouvert à l’expression de tous, doit rester autonome vis à vis de quelque force politique que ce soit (y compris bien sûr libertaire). Il repose sur l’arc association / syndicats / assemblée ou Forum de citoyens. Tel ou tel parti peut soutenir, mais non diriger ou participer en tant que tel à son organisation. La relation aux partis qui se présentent aux élections pour briguer les suffrages des électeurs et qui peuvent se retrouver, à tout niveau, dans des positions de pouvoir, ne peut être qu’une relation confrontative. C’est à dire une relation où les élus et les aspirants élus écoutent les exigences des mouvements sociaux, se prononcent sur elles, mais en aucun cas ne prétendent les dicter ou se les réapproprier.

    Cette relation confrontative aux partis politiques institutionnels trouvera immédiatement son application durant les législatives de juin 2002. Face au gouvernement qui en sortira, qu’il soit de gauche ou de droite, l’heure sera à l’affrontement, et les libertaires appellent dors et déjà à défendre la nécessité d’une Grève générale des salariés. Grève générale de riposte et de transformation sociale, indissociable d’un mouvement où convergeraient toutes les formes de résistances contre toutes les formes de précarité, d’exclusions et de domination. L’objectif d’une grève générale interprofessionnelle, sur ses revendications, doit être débattue largement. C’est un objectif fédérateur, il constitue la principale possibilité de stopper les politiques antisociales du Medef et du gouvernement, et c’est pour cette raison que ce débat aujourd’hui peut et doit être posé. Il y a nécessité à populariser cette option, dans la perspective des attaques qui se porteront bientôt, par exemple sur les retraites.

    7. Les dangers et les pièges des législatives de juin 2002

    Le vote “utile” va imposer une formidable pression sur les élections législatives de juin. Au sein de l’institution parlementaire, il n’y aura pas d’espace de masse pour une expression des résistances sociales. Durant la campagne, de fortes exigences pourront être formulées par les mouvements sociaux, mais ces exigences seront exprimées de l’extérieur, depuis des espaces extraparlementaires, extra-institutionnels.

    Les militant(e)s et les Collectifs d’Alternative libertaire se proposent d’agir et de s’exprimer durant ces élections dans les directions suivantes :

    * Favoriser toutes les initiatives “confrontatives” permettant l’expression directe des citoyens dans des Assemblées et des Forum de rue, soutenir une dynamique de parole spontanée qui rendra vivante l’opposition entre la Démocratie directe et la délégation du pouvoir.

    * Rappeler les responsabilités et les politiques antisociales de la gauche ET de la droite institutionnelles.

    * Exprimer et étayer notre critique des institutions dites “républicaines” et leur opposer un projet de socialisme libertaire fondé sur l’autogestion et la fédération.

    * Donner un second souffle à la lutte antifasciste et faire barrage à la montée du FN et du MNR. Il appartient aux collectifs et militant(e)s libertaires qui ne veulent pas se laisser étouffer par des tabous idéologiques, d’évaluer localement chaque situation, et d’agir y compris par le bulletin de vote là où l’extrême droite risquerait d’emporter des sièges.

    * Enfin les militant(e)s d’Alternative libertaire, tout en étant ouverts aux débats et aux confrontations avec tous les anticapitalistes, mettent en garde les partis d’extrême gauche contre les tentatives de dévoyer des porte-parole des mouvements sociaux à l’occasion de ces législatives. L’éventualité d’une chute des scores de LO et de la LCR ne doit pas conduire à entraîner les mouvements sociaux dans une aventure électorale où ils ne pourraient que se minorer.

    Le gouvernement qui sortira de ces législatives, qu’il soit dominé par les gaullistes ou par le Parti socialiste, fera mine un temps d’avoir “entendu le message des électeurs”. Mais en réalité il continuera la politique du tout sécuritaire, avec plus de brutalité s’il est de droite ou plus d’hypocrisie s’il est de gauche, mais toujours sans s’attaquer aux inégalités et aux injustices sociales, et toujours en accélérant les mesures de précarité et d’insécurité sociale; il ne sera pas disposé à améliorer le statut des populations issues de l’immigration, et notamment les Sans papiers; il poursuivra la criminalisation des militants les plus radicaux des mouvements sociaux; il continuera à inscrire la conduite du pays dans la mondialisation capitaliste, et dans la politique libérale qui fait de l’Union européenne un des leviers de cette mondialisation. Aussi le développement des luttes sociales d’une part, et d’autre part l’affirmation d’une alternative possible seront-elles au coeur de nos interventions dans les mois à venir, afin qu’il n’y ait aucun état de grâce après les législatives.

    8. L’alternative se construit aussi à l’échelle du monde

    La question internationale fut la grande absente de la campagne Présidentielle, sauf sous la forme des élucubrations souverainistes de Le Pen. La forte mobilisation antiglobalisation fut elle-même assez peu présente lors des mobilisations de rue, et l’on a noté le relatif effacement d’ATTAC durant cette période. Remettre la question internationale à l’ordre du jour, en faire l’un des vecteurs de la politisation de la jeunesse, sera l’un des axes majeurs des militant(e)s d’Alternative libertaire, et plusieurs campagnes vont nous permettre d’aller dans ce sens :

    * Le soutien à la lutte légitime du peuple Palestinien.

    * Le contre-sommet de Séville qui permettra de défendre le projet d’une Autre Europe. Avec la grande manifestation prévue à Séville le 22 juin et la Marche des résistances sociales qui la précédera.

    * Le “Forum social européen” organisé en novembre en Italie, et où il s’agira de faire entendre avec force l’existence des mouvements sociaux combatifs un peu partout en Europe...

    * La préparation du G8 en France pour l’année 2003.

    * Enfin le développement de Solidarité internationale libertaire (SIL), avec les campagnes en faveur des initiatives concrètes des libertaires d’Amérique latine, et la préparation du Congrès libertaire mondial de début 2003 à Porto Alegre.

    Pour leurs interventions dans ces processus internationaux, les militant(e)s d’Alternative libertaire se fixent quelques axes majeurs :

    * Permettre une visibilité d’un pôle Rouge et noir international regroupant autour de propositions cohérentes des collectifs et organisations tant spécifiquement libertaires qu’anarcho-syndicalistes.

    * Agir plus largement en faveur d’une coordination internationale des mouvements sociaux et syndicaux, et notamment des plus combatifs d’entre eux; rechercher également une jonction entre les mouvements sociaux et les mouvements de la jeunesse opposés à la globalisation capitalistes.

    9. Besoin d’espace de débats et d’élaboration entre les courants et les militants des gauches critiques

    L’effondrement de la gauche institutionnelle aux Présidentielles, qui fait suite à des années de crise, de renoncements et de trahisons, encourage à gauche, à l’extrême gauche, chez les Verts, parmi les militant(e)s associatifs ou syndicalistes, une grande soif de réflexion, d’échanges et de remises en question. Il nous semble que les libertaires doivent s’inscrire sans sectarisme et autant qu’ils le peuvent dans les débats ouverts, et même en provoquer. Ne pas adopter la posture d’une avant-garde éclairée et arrogante, mais partager les interrogations, tout en rappelant les apports positifs de notre courant. Nous avons à apprendre des autres, et en même temps à partager, à convaincre. Avec des militants sincères issus du PCF ou des Verts, l’époque est favorable pour des échanges, à la base ou plus formalisés. Des basculements naguère insoupçonnables en direction d’une gauche libertaire peuvent être maintenant envisagés.

    Ce désir de débat et d’approfondissement des échanges entre courants anticapitalistes pousse également Alternative libertaire à s’adresser une nouvelle fois aux Alternatifs et à la LCR, pour leur proposer d’engager des débats publics et approfondis sur les perspectives  des révolutionnaires et des autogestionnaires dans l’époque contemporaine. De même nous nous adressons à No Pasaran, ainsi qu’aux groupes de la Fédération anarchiste réunis en congrès à la Pentecôte, pour renouveler nos propositions de débats et d’échanges fraternels. Nous avons noté que parmi les militant(e)s libertaires l’appel traditionnel à l’abstention n’a pas toujours été reconduit au second tour. Dans la Fédération anarchiste des voix se sont même élevées pour appeler publiquement à voter contre Le Pen, tandis que Le Monde Libertaire appelait, il est vrai, à la grève du vote. En gros, au-delà des mots d’ordre, deux attitudes différentes se sont dégagées parmi les libertaires. Les uns ont voulu prendre en compte le danger fasciste et la dynamique, la mobilisation que ce danger avait suscité. D’autres camarades ont reconduit coûte que coûte l’appel au refus de vote. Ce débat a également traversé la CNT et No Pasaran. Nous allons poursuivre nos efforts en faveur d’une unité des libertaires, notamment en direction des composantes les plus présentes dans les mouvements sociaux, et nous espérons que l’on pourra faire plusieurs pas en avant, vers l’émergence d’une nouvelle forme politique organisée, d’une nouvelle force libertaire, bien plus ample que les regroupements actuels...

    Enfin, pour répondre à un besoin d’unité et de réflexion qui dépasse largement les groupes constitués et les courants nommés, Alternative libertaire renouvelle sa proposition : aller ensemble, le plus rapidement mais aussi le plus unitairement, le plus largement possible, vers la formation d’un grand Mouvement anticapitaliste. Un mouvement politique au sens noble et non au sens politicien du terme, qui romprait avec les formes et les fonctions traditionnelles des partis, et qui ne s’enfermerait ni dans les priorités électoralistes ni dans les tête à tête organisationnels. Un mouvement porteur d’un projet alternatif de démocratie. Un mouvement qui respecterait scrupuleusement l’autonomie des mouvements sociaux, tout en étant largement ouvert aux acteurs de ces mouvements. Un creuset, un cadre collectif d’élaboration, permettant l’invention d’alternatives au capitalisme et à la tyrannie du marché. Dans la formation d’un tel mouvement, qui doit être pluraliste et démocratique, les collectifs et organisations libertaires peuvent jouer un rôle positif, sans s’y dissoudre ni disparaître, agissant en tant que forces de proposition, d’unité, et de vigilance démocratique.

    10. Pour l’affirmation d’une alternative libertaire crédible

    Le grand élan de mobilisation et de politisation qui a caractérisé le mois d’avril a entraîné un afflux de contacts en direction d’Alternative libertaire. Notre position face aux Présidentielles a été bien accueillie, tout comme notre volonté de proposer un combat libertaire rénové et inséré dans les mouvements sociaux. Nous trouvons dans l’époque actuelle un formidable encouragement, en même temps que nous savons que les années à venir seront des années d’intenses combats sociaux et politiques.

    Aussi Alternative libertaire entre dans une nouvelle phase de construction, dont voici quelques grands axes :

    * Nous allons redoubler d’efforts et d’initiatives pour assurer la “visibilité” d’une alternative libertaire.

    * Nous allons lancer un cycle de formation politique, ouvert et publique, offrant des outils et proposant des repères à tous ceux qui veulent s’engager aujourd’hui.

    * Nous nous adressons à toutes celles et ceux qui pensent que, dans cette situation, l’expression d’un courant tel qu’Alternative libertaire, à la fois dynamique et non dogmatique, est positive voir nécessaire : Alternative libertaire a besoin de soutiens, plus nombreux que jamais (nous appelons notamment à rejoindre les “Ami(e)s d’Alternative libertaire”), et d’engagements militants dans l’organisation.

    * Enfin nous allons donner au prochain congrès d’Alternative libertaire (Orléans, en novembre prochain) la tâche d’élaborer des propositions de société permettant de rendre plus tangible, plus crédible, plus immédiat le Projet de société des libertaires, notamment en matière de démocratie directe, de services public et de secteur alternatif, d’alternatives concrètes à l’État et au Capital. Il s’agira, à travers les élaborations de ce Congrès, de donner plus de force et plus d’actualité à une conception contemporaine de l’intervention des libertaires, une intervention qui sera d’autant plus subversive, d’autant plus révolutionnaire, qu’elle répondra aux enjeux et aux questions immédiates posées par le monde réel qui nous entoure.


    Coordination nationale des Collectifs et militant(e)s d’Alternative libertaire,
    le 18 mai 2002